CHAPITRE 8 : La Laisse

1457 Mots
Le trajet de retour dans la limousine fut un huis clos silencieux, plus terrifiant que n'importe quelle dispute. La vitre de séparation avec le chauffeur était relevée. Nous étions seuls dans cet habitacle de cuir noir, isolés du monde, mais Victoria ne me regardait pas. Elle fixait la ville qui défilait, son profil de glace reflété dans la vitre. Je sentais la colère émaner d'elle par vagues. Ce n'était pas une colère chaude, explosive. C'était un froid absolu, le genre de froid qui brûle la peau. — Victoria... commençai-je. Mme. St-James : Tais-toi. Le mot claqua comme un fouet. Elle ne tourna même pas la tête. La voiture ne se dirigea pas vers mon appartement. Elle fila vers le Golden Square Mile, le quartier le plus huppé de Montréal, et s'engouffra dans le parking souterrain d'une tour résidentielle privée. Le Penthouse de Victoria. Le chauffeur nous ouvrit la porte. Victoria sortit sans m'attendre. — Suivez-moi. Ce n'était pas une invitation. C'était un ordre. Je la suivis jusqu'à l'ascenseur privé. La montée fut tout aussi silencieuse. Je regardai les chiffres défiler, me demandant si je montais vers mon exécution ou mon licenciement. Les portes s'ouvrirent directement dans son salon. C'était immense, décoré avec un minimalisme froid. Du marbre, de l'art contemporain hors de prix, et une vue vertigineuse sur la ville. Dès que les portes se refermèrent, le masque tomba. Victoria se retourna brusquement. Sa main partit si vite que je ne la vis pas venir. CLACK ! La gifle me fit tourner la tête. Ma joue s'enflamma instantanément. Je portai la main à mon visage, choqué, le goût métallique du sang dans la bouche là où ma dent avait heurté ma lèvre. Je me retournai vers elle, la fureur montant en moi. — p****n, mais ça ne va pas ?! Mme. St-James : Tu oses me demander si ça va ? Elle s'avança vers moi, ses yeux gris écarquillés par une rage démentielle. Elle me poussa violemment à la poitrine. Je reculai d'un pas, heurtant le dossier d'un canapé. Mme. St-James : Je t'ai sorti du caniveau, Noah ! Je t'ai habillé, je t'ai donné du pouvoir, je t'ai présenté à l'élite de ce pays ! Et comment me remercies-tu ? En te frottant contre ma fille comme un chien en rut devant tout le gratin de Montréal ?! — On dansait, c'est tout ! C'est elle qui... Mme. St-James : C'est elle qui quoi ? Elle t'a forcé ? Elle m'attrapa par les revers de mon smoking et me tira vers elle, nos visages à quelques millimètres l'un de l'autre. Je sentais son souffle erratique, son parfum capiteux qui se mêlait à l'odeur de ma propre peur. Mme. St-James : Sabrina est un poison, Noah. Elle fait ça pour m'atteindre. Elle s'en fout de toi. Tu es juste un pion qu'elle veut renverser pour salir mon échiquier. Et toi... toi, tu la laisses faire. Tu la laisses te toucher. Elle lâcha ma veste et me regarda avec dégoût. Mme. St-James : Tu pues sa vanille bon marché. — Victoria, écoute... Mme. St-James : Non. Toi, tu écoutes. Elle fit un pas en arrière et me pointa du doigt. — Tu as oublié à qui tu appartiens. Tu as oublié qui signe les chèques. Tu as oublié qui t'a mis cette montre au poignet. Il est temps d'une petite piqûre de rappel. Son regard changea. La rage fit place à quelque chose de plus sombre, de plus trouble. De l'obsession. De la faim. Elle commença à défaire les bretelles de sa robe argentée. La soie glissa le long de son corps, tombant en une flaque brillante à ses pieds. Elle ne portait rien dessous, à part des bas et ses talons hauts. Son corps était magnifique, sculpté par le sport et la chirurgie, mais ce n'était pas de la beauté que je voyais. C'était de la puissance brute. Elle s'assit sur le bord du canapé en cuir, écartant les jambes avec une autorité qui me coupa le souffle. Mme. St-James : À genoux. Je restai figé. Mon cerveau hurlait NON. C'était de la folie. C'était toxique. C'était la ligne rouge à ne pas franchir. Si je faisais ça, je n'étais plus son employé, ni même son amant. J'étais sa chose. — Je ne suis pas ton chien, Victoria, dis-je d'une voix tremblante. Mme. St-James : Vraiment ? Elle se pencha en avant, ses yeux plantés dans les miens. Mme. St-James : Si tu passes cette porte, Noah, c'est fini. Lundi matin, la sécurité t'escorte dehors. Je ruine ta réputation. Je m'assurerai que tu ne trouves plus jamais de travail au-dessus du salaire minimum. Tu retourneras dans ton petit appartement minable avec ton colocataire alcoolique, et tu regarderas ma tour de loin en pleurant sur ce que tu as perdu. Elle laissa les mots pendre dans l'air. L'ultimatum était clair. Ma dignité ou mon ambition. Mme. St-James : Par contre, continua-t-elle d'une voix plus douce, plus venimeuse, si tu restes... tu auras tout. L'argent. Le pouvoir. Le monde à tes pieds. Tout ce que tu as à faire... c'est prouver ta loyauté. Maintenant. Je regardai la porte. La liberté. Puis je regardai Victoria. Le pouvoir. Mon cœur battait si fort qu'il me faisait mal. Mon corps, traître, réagissait. La violence de la scène, l'interdit, la domination... mon passé de playboy accro aux sensations fortes refaisait surface. C'était tordu, c'était malsain, et c'était terriblement excitant. Je desserrai mon nœud papillon. Je le laissai tomber au sol. Je vis une lueur de triomphe s'allumer dans les yeux de Victoria. Je m'approchai. Je pliai les genoux. Je me mis à sa hauteur, entre ses jambes. Elle sourit. Elle passa sa main dans mes cheveux, tirant brusquement ma tête en arrière pour m'obliger à la regarder. Mme. St-James : C'est ça, murmura-t-elle. Bon garçon. Elle m'embrassa avec une violence inouïe, me mordant la lèvre inférieure jusqu'au sang. Je sentis le goût ferreux se mêler à son rouge à lèvres. Ce n'était pas un b****r, c'était une marque de propriété. Ses mains s'agrippèrent à mes cheveux, me guidant, me forçant. Mme. St-James : Efface-la, ordonna-t-elle en haletant. Efface son goût. Fais-moi jouir jusqu'à ce que tu oublies son prénom. Je fermai les yeux et je plongeai. Ce qui suivit ne fut pas de l'amour. Ce fut un combat. Une punition. Elle était exigeante, vocale, impitoyable. Elle me tenait la tête, dictant le rythme, gémissant mon nom comme une incantation. J'étais à genoux, dans un smoking à 5000 dollars, servant une femme qui pouvait détruire ma vie d'un claquement de doigts. Et le pire... c'est que j'aimais ça. J'aimais cette soumission autant que je la détestais. Quand elle jouit enfin, son corps se cambrant, ses ongles s'enfonçant dans mes épaules, elle cria un seul mot : — À MOI ! Elle retomba contre le dossier du canapé, la respiration saccadée, la peau luisante de sueur. Je restai à genoux, reprenant mon souffle, essuyant ma bouche du revers de la main. Je me sentais sale. Je me sentais utilisé. Et je me sentais puissant. Victoria ouvrit les yeux. Elle me regarda. Il n'y avait plus de colère. Juste une possession satisfaite. Elle tendit la main et caressa ma joue, là où elle m'avait giflé. Mme. St-James : Tu vois, Noah ? C'est ça, la loyauté. C'est donner tout ce qu'on a. Elle se leva, ramassant sa robe comme si de rien n'était, redevenant la PDG froide en une seconde. Mme. St-James : Tu peux dormir dans la chambre d'amis. Demain, nous avons un brunch avec les investisseurs chinois. Je veux que tu sois impeccable. Elle se dirigea vers sa chambre, s'arrêtant sur le seuil. Mme. St-James : Ah, et Noah ? J'ai décidé d'envoyer Sabrina gérer notre filiale à Londres pour quelques mois. Elle part lundi. C'est mieux pour tout le monde, tu ne crois pas ? Elle entra dans sa chambre et ferma la porte. Je restai seul dans le salon immense, à genoux sur le tapis persan. Elle avait gagné. Elle m'avait brisé, elle m'avait pris, et elle venait d'éliminer Sabrina de l'équation. Je me relevai péniblement, mes jambes engourdies. Je m'approchai de la baie vitrée. Montréal brillait sous mes pieds. J'étais au sommet. J'avais tout. Mais en regardant mon reflet dans la vitre, je ne vis pas un Directeur. Je vis un homme avec une laisse invisible autour du cou. Et le pire, c'est que je savais qu'au fond de moi, une partie de moi espérait que Sabrina ne monterait pas dans cet avion pour Londres. Parce que maintenant que j'avais vendu mon âme au Diable, la seule chose qui pouvait me sauver... c'était le Loup.
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