Chapitre 5

1101 Mots
Point de vue de Shawn : La cérémonie était sur le point de débuter. Vêtu d’habits élégants soigneusement choisis pour l’occasion, j’observais les loups-garous qui s’agitaient autour de moi pour les derniers préparatifs. Une humeur particulièrement légère m’habitait. La perspective du pouvoir, mêlée au prestige que cette journée promettait, faisait naître en moi une excitation difficile à contenir. Assis avec nonchalance, les jambes croisées, je me surpris à fredonner distraitement un air familier. C’est alors que Mateo fit son entrée. Il portait des vêtements bien plus somptueux et raffinés que les miens. Sa démarche assurée, presque triomphante, était accompagnée d’un groupe de fidèles qui semblaient graviter autour de lui comme des ombres. En le voyant apparaître, mon cœur se serra aussitôt. Officiellement, Mateo n’était qu’un Gamma vieillissant. Pourtant, en ce jour précis, il se comportait et se présentait comme quelqu’un occupant une place bien plus élevée. Quiconque assistait à l’événement sans connaître la vérité aurait facilement pu croire qu’il était le véritable Alpha. « Redresse-toi. Arrête de te tenir courbé. » Mateo m’adressa un regard chargé de mépris. Je me levai aussitôt et me tins droit, adoptant une posture irréprochable. « Bonne journée », dis-je calmement. « À partir d’aujourd’hui, tu deviendras l’Alpha », déclara-t-il en posant une main sur mon épaule. « J’espère simplement que tu accompliras correctement ton rôle et que tu ne te laisseras distraire par rien. » Il tapota légèrement mon épaule avant de poursuivre d’une voix lente, lourde de sous-entendus. « N’oublie jamais que nous, les loups-garous, devons respecter nos origines et rester reconnaissants pour l’aide que nous avons reçue. Souviens-toi toujours de ceux qui ont permis à notre meute de survivre et de prospérer… et surtout de celui qui t’offre aujourd’hui l’occasion d’accéder au rang d’Alpha. » Ses paroles étaient claires malgré leur apparente douceur. C’était un avertissement. Mateo voulait me rappeler que le pouvoir que j’allais obtenir restait, en réalité, sous son contrôle. « Oui. Je n’oublierai jamais votre générosité », répondis-je avec un sourire poli. « Je vous serai redevable toute ma vie. Soyez sans crainte. Je ne m’approprierai jamais ce qui ne m’appartient pas. » Mes lèvres affichaient un sourire respectueux, mais au fond de moi, un profond dégoût bouillonnait. Depuis toujours, la place d’Alpha m’était destinée. Un jour ou l’autre, je devrais éliminer Mateo et reprendre tout ce qui me revenait légitimement. « Très bien. Et ne pense même pas à essayer de me tromper. Je garde un œil sur toi », déclara-t-il en me rendant mon sourire. Je hochai la tête avec respect afin de maintenir l’illusion d’une scène harmonieuse. Visiblement satisfait, Mateo tourna les talons et s’éloigna. Dès qu’il disparut de mon champ de vision, la colère que je retenais éclata enfin. D’un geste brutal, je renversai une poubelle à proximité. Évidemment, Mateo n’allait pas manquer une occasion aussi importante pour m’humilier. À ses yeux, je n’étais qu’un pantin qu’il pouvait manipuler à sa guise. S’il pensait vraiment cela, il allait bientôt découvrir que cette prétendue marionnette savait aussi se défendre. À cet instant, l’un de mes subordonnés s’approcha de moi avec prudence. Je me laissai tomber lourdement sur une chaise et soupirai d’agacement. « Qu’est-ce qu’il y a ? » « Nous avons réussi à capturer Sylvia », murmura-t-il discrètement. Un sourire satisfait étira mes lèvres. « Excellent travail », répondis-je avec enthousiasme. « Déshabillez Sylvia et laissez-la dans la chambre. Assurez-vous que tout soit prêt pour le prince Rufus. » Même si Sylvia n’était qu’une esclave, elle restait une jeune femme d’une grande beauté. L’offrir comme présent au prince ne manquerait pas de lui plaire. Quant à cette louve insolente, elle comprendrait enfin la leçon qu’elle méritait. Rien que d’imaginer la réussite de ce plan suffisait déjà à améliorer mon humeur. Le subordonné esquissa un sourire obscène tout en évitant soigneusement de croiser mon regard. « Monsieur… vous ne voulez pas coucher avec elle avant ? Sylvia est probablement encore vierge. Cela doit être une expérience exceptionnelle. » « Imbécile ! » grondai-je en lui assénant une tape derrière la tête. « Pourquoi offrirais-je au prince un cadeau déjà utilisé ? Tu tiens à mourir ? » Pour être honnête, une légère inquiétude me traversait l’esprit. Et si le prince infligeait à Sylvia le même sort qu’à cette autre esclave auparavant ? S’il la torturait jusqu’à la mort… je n’aurais plus jamais l’occasion de l’avoir pour moi. « Monsieur… le prince Rufus est arrivé », murmura le subordonné en me touchant doucement le bras, me tirant de mes pensées. Je levai les yeux vers l’entrée de la salle de banquet. Là se tenait le prince Rufus Duncan en personne. Il portait un costume argenté, probablement confectionné sur mesure. Son visage était d’une beauté remarquable, mais son expression glaciale suffisait à faire frissonner tous ceux qui se trouvaient à proximité. Certains loups-garous semblaient être nés pour régner. Rufus faisait incontestablement partie de ceux-là. Je m’avançai immédiatement vers lui avec assurance. « Prince Rufus, je suis honoré de votre présence aujourd’hui. Je m’appelle Shawn Gibson, futur Alpha de la Meute de la Lune Noire. » Ma voix se voulait respectueuse et flatteuse. Mais Rufus ne répondit pas. Il se contenta de me lancer un regard froid, dépourvu de la moindre émotion. À ses yeux, je n’étais sans doute rien de plus qu’un loup-garou ordinaire parmi tant d’autres présents dans cette salle. Un sourire légèrement gêné apparut sur mon visage tandis que je lui tendais la main en lui indiquant une place. « Vous devez être fatigué après votre voyage. Je vous en prie, prenez place. » En dehors du discours que je devais prononcer et de ma prise officielle de fonction en tant que nouvel Alpha, ce banquet représentait aussi une occasion précieuse de me rapprocher du prince Rufus. Pourtant, malgré tous mes efforts, il demeurait silencieux, presque impénétrable. Se faire remarquer par lui relevait du défi. Même s’il semblait indifférent à tout ce qui se passait autour de lui, je savais que je devais continuer à tenter de lui plaire. Pour obtenir le pouvoir, j’étais prêt à tout. Lorsque le banquet arriva finalement à son terme, je m’approchai de lui une nouvelle fois, les yeux brillants d’anticipation. « Prince Rufus, j’ai fait préparer pour vous une chambre qui, je pense, saura vous satisfaire. J’y ai également laissé un petit cadeau. » Je prononçai ces mots d’une voix basse et volontairement ambiguë, en lui adressant un clin d’œil dans l’espoir qu’il saisirait l’allusion. Mais, une fois encore, il ne répondit pas. Après un court silence, je repris : « Dans ce cas… j’espère que votre soirée sera agréable. »
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