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796 Mots
17En repensant à la vision qu’elle avait eue récemment, elle se demanda si elle pouvait être la femme descendant au sous-sol d’un pavillon et si cela permettait d’expliquer sa situation actuelle. Une cave ? Je me trouverais dans une cave ? C’est possible, mais pourquoi ? Aurait-elle eu un malaise en s’y rendant ? S’y serait-elle évanouie et serait-elle restée immobilisée, dans l’incapacité d’appeler des secours ? Non. C’est absurde ! Sauf, si… L’idée d’une séquestration lui vint à l’esprit. Elle trouva cette idée angoissante, mais elle constituait une nouvelle solution logique à sa situation. Et si quelqu’un m’avait effectivement enlevée, droguée, ligotée et enfermée dans une cave ? Elle estima que c’était une bonne explication à l’absence de luminosité et de bruit et au fait qu’elle n’arrivait pas à bouger d’un pouce. Le type à la seringue aurait très bien pu lui faire tout cela. Mais comment s’échapper ? Je ne vais pas attendre patiemment qu’un tordu vienne me chercher pour me v****r et me charcuter !!! Si c’était le cas, il fallait absolument qu’elle trouve une solution pour fuir. Et vite ! * Après un instant de panique, elle s’efforça de ne pas se laisser emporter par ses émotions qui se manifestaient à présent de plus en plus fortement et perturbaient son raisonnement. Elle s’obligea à ne pas gamberger et à se concentrer sur ses souvenirs en les analysant de manière posée et rationnelle. Ne te laisse pas mener par ton affect… Elle n’avait pas trouvé ce que pouvait être sa vie d’avant, ni qui elle était, mais sa mémoire lui revenait progressivement et elle faisait preuve de plus d’optimisme. Après tout, elle arrivait maintenant à penser logiquement, à faire des calculs mathématiques dans sa tête, à se rappeler de termes scientifiques ou de dates historiques. Elle revoyait des images du sud de la France et de la région parisienne. Sans doute des lieux où elle avait vécu ou voyagé. En revanche, elle ne comprenait pas pourquoi elle était toujours incapable d’évoquer un nom ou un visage familier. C’était un peu comme si son cerveau se remettait peu à peu à fonctionner, mais que certaines zones restaient obstinément dans l’ombre. Elle avait conscience que les mots et la grammaire, c’était comme le vélo. Quelque chose d’automatique qu’on conservait toute sa vie. Elle savait pertinemment que des personnes victimes de certains types d’amnésies pouvaient vivre normalement. Même si quelques-uns de leurs souvenirs faisaient défaut, ils pouvaient toujours manger, marcher, chanter, faire des exercices de mathématiques ou parler une langue étrangère… Certaines choses apprises restaient définitivement acquises, y compris en cas de graves problèmes de mémoire. C’est ce qui a dû m’arriver. Elle était désormais capable de se remémorer des airs de variété et des noms de films qu’elle avait vus. Mais pour le reste, ce qui était plus personnel ? Sa vie privée, par exemple. Il devait bien lui rester quelque part au fin fond de sa tête d’autres événements qui lui étaient arrivés juste avant sa perte de mémoire. Ses souvenirs n’étaient pas envolés. Peut-être que son cerveau se refusait tout simplement à lui faire revoir quelque chose qui l’avait traumatisée. Elle ferait ainsi une sorte de blocage. Réfléchis, bon sang ! Réfléchis ! … Son esprit s’emballa. Des images se précisaient. Elles se bousculaient même. Elle revit la pièce de petite taille et faiblement éclairée dans laquelle elle était assise, avec cet homme blond à lunettes qui s’était approché d’elle pour la piquer. Il portait une blouse blanche, comme celle d’un infirmier. Son visage lui disait quelque chose. Il lui était familier. Les lèvres de l’individu s’étaient mises à bouger. Il avait parlé, mais sa voix avait paru lointaine. Assourdie. Il tenait la seringue dans sa main. Il avait semblé hésiter un instant, puis avait déboutonné et relevé la manche gauche de son chemisier. Il l’avait piquée avec l’aiguille et l’avait ensuite regardée droit dans les yeux pendant que le produit s’injectait dans ses veines. Pour observer ses réactions, sans aucun doute, avant qu’elle ne sombre dans un sommeil artificiel. Il avait à nouveau parlé. Lui avait posé une question. Elle n’avait pas compris ses paroles. Après, elle ne se souvenait plus… Le trou noir. Bon sang ! Qui est ce type ? Je suis certaine de le connaître ! Elle n’arrivait pas à mettre un nom sur ce visage qu’elle avait pourtant déjà vu… Et où est-ce que je me trouvais alors ? C’était quoi cette pièce ? On aurait dit un hôpital. Elle ressentit un stress intense, doublé d’une frustration immense. La réponse à son état était là. À portée de main. Réfléchis, idiote ! Réfléchis ! Ta mémoire devient plus précise. Il faut en profiter. Elle se concentra fortement sur ce qu’elle avait vu autour d’elle. Elle vit des murs blancs. La pièce n’avait pas de fenêtres. Des appareils électroniques bourdonnaient. L’un d’eux émettait un bip régulier. Quoi d’autre ? L’image disparut. Comme si on avait éteint la lumière. Elle se retrouva à nouveau dans le noir. Non ! Elle sentait le sommeil la gagner. Inexorablement. Elle tenta de résister à sa torpeur. Non, pas maintenant ! Elle paniquait à l’idée de retourner dans le néant et de perdre définitivement ce fugace souvenir. Tous ses efforts risquaient d’être vains. Oh, mon Dieu, il faut que je reste éveillée ! Il le fallait. Pour ne pas oublier le peu de souvenirs retrouvés. Il le faut… Il…
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