đŸŒ§ïž CHAPITRE 2 — Les Silences de la Nuit

2247 Mots
đŸŒ§ïž CHAPITRE 2 — Les Silences de la Nuit (DĂ©but du chapitre — partie 1) La tempĂȘte ne montrait aucun signe d’apaisement. Le vent hurlait contre les volets, les rafales secouaient les vitres, et parfois un Ă©clair illuminait les couloirs du petit hĂŽtel comme un souffle venu d’un autre monde. DerriĂšre le comptoir, Lina resserra son gilet autour d’elle. Les nuits de tempĂȘte l’avaient toujours rendue nerveuse. Mais ce soir
 c’était diffĂ©rent. Ce soir, il y avait cet homme. Cet Ă©tranger aux yeux de mĂ©tal. Silencieux. Imposant. IndĂ©chiffrable. Elle n’avait pas l’habitude de croiser des gens comme lui dans ce petit hĂŽtel perdu. Les clients habituels Ă©taient des voyageurs fatiguĂ©s, des familles modestes, parfois des routiers
 mais lui ? Il ressemblait Ă  quelqu’un arrachĂ© de son monde, prĂ©cipitĂ© dans le sien. Et cela crĂ©ait dans sa poitrine une sensation Ă©trange, presque irrĂ©elle. Elle ouvrit son livre, un vieux roman qu’elle avait dĂ©jĂ  lu vingt fois, mais ses yeux n’accrochaient pas les lignes. Elle ne faisait que repenser Ă  lui. À sa voix profonde. À la maniĂšre dont il l’avait regardĂ©e — comme s’il voyait vraiment. À ce lĂ©ger frisson quand leurs doigts s’étaient effleurĂ©s. Elle secoua la tĂȘte, tentant de chasser cette pensĂ©e. Elle n’avait pas le droit de rĂȘver. Elle n’était qu’une servante dans un hĂŽtel de campagne. Les gens comme lui vivaient dans un univers qu’elle ne toucherait jamais. Pourtant
 Un autre Ă©clair dĂ©chira le ciel, suivi d’un grondement qui fit vibrer les murs. Puis un bruit sourd retentit derriĂšre elle. Lina sursauta. Le disjoncteur venait de lĂącher. Les lumiĂšres clignotĂšrent, puis s’éteignirent complĂštement, plongeant le hall dans l’obscuritĂ© totale. — Oh non
 pas maintenant, murmura-t-elle. Elle chercha Ă  tĂątons la lampe de secours sous le comptoir. Le hall, autrefois calme, paraissait dĂ©sormais immense, silencieux et inquiĂ©tant. — Vous avez un problĂšme Ă©lectrique, dit une voix derriĂšre elle. Elle se retourna brusquement, la lampe Ă  la main. Adrian se tenait lĂ , dans l’obscuritĂ©, une ombre haute et imposante. Elle ne l’avait mĂȘme pas entendu descendre. Il semblait presque faire partie de la nuit. — M
 Monsieur Hale, balbutia-t-elle. Oui, c’est
 c’est frĂ©quent quand la tempĂȘte est aussi violente. Il hocha lentement la tĂȘte. — Vous ĂȘtes seule Ă  gĂ©rer tout ça ? — Oui. La propriĂ©taire habite Ă  cĂŽtĂ©, mais quand il y a une tempĂȘte, elle
 elle prĂ©fĂšre rester chez elle. Elle alluma la petite lampe qui projeta un halo jaune autour d’eux. La lumiĂšre vint se poser sur le visage d’Adrian : ses traits parfaits, sa mĂąchoire serrĂ©e, ses yeux qui semblaient toujours analyser, toujours peser. Lina sentit son cƓur battre plus vite. — Je vais aller rĂ©enclencher le disjoncteur, dit-elle en prenant une inspiration courageuse. Il est dans la cave
 mais l’accĂšs est parfois humide. Ce n’est pas trĂšs
 agrĂ©able. — Je viens avec vous, rĂ©pondit-il. Elle Ă©carquilla les yeux. — Ce n’est pas nĂ©cessaire
 vraiment. — Je n’aime pas rester inactif, dit-il simplement. Et puis
