On l’aura compris sans doute, notre colonie mène à bien l’essentiel de ses activités durant les heures qu’autrefois nous réservions au sommeil. Le jour, nous nous terrons dans les demeures, lisons à la lueur de trop rares bougies, ou rejoignons nos couches de fortune, pauvres paillasses faites d’herbes hâtivement séchées. Dans le meilleur des cas, on a pu recouvrir ces succédanés de matelas d’un morceau d’étoffe récupéré dans les caisses et malles qu’au lendemain du naufrage, la mer a poussées jusque sur le rivage. Ces draps improvisés accueillent les joutes amoureuses de ceux qui, comme moi, ont la chance d’avoir une compagne. Le Haut Conseil encourage en effet vivement les « activités copulatoires » – ce sont les propres termes du législateur. Il faut que la colonie se développe, puisque


