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La maison de Lucia et Pierre
Depuis que le réchauffement climatique avait pris de telles proportions démesurées et que le niveau des océans ne cessait de grimper, des spécialistes annonçaient même une hausse inévitable d’au moins un mètre avant les années 2220, la touffeur mettait davantage les organismes à rude épreuve.
Lucia et Pierre disposaient de l’air climatisé dans leur maison de quatre étages aux murs rose thé faisant penser à une bastide. Comme des boucliers protecteurs, une dizaine de battants en bois marron auburn empêchaient toute intrusion solaire par les larges baies vitrées de l’habitation. Pierre pouvait aussi se targuer, après plus d’un an de travaux, d’avoir fait installer un ascenseur dans sa résidence. Le seul du village ! Lucia et Pierre avaient pensé à leurs vieux jours, quand leur santé ne leur permettrait plus de monter quatre à quatre l’interminable escalier aux nombreuses marches étroites en pierre de leur foyer.
À l’orée du crépuscule, Pierre étreignait exquisément la taille de guêpe de son épouse. Lucia inclinait légèrement la tête vers la gauche pour la laisser mourir lentement sur l’épaule droite de l’amour de sa vie, comme un oiseau qui recherche le confort douillet de son nid. Ainsi, elle avait l’impression que plus rien de fâcheux ne pouvait lui arriver. Les deux sexagénaires ne disaient rien. Ils se parlaient en silence avec leurs yeux.
Au firmament du ciel azuréen, sans le moindre nuage, on eût dit quatre soleils suspendus qui illuminaient cet écrin de verdure préservé de la moindre pollution. Sur leur grande terrasse au dallage de marbre blanc de Carrare au veinage discret, parée d’une kyrielle de vases ornés de fleurs diverses, Lucia et Pierre avaient une vue sensationnelle sur la vallée, dont seuls les toits aux tuiles rouges des villages éloignés perturbaient l’harmonie, comme les ailes d’insectes nuisibles. Quelques campaniles isolés, difficilement accessibles par des sentiers sauvages caillouteux ou par des voies peu balisées, venaient rappeler à l’espèce humaine sa propension à bâtir dans des endroits improbables des églises, des cathédrales, des édifices voués à Dieu. Surtout à la promesse d’une vie éternelle.