Chapitre 7

915 Mots
Point de vue de Rufus : Dès que j’eus franchi le seuil de ma chambre, je fis signe aux gardes de quitter leur poste devant la porte. Leur présence m’était inutile. Je voulais être seul. À peine avais-je tourné la poignée qu’un parfum subtil effleura mes sens. Je restai immobile, figé dans l’embrasure. Quelque chose n’allait pas. L’air de la pièce portait une trace étrangère. Une présence. Je pouvais le sentir avec une netteté troublante. À l’odeur qui flottait dans l’air, je compris aussitôt qu’il s’agissait d’une louve. Alors tout devint clair. Je repensai au sourire mystérieux de Shawn lorsqu’il m’avait souhaité une bonne nuit. Il essayait de me faire comprendre quelque chose depuis le début. Maintenant je voyais ce qu’il avait manigancé. Quel imbécile. Pensait-il vraiment me manipuler avec une ruse aussi grossière ? M’envoyer une louve dans ma chambre comme si cela pouvait m’amadouer ? Quelle prétention ridicule. Je connaissais parfaitement la nature de mes instincts. À peine aurais-je posé le pied dans cette pièce que mes pulsions les plus violentes se déchaîneraient. Cette louve n’aurait aucune chance. Elle serait mise en pièces avant même de comprendre ce qui lui arrivait. Je n’avais aucune intention de participer aux jeux de Shawn. Je pivotai donc simplement sur mes talons, prêt à quitter l’endroit sans même regarder à l’intérieur. Mais à cet instant précis, cette fragrance délicate revint effleurer mes narines. Cette fois, je la distinguai avec une précision troublante. Elle évoquait l’odeur d’une orchidée tout juste ouverte, douce et enivrante. Une senteur étrange, presque irréelle, qui se répandit dans mon esprit comme une vague apaisante. Les pensées violentes qui me tourmentaient se dissipèrent peu à peu, comme balayées par une brise légère. Mon esprit s’éclaircit. Malgré moi, je m’arrêtai. Puis je tournai lentement la tête vers la pièce sombre derrière moi. Le parfum provenait bien de l’intérieur. Cette odeur… « Entre, Rufus ! C’est quelqu’un que nous connaissons ! » lança la voix d’Omar dans mon esprit, débordante d’enthousiasme. Point de vue de Sylvia : La porte grinça doucement en s’ouvrant. Dans la pénombre, j’entendis des pas pénétrer dans la pièce et avancer lentement sur le sol. Chaque bruit résonnait dans mes oreilles comme un coup de tonnerre. La peur me nouait le ventre. Mon cœur battait si fort que j’avais l’impression de sentir le sang pulser dans chacune de mes veines. Je croyais que tout était perdu. Puis soudain, une odeur inattendue se répandit dans l’air. Un mélange délicat de lys et de jasmin. Je restai interdite. Qu’est-ce que cela signifiait ? Était-ce… mon second compagnon ? Le choc me fit relever la tête. Dans la faible lueur de la lune, je distinguai la silhouette du prince Rufus avançant vers moi. L’homme dont on racontait qu’il était impitoyable. La lumière n’avait pas été allumée, et l’ombre enveloppait presque entièrement sa silhouette. Pourtant, même ainsi, je sentais son regard posé sur moi avec une intensité troublante, semblable à celle d’un prédateur observant silencieusement sa proie. Un frisson parcourut tout mon corps. Je tremblais malgré moi. Instinctivement, je me repliai sur moi-même, submergée par une honte que je ne pouvais dissimuler. Il s’arrêta devant moi. Aucune parole. Je ne pouvais pas distinguer les traits de son visage dans l’obscurité. « S’il vous plaît… ne me touchez pas. Je… » murmurai-je d’une voix brisée, incapable de terminer ma phrase. Il se pencha lentement vers moi. Ce simple mouvement révélait une grâce naturelle, celle d’un homme élevé dans un milieu noble, habitué aux manières élégantes et au maintien impeccable. Qui aurait pu imaginer qu’une telle allure puisse abriter une réputation aussi terrifiante, faite de cruauté et de sang versé ? Je sentis sa main se rapprocher. Persuadée que l’instant suivant serait celui de ma fin, je fermai les yeux. Les larmes que je retenais depuis trop longtemps roulèrent enfin sur mes joues. Plutôt mourir ici que de continuer à vivre avec cette humiliation. « Maman… aide-moi… » murmurai-je intérieurement. Pourtant, la douleur que j’attendais ne vint jamais. À la place, je ressentis une sensation inattendue autour de mes poignets. Les cordes qui les liaient venaient de se relâcher. Je rouvris les yeux, stupéfaite. Il m’avait libérée. Sans réfléchir, je me redressai brusquement et reculai de plusieurs pas, cherchant à mettre le plus de distance possible entre moi et ce lycan redouté. Je continuai à reculer jusqu’à sentir le mur derrière mon dos. Je m’y appuyai, serrant mes bras contre ma poitrine, le regard fixé sur lui avec une vigilance farouche. Mais à peine avais-je levé les yeux que quelque chose tomba sur mes épaules. Un manteau. Le tissu me recouvrait partiellement et apportait une chaleur inattendue. En inspirant, je reconnus aussitôt ce parfum floral et frais qui semblait désormais me poursuivre. Lorsque je retrouvai pleinement mes esprits, je retirai légèrement le manteau et l’observai, perplexe. « Remets-le », déclara-t-il d’une voix froide. Son ton était glacial, mais il ne contenait aucune menace. Je comprenais pourquoi tant de gens le considéraient comme distant et impitoyable. Pourtant, l’homme qui se tenait devant moi ne correspondait pas exactement à cette image. Il ne ressemblait pas au monstre que j’avais imaginé. Était-ce l’effet du lien d’âme sœur ? Je finis par obéir et remis le manteau autour de mes épaules. L’odeur unique de mon compagnon m’enveloppa aussitôt. Je mordis légèrement ma lèvre. Lorsqu’il se rapprocha de nouveau, je ne ressentis plus la même panique qu’auparavant. Au contraire, une étrange attente commençait à naître dans mon cœur. Que comptait-il me dire ?
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