Suite 1 chapitre X

5000 Mots
autres. Puisque c’est elle qui s’occupe des enfants, le patron voit en elle une mère de substitution et, du coup, il ne peut pas réprimer tous ses actes bien qu’ils soient démesurément ignominieux et injustes pour la plupart. Le mieux pour toi, en plus d’être obéissant et docile, c’est de prendre une attitude silencieuse et de ne plus répondre à ses provocations.         —  Même si je m’enferme, dit-il, dans un mutisme complet à chaque fois que je la rencontre sur mon chemin, elle ne manque pas de me bousculer en croyant faussement que je ne vaux pas plus qu’un ballon de baudruche bondissant au moindre souffle de vent et qui peut éclater à la moindre piqûre d’épingle.       —  Il n’y a pas lieu de te comparer à ce genre de choses, dit-elle. Tu es une personne correcte et honnête et ta valeur humaine intrinsèque n’est pas tributaire de l’effort que tu ne cesses de fournir. Quoique cette femme se borne à te dévaloriser, elle ne parviendra pas. Aux yeux du patron, tu fais partie de nos employés de confiance et te perdre à cause d’elle ne sera jamais une chose réalisable. Alors rassure-toi et continue ton bonhomme de chemin, moi, je vais en toucher un mot au patron pour que tu restes éloigné de la zone suspecte de cette harpie.       — En agissant ainsi, tu vas me rendre un grand service, mademoiselle Sophie, dit-il en soupirant de soulagement et de réconfort.       —  Maintenant, tu peux t’en aller, dit-elle.             Momo se retira du bureau de la secrétaire, se mit au volant et rentra à la maison. Quand Il gara la voiture et se dirigea vers sa chambre où il s’enferma jusqu’au matin, Layla qui fulminait de rage et d’indignation à son encontre était encore dans la cuisine et, en présence du jardinier, elle tenait à la servante un discours grossier et insultant, plein de remontrances et de menaces.   Nora, qui ne pouvait pas se passer de son travail et aller nulle part, garda le silence et resta placide face à l’impétuosité de la maîtresse de maison.             Bruno, qui ne pouvait pas faire autrement que de calmer la rage de cette femme aigrie et agressive, la suppliait de baisser de ton et d’aller dans sa chambre pour se reposer. Il était la seule personne à savoir que tout ce bouillonnement était à l’origine de la cruelle  déception  qu’elle a eue à cause de l’échec essuyé dans  l’affaire d’achat d’arme à feu.                Quand il a réussi à la convaincre à sortir de la cuisine et laisser la servante se remettre de l’effet négatif de sa blessure morale et de l’offense douloureuse  qu’elle vient de subir à son corps défendant, il l’amena dans sa chambre afin qu’elle pût trouver son apaisement.                Mais elle ne s’est pas arrêtée de ressasser son amère déconvenue en se focalisant sur le tour malicieux que lui avait joué ce bandit qui se prenait pour un t********t d’arme fiable et sérieux.             En reprenant le même sujet, elle lança à l’adresse de Bruno :        — Il m’a roulée dans la farine, ce s******d ! Je me suis confiée à lui avant même de l’avoir connu.        —  Tu manques d’expérience dans ce genre de trafic, dit-il. Et c’est pour cette raison que tu as frappé à la mauvaise porte. Mais voyons, qu’est ce que tu comptes faire avec une arme à feu. Est ce que tu ne tu ne penses pas une seconde au moins que c’est interdit de déroger à la loi ? —   Ne me pose plus ce genre de questions, tu veux, dit-elle.       —  Que t’a-t-il dit, ce t********t à qui tu n’as plus confiance ?       —  Il m’a dit d’attendre mon tour car le moment de me livrer la marchandise n’est pas encore arrivé et que je devrai être patiente, sinon il pourrait annuler son engagement. Selon ses paroles mensongères, je pense que je me suis fait gruger et qu’il va falloir me chercher un autre t********t, où il se trouve, qui ne me posera pas ses conditions.       —  Si nous continuons, dit-il, d’aller ensemble, tous les deux, dans ce cabaret, nous serons vite repérés et il se peut que le patron soit mis au courant de notre présence dans cet endroit.       — Et quel est le problème qui te fait peur, espèce de froussard, dit-elle. Tu n’es qu’une chiffe molle. Un homme comme toi ne mérite pas un cerveau humain uniquement pour l’épuiser dans des réflexions banales et insensées. Tu es toujours le même et tu n’as pas bougé d’un iota pour faire évoluer ton esprit et avec lui tes pensées. Est-ce que tu es avec moi ou contre moi ?      —   Je suis avec toi, patronne, dit-il.       — Alors, cesse de me mettre des bâtons dans les roues et laisse-moi réfléchir à la manière la plus appropriée pour régler tous mes problèmes avec mes antagonistes.         — Les régler avec une arme à feu n’est pas la meilleure solution à mes yeux, dit-il.       — N’anticipe pas les choses, dit-elle, je ne t’ai rien confié de mes secrets.       — Si ce n’est pas le cas, alors pourquoi tu veux avoir un pistolet ?        — Nous avons déjà parlé de ces choses et toi tu persistes à me poser les mêmes questions, dit-elle. Il vaut mieux que tu changes de sujet parce que j’en ai mare t’entendre seriner la même cassette. Est-ce que tu ne trouves pas qu’il est intempestif et déplacé  de me faire la morale ?         — Ne le prends pas mal, madame Layla, mon intention est tout à fait bonne et je ne cherche pas à te reprocher quoi que ce soit ou à  t’embêter par mes recommandation de vieux crouton. Excuse-moi du peu ! Si mon point de vue ne compte plus pour toi, je te conjure de me laisser éloigné  de tes affaires personnelles de et ne pas me faire part de tes confidences.        — Tu me demandes l’impossible, Bruno, dit-elle. Sans ta présence à mes côtés, je ne saurais dégoter un pistolet. Je te rappelle que si jamais tu refuses d’aller dans mon sillage, je n’hésiterai pas une seconde de balancer tout à Mateo. Et à ce moment là, tu seras désigné à la vindicte publique.     —  Je ne suis pas un criminel pour mériter tout ce châtiment, dit-il.     —  Tu n’es pas habilité à statuer sur ton cas, dit-elle. Seul un juge d’instruction est capable de rendre justice.      —   Dis donc ! Est-ce que tu es en train de me faire un procès ? demanda-t-il.       —  Prends-le comme tu veux, dit-elle, ça c’est une mise en garde et c’est à toi de choisir. Je te rappelle à titre indicatif que, moi, je détiens ton secret avec des preuves irréfutables à l’appui.                Jusqu’à présent tout le monde ignore le mal que tu as fait. Alors, si tu te conduis dans le sens de mes objectifs, ton secret ne sera jamais divulgué et tu gagneras de plus en plus mon estime et ma confiance.        —  N’oublie pas que si je tombe, tu tomberas avec moi, dit-il. Ne sois pas si exigeante à mon égard. Je ne suis pas fautif dans tout ce qui s’est produit. Le fait est fait et personne ne peut réparer l’irréparable. Nous ne pouvons pas faire autrement que d’accepter le fait accompli et de rester muets comme une tombe.        —   Mais  cela doit être à charge de revanche, dit-elle.        —   Ok, j’accepte tes conditions, dit-il avant de la congédier.              Au moment où le jardinier sortait de la chambre de Layla, Laura, qui descendit de la voiture de Milo, le croisa en chemin, mais elle s’arrêta pour lui toucher quelques mots à propos de la maisonnée.        — Est-ce que ça va, monsieur Bruno, dit-elle l’air gai et joyeux.        —  Oui, mademoiselle, tout va bien, dit-il.        —   Où est ma tante ? demanda-t-elle.        —   Elle vient de rentrer dans sa chambre, dit-il.        — Mais dis-moi, qu’est ce que tu as ? Tu n’as pas l’air content, je suppose.        — Ne t’inquiète pas, mademoiselle, je vais bien tout de même.        —  Et Nora, où est-elle ? demanda-t-elle.              Bruno qui ne voulait pas lui raconter ce qu’il s’est passé  entre madame Layla, le chauffeur, la servante et lui-même dans la cuisine, répondit brièvement et sans lui donner le moindre détail :       —  Je ne sais pas si elle s’affaire encore dans la cuisine. Laver la vaisselle et arranger tous les couverts est une tâche quotidienne à laquelle elle n’avait pas la latitude d’échapper. Il se peut qu’elle soit  en train de terminer son travail.               Sans accorder plus d’importance aux choses accessoires, Laura, le laissa aller et passa voir sa tante. Elle la trouva  assez tendue et de mauvaise humeur.         — Qu’y a-t-il, ma tante ? dit-elle. Tu as l’air dépité et désappointé. Est-ce que tu as des problèmes.         — Non, non, ma fille, je vais bien tout de même, dit-elle. Dans la vie, il nous arrive, à nous tous, de traverser quelques fois des moments un peu difficiles qui nous chagrinent et nous attristent si fort.       — A ce que je sache, dit-elle, tu n’as aucun problème apparent qui puisse me donner une idée sur ton état psychique.       —  Même si tu te mets à sonder les tréfonds de mon âme, dit sa tante, tu n’arriveras pas à découvrir ce qui est enfoui en moi parce que mes problèmes ne flottent jamais en surface. Oublie ça et parle-moi de ta journée. Mais avant de raconter quoi que ce soit, dis-moi d’abord d’où tu t’es achetée ces bijoux ?          —  Ces bijoux, dit Laura, ne sont que des cadeaux qui m’ont été offerts aujourd’hui même par un homme éblouissant et formidable qui s’est entiché de moi dès le premier regard. Ce type que je trouve exceptionnel en tous points de vue, m’a tout de suite  déclaré sa flamme amoureuse. Et comme il me plaît, je n’ai pas pensé une seconde à le repousser parce que mon rêve de faire ma vie vient d’être réalisé.          —  Est-ce que je peux savoir qui  est cet ange gardien qui t’a couverte  de ces beaux joyaux ? demanda Layla, l’air curieux.        —  Tant que ce n’est pas encore confirmé, je ne compte pas te le dire et encore moins avant d’avoir le consentement et la bénédiction de mon père, dit-elle.       — Et moi quelle est ma raison d’être dans cette maison ? demanda-t-elle.       —  Tu es notre tante et notre mère de substitution si j’ose dire, répondit Laura, mais en ce qui concerne ma future vie, je dois d’abord trancher avec mon père et prendre son avis car c’est à lui que revient la décision finale. Et même si ma mère avait été  encore là, je n’aurais pas pris son avis en considération avant celui de mon père.      —  Tout simplement parce qu’il Il t’a lavée le cerveau, dit sa tante.      —  Mon père dit-elle, ne m’a jamais incitée à faire le mal autour de moi ni m’éloigner de toi ni te détester. Au contraire, il voit en toi la femme la plus stricte et le plus convenable à prendre la responsabilité de notre éducation. Et c’est grâce à toi et à tes conseils judicieux que, contrairement à mes deux frères, j’ai pu faire de brillantes études.        —  Excuse-moi, ma chérie, de t’avoir vexée. Comme tu le sais, je suis le type de personne susceptible, qui s’emporte à la moindre provocation, dit-elle. Ne le prends pas mal. Mon intention est tellement bonne je suis très contente de te voir te marier le plus tôt possible avec l’homme qui te plaît. Je savais bien que tes frères et toi vous m’aimiez beaucoup, mais à l’âge où vous en êtes, j’ai constaté que cet amour avait sensiblement régressé et que mon influence sur vous a diminué par la force des choses. Toutefois je vous considère comme étant la chose la plus précieuse dans ma vie et je ne lésine pas sur les moyens pour vous défendre et vous protéger. Ce qui me préoccupe pour l’instant, c’est le retour de votre mère qui a disparu ou à fortiori fugué comme une mineure.        —  Tu veux dire qu’elle est encore en vie ? demanda Laura.     —   Oui, j’en ai presque la certitude, répondit sa tante.      — Et comment tu peux confirmer la véracité d’une chose dont tu n’as aucune preuve ? demanda Laura.      — Le jour où ta mère Emma réapparaitra, tu trouveras la réponse juste à ta question, dit Layla. Moi, je sais ce que toute la maisonnée ignore et en plus, je connais ma sœur mieux que vous tous réunis.       — Le sujet de conversation avec toi, ma tante, est passionnant, mais, moi, je suis trop fatiguée pour te tenir encore compagnie. Alors, excuse-moi de m’en aller, j’ai besoin de dormir.      —  Ok, ma chérie, je ne te retiens pas plus qu’il ne faut, dit-elle.            Avant de prendre congé de sa tante, Laura l’embrassa si fort et lui souhaita bonne nuit.            Quand Layla restait toute seule dans sa chambre, elle avait l’intention de prendre une douche avant de se mettre au lit. Mais un fâcheux contretemps l’en empêcha lorsque son téléphone se mit à sonner. C’étai la voix masquée de l’homme de caverne qui retentit de l’autre bout du fil.     —  Qu’est ce que tu veux encore abruti ? dit-elle. Pourquoi tu te caches pour me lancer tes menaces de timoré ? Est-ce que tu crois que tu vas me faire peur et me dissuader de divulguer les secrets de cette trainée d’Emma qui n’avait pas honte de délaisser ses enfants et son mari.        —  Qu’est ce que tu veux faire avec ce pistolet que tu n’as pas encore trouvé ? demanda-t-il.       — Tu connaitras la réponse, dit-elle, au moment où tu reçois tout comme elle une balle dans le crâne.       — Tu n’auras jamais l’opportunité d’avoir cette arme à feu. Cherche-toi un autre moyen que tu peux facilement obtenir comme une fronde ou un arc en bois.      — Cesse tes idioties et va te faire voir ! dit-elle. Un type comme toi ne mérite pas la peine qu’on lui accorde la moindre importance. Qui t’a dit que je suis en train de chercher une arme ?      — Je te rappelle que mes contacts sont implantés dans les quatre coins de cette île, dit-il, et ils suivent de près chacun de tes mouvements.      — Tes contacts, dit-elle,  ne sont à vrai dire que des fourbes et des menteurs invétérés et leur passion de prédilection, c’est spécialement l’arnaque et l’escroquerie.      —  En me parlant sur ce ton, dit-il, je comprends si vite que quelqu’un des nôtres vient de te rouler dans la farine. Une femme prétentieuse et crâneuse comme toi, qui se croit à tort que le monde tourne autour d’elle mérite mieux qu’on se foute de sa gueule à chaque fois que l’occasion se présente.     — Je ne suis pas ce que tu penses, vieux crouton, dit-elle. Aucun de vous n’aura ce plaisir de m’avoir. Je suis une dure à cuir et tous les pas que je fais sont mesurés et en agissant de la sorte, je ne tomberai jamais dans vos filets.       —  Et moi aussi je ne suis pas ce que tu penses, dit-il. Si jamais tu me croises quelque part, tu tomberas amoureuse de moi au premier regard.       — Tomber amoureuse de toi, espèce de c*****d, dit-elle, serait la dernière chose qui puisse arriver à une femme de mon rang. Ton comportement malsain et déplacé, qui laisse beaucoup à désirer, va te coûter cher, crois-moi.      —  Quoi que tu dises, tu n’arriveras pas à me faire peur, dit-il. Si tu veux voir ta sœur Emma, rends-toi demain à la première heure au même endroit. Et pour te rassurer que c’est bien elle, mets-toi des lunettes microscopiques.      —  Cesse de dire des imbécilités, dit-elle, je te rappelle, c****n, que j’ai une excellente acuité visuelle qui dépasse deux fois plus la tienne si tu n’es pas borgne ou encore moins aveugle.              Sans lui laisser le temps d’ajouter d’autres mots insensés, Layla raccrocha et  se versa  un verre d’eau fraîche pour étancher sa soif.                