 descendre seule dans le noir pendant une tempĂȘte n’est pas prudent. Elle sentit un frisson la traverser — pas de peur, non — mais d’émotion. Il se prĂ©occupait d’elle ? Cet homme qui semblait incapable de chaleur ? Elle hocha timidement la tĂȘte. — TrĂšs bien. Suivez-moi. --- Le couloir menant Ă  la cave Ă©tait Ă©troit, presque entiĂšrement plongĂ© dans l’ombre. Seule la petite lampe de Lina dessinait un chemin de lumiĂšre tremblant. Adrian marchait juste derriĂšre elle, silencieux mais prĂ©sent, comme une force solide dans l’obscuritĂ©. À plusieurs reprises, elle sentit son souffle se rapprocher lorsqu’elle s’arrĂȘtait pour vĂ©rifier oĂč mettre les pieds. Elle ouvrit la porte de la cave, libĂ©rant une bouffĂ©e d’air froid et humide. — Attention Ă  la premiĂšre marche, dit-elle doucement. Elle est un peu— Adrian posa sa main sur son avant-bras pour la retenir. — Vous allez tomber. Son contact la figea. Ses doigts Ă©taient chauds contrairement Ă  l’aura glaciale qu’il dĂ©gageait. Elle releva les yeux vers lui. Durant une seconde, leurs regards se croisĂšrent. Intense. Silencieux. Troublant. Elle dĂ©tourna rapidement le visage, le cƓur battant. — Merci, murmura-t-elle. Ils descendirent lentement l’escalier, la cave rĂ©sonnant de l’orage. La petite lampe balayait les murs humides, les vieilles boĂźtes, les traces de poussiĂšre. ArrivĂ©s devant le panneau Ă©lectrique, elle posa la lampe sur une caisse et tenta d’ouvrir le boĂźtier. Sa main tremblait lĂ©gĂšrement — de froid, de fatigue
 ou parce qu’elle sentait sa prĂ©sence juste derriĂšre elle. — Laissez-moi, dit Adrian d’une voix basse. Il passa devant elle avec calme et ouvrit le boĂźtier en quelques secondes. Il observa l’intĂ©rieur, repĂ©ra les disjoncteurs, et identifia le problĂšme avec la prĂ©cision mĂ©thodique d’un homme habituĂ© Ă  contrĂŽler chaque dĂ©tail. Il enclencha le bouton principal. Le bruit du courant qui revient rĂ©sonna comme un souffle de vie. La lumiĂšre se ralluma dans le hall au-dessus. — Merci, souffla Lina. Adrian referma doucement le boĂźtier, puis se tourna vers elle. — Vous ne devriez pas faire ça seule, dit-il. C’est dangereux. Elle hocha la tĂȘte, embarrassĂ©e. — Je suis habituĂ©e. Il n’y a que moi pour gĂ©rer tout ça, alors
 — Vous mĂ©ritez mieux, rĂ©pondit-il. Elle releva ses yeux, surprise. — Comment ça
 ? Il la regarda un instant. Longuement. Comme s’il voyait Ă  travers elle. — Vous n’ĂȘtes pas faite pour rester ici, dit-il simplement. Elle sentit sa gorge se serrer. Personne
 jamais
 ne lui avait dit quelque chose d’aussi Ă©trange et vrai Ă  la fois. — Bonne nuit, Lina, conclut-il d’une voix lente, presque douce. Il remonta les escaliers sans bruit, la laissant debout, tremblante, dans la cave silencieuse. Elle respira profondĂ©ment. Cet homme
 ce regard
 cette phrase
 Tout en lui Ă©tait un mystĂšre qui la dĂ©passait. Elle ne savait pas encore que cette nuit Ă©tait le premier fil d’une histoire qui changerait sa vie. Et que ce fil, le destin le tirait dĂ©jĂ . **Chapitre 2 — Partie 2 La BrĂšche dans l’Armure (suite)** Lina resta immobile un long moment aprĂšs son dĂ©part, ses mains tremblant encore autour du plateau vide. Elle avait l’impression d’avoir traversĂ© une tempĂȘte silencieuse. Le PDG
 timidement aimable ? Impossible. SurrĂ©aliste. Pourtant, ses mots flottaient encore autour d’elle comme un parfum inattendu. Elle secoua la tĂȘte, posa le plateau sur la table de service et retourna au travail. Mais une drĂŽle de sensation lui pressait la poitrine : une Ă©trangetĂ© douce, dangereuse. Elle dĂ©testait ce sentiment. --- De son cĂŽtĂ©, Adrian descendit les escaliers plus lentement qu’à l’habitude. Ses pas rĂ©sonnaient contre le marbre, Ă©chos de pensĂ©es qui s’entrechoquaient dans un chaos qu’il ne montrait jamais. « Je suis dĂ©solĂ©. » Jamais il ne disait ça. À personne. Encore moins Ă  une employĂ©e. Il passa une main nerveuse sur sa nuque. C’était quoi, ça ? Il avait perdu le contrĂŽle pendant une seconde. Une seconde trop longue. Cette fille
 Elle avait quelque chose. Pas une beautĂ© flamboyante, mais une prĂ©sence. Une douceur brute. Une simplicitĂ© qui tranchait avec tout ce qu’il connaissait. Et il dĂ©testait perdre le contrĂŽle, mĂȘme pour un battement de cils. Dans le hall, Marc, son bras droit, s’approcha avec un dossier. — Vous avez vu la nouvelle ? demanda-t-il. Adrian releva les yeux, froid Ă  nouveau. — Quelle nouvelle ? — La servante
 Lina. C’est son premier jour, je crois. Ils disent qu’elle a pris deux postes supplĂ©mentaires pour payer des dettes. Elle travaille depuis cinq heures du matin. Il s’immobilisa une seconde. Une seconde seulement. — Pourquoi me parlez-vous de ça ? — Parce que vous dĂ©testez qu’on engage des employĂ©s non qualifiĂ©s, et— — Elle fait son travail, coupa-t-il sĂšchement. C’est suffisant. Marc fronça les sourcils. Le PDG n’avait jamais dit ça. Jamais. — TrĂšs bien. Je note. Adrian prit une inspiration lente. Pourquoi son cƓur avait-il lĂ©gĂšrement accĂ©lĂ©rĂ© Ă  la mention de son nom ? C’était absurde. Il se dĂ©tourna. — PrĂ©pare la salle de rĂ©union, dit-il pour clore le sujet. Mais en avançant, une pensĂ©e, minuscule mais tenace, refit surface : Elle a peur de moi. Et il dĂ©testait ça plus qu’il ne l’aurait avouĂ©. --- Dans les couloirs du personnel Lina rangeait les lits fraĂźchement faits quand une collĂšgue plus ĂągĂ©e, Amalia, entra en soufflant. — Alors ? Il paraĂźt que tu t’es faite remarquer dĂšs ton premier jour ! lança-t-elle en riant. Lina sursauta. — Pas du tout ! Je
 il a juste
 enfin
 — Tu t’es retrouvĂ©e dans la mĂȘme piĂšce que le PDG. Ça suffit pour qu’on parle ! Moi, ça fait sept ans que je travaille ici, je ne l’ai croisĂ© que deux fois. Et toi, il t’appelle dĂ©jĂ  dans son bureau ! Tu rĂ©alises ? Lina rougit. — Ce n’est pas
 ce n’était pas ce que tu crois. J’étais juste maladroite. Et lui
 lui, il est
 Elle chercha un mot. "Terrifiant" ? "Glacial" ? "Impressionnant" ? — Intense, finit-elle par murmurer. Amalia Ă©clata de rire. — Ça, on le sait toutes ! Mais ne t’inquiĂšte pas, tant que tu fais bien ton travail, il ne s’intĂ©resse Ă  personne ici. Il vit dans un autre monde
 son monde. Lina hocha timidement la tĂȘte. Elle espĂ©rait sincĂšrement qu’elle avait raison. Pourtant, ce que la servante ignorait, c’est qu’au mĂȘme moment, au dix-huitiĂšme Ă©tage, un homme au visage de marbre retenait un soupir chaque fois que son esprit retournait vers un regard brun innocent. --- Plus tard dans la journĂ©e La sonnette d’appel retentit. Lina sursauta. C’était le 18e Ă©tage. L’étage du PDG. L’étage oĂč elle ne voulait plus retourner de sitĂŽt. Elle avala sa salive. — Je
 j’y vais, dit-elle malgrĂ© la petite panique dans sa gorge. Amalia la regarda, dĂ©solĂ©e mais impuissante. — Courage, ma petite. Lina monta les marches doucement, essayant de ralentir le battement de son cƓur. Elle toqua. Personne ne rĂ©pondit. Elle entrouvrit lĂ©gĂšrement la porte du bureau. Adrian Ă©tait lĂ . Debout devant la baie vitrĂ©e. PlongĂ© dans les lumiĂšres de la ville. Il se retourna en entendant le bruit. Leurs regards se croisĂšrent. Et pendant une fraction de seconde, quelque chose passa entre eux. Quelque chose qu’aucun d’eux ne comprenait encore. — Entrez, dit-il simplement. Sa voix Ă©tait posĂ©e. Plus douce que ce matin. Lina inspira. Et fit un pas. **Chapitre 2 — Partie 3 La BrĂšche dans l’Armure (fin)** Lina s’avança, ses pas feutrĂ©s sur le tapis Ă©pais. Elle tentait de paraĂźtre calme, mais son ventre Ă©tait nouĂ©. Adrian la fixait, impĂ©nĂ©trable, mais il n’y avait plus cette froideur tranchante de leur premiĂšre rencontre. Seulement une curiositĂ© qu’il dissimulait mal. — Vous avez sonnĂ©, monsieur ? demanda-t-elle en gardant les yeux bas. — Oui. Un simple mot, mais prononcĂ© avec une retenue Ă©trange, presque
 hĂ©sitante. Comme s’il pesait chacune de ses syllabes. Il se tourna complĂštement vers elle. — Approchez. Elle obĂ©it. Pas trop prĂšs, par prudence ; pas trop loin, par respect. Juste une distance oĂč elle pouvait respirer sans craindre de le dĂ©ranger. Adrian la dĂ©tailla une seconde. Pas de maniĂšre lourde ou dĂ©placĂ©e. Non. PlutĂŽt comme un homme qui observe un phĂ©nomĂšne qu’il ne parvient pas Ă  expliquer. — Ce matin, dit-il lentement, je vous ai parlĂ© avec une
 impatience inutile. Lina cligna des yeux. Il allait vraiment s’excuser ? Lui ? L’homme dont tout le personnel disait qu’il prĂ©fĂ©rait avaler des Ă©clats de verre plutĂŽt que reconnaĂźtre une faute ? — Je ne voulais pas vous mettre mal Ă  l’aise, poursuivit-il. Elle sentit sa gorge se serrer. — Ce n’est rien, monsieur. C’est moi qui— — Non, la coupa-t-il calmement. Ce n’est pas vous. C’était moi. Silence. Un silence qui vibrait, fragile, dĂ©licat. Lina serra ses mains derriĂšre son dos. — Je vous remercie, murmura-t-elle simplement. Le regard d’Adrian s’adoucit imperceptiblement. Ses Ă©paules semblĂšrent se dĂ©tendre de quelques millimĂštres. — Vous travaillez ici depuis combien de temps ? — Aujourd’hui
 c’est mon premier jour, rĂ©pondit-elle timidement. Il hocha la tĂȘte, comme s’il s’en doutait dĂ©jĂ . — Vous semblez
 consciencieuse. Lina Ă©carquilla lĂ©gĂšrement les yeux. Était-ce
 un compliment ? Elle sentit ses joues chauffer. — Je fais de mon mieux, dit-elle avec sincĂ©ritĂ©. Pendant une seconde, Adrian la regarda comme si ces mots lui rappelaient quelque chose qu’il avait perdu depuis longtemps : la simplicitĂ©, la modestie, la vraie persĂ©vĂ©rance. Puis il se racla la gorge, dĂ©jĂ  mal Ă  l’aise avec ce qu’il ressentait. — Je ne vous retiens pas plus. Vous pouvez disposer. Elle acquiesça et se retourna pour partir. Sa main Ă©tait sur la poignĂ©e quand sa voix retentit derriĂšre elle : — Mademoiselle ? Elle se figea. — Oui
 monsieur ? — Votre nom. Je ne vous l’ai pas demandĂ©. Elle se tourna de cĂŽtĂ©, une mĂšche brune tombant devant son visage. — Lina. Un nom doux. DĂ©licat. Adrian rĂ©pĂ©ta intĂ©rieurement : Lina. — TrĂšs bien, dit-il avec une neutralitĂ© feinte. Bonne fin de journĂ©e. Elle sortit enfin, refermant la porte derriĂšre elle
 juste au moment oĂč Adrian passait une main sur son front, profondĂ©ment troublĂ©. --- Dans le couloir Lina inspira longuement, comme si l’air lui manquait. Elle leva les yeux au ciel. « Pourquoi mon cƓur bat aussi vite ? » Elle n’avait jamais rĂ©agi ainsi Ă  quelqu’un. Encore moins Ă  un homme comme lui. Elle descendit les escaliers, essayant de chasser son trouble, sans savoir qu’au mĂȘme moment, derriĂšre la porte close, Adrian murmurait pour lui-mĂȘme : — C’est ridicule. Ridicule de penser encore Ă  elle. Ridicule de ressentir quelque chose. Ridicule que ce simple prĂ©nom continue d’échoer dans sa tĂȘte. Lina. Il frappa du poing contre son bureau, frustrĂ© par ce qu’il ne contrĂŽlait pas.
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