Au bout d’une minute, elle se regarda toute pensive dans sa glace murale, dénoua ses cheveux, les démêla avec un coup de peigne puis elle se dirigea vers la salle de bain pour se doucher.              Après les premiers jets d’eau, qui jaillissaient sur l’intégralité de son minuscule corps décharné et dont les seins sont devenus flasques et pendants comme un ballon de baudruche vidé à moitié de sa quantité  d’air, ses nerfs se sont lentement calmés et une série d’idées lui vinrent à l’esprit.              Afin de sortir le plus tôt possible  de cet imbroglio crée de toute pièce à la suite de la fugue de sa sœur qu’elle croyait morte et qui la menaçait au jour le jour par cet homme de caverne, qu’elle a engagé, elle envisagea derechef la possibilité de faire appel à  un détective privé.             Le lendemain, après avoir passé une nuit aussi agitée que  ponctuée de cauchemars désagréables et intermittents, Layla, accompagnée du jardinier, qui a laissé à l’abandon tout le travail entamé depuis une semaine, sortie de la maison de si tôt, héla un taxi et se dirigea vers le centre ville.            En cours de route, elle demanda de but en blanc au chauffeur :      —  S’il te plaît, monsieur, peux-tu nous conduire à l’endroit où l’on peut trouver un détective privé.     —  Ok, dit-il, j’en connais un  qui puisse t’aider en quoi que ce soit, mais il faut que je te rappelle qu’il trop exigeant quant au tarif à payer.    —  L’argent n’est pas un problème pour moi. Si jamais il arrive au bout d’une semaine ou deux à accomplir sa mission, il sera bien rétribué.    —  Mais dis donc, madame Layla, qu’est ce qu’on a à faire avec ce monsieur ? demanda le jardinier, l’air étonné.    — Quand on l’aura rencontré, tu connaîtras les raisons de l’avoir cherché. Alors, maintenant tais-toi et ne m’embête plus avec  tes questions inutiles.    —  Je t’ai posé cette question parce que tu ne m’as rien dit à ce sujet, susurra-t-il. Tu veux m’écarter de tes secrets ou quoi ?    — Ton rôle de m’accompagner ne te donne aucun droit d’entrer dans des considérations qui te dépassent. La prochaine fois que tu t’avises de voir plus loin que le bout de ton nez dans des affaires qui ne te concernent pas, tu n’auras aucune chance d’échapper à de sévères remontrances qui seront suivies bien sûr par d’autres mesures drastiques.            Le chauffeur de taxi qui écoutait avec curiosité les menaces de Layla n’a pas pu s’empêcher d’intervenir      —  Ne sois pas si cruelle, madame avec cet homme. Moi, je pense objectivement qu’il ne t’a rien dit de mal qui nécessites un tel revirement. Excuse-moi du peu, je ne savais pas quand est ce que les femmes en ce bas-monde étaient capables d’exercer de l’autorité sur les hommes.      — Si tu appelles ça de l’autorité, monsieur, dit-elle, tu te trompes lourdement. Une femme comme moi, issue d’un milieu aisé, n’a pas besoin de se mesurer à son jardinier. Pour moi, la notion d’autorité n’a pas droit de cité dans nos relations.      — Ne le prends pas mal, monsieur, dit le jardinier. Cette femme, c’est ma patronne. Elle me donne  le gîte et le couvert. Et, moi, en tant que son employé, je ne peux pas faire autrement que d’écouter ses injonctions et d’admettre ses reproches.     —  Dans ce cas, dit-il, tu n’as pas à te plaindre si elle te donne des claques de temps en temps pour te rappeler la politesse qu’on doit  observer vis-à-vis de sa patronne. Bon, bref, je ne dois pas me mêler de vos rapports. Revenons à nos moutons.     — Oui, dit-elle en soupirant, parlons de l’essentiel. Nous n’avons pas à nous occuper de l’accessoire. Est-ce que tu connais bien ce détective privé ?     —  Bien sûr que je le connais, sinon je n’aurais pas osé t’en  parler. Si tu as besoin de retrouver un proche comme un frère ou une sœur perdus de vue, tu peux te fier à lui. Il te sera d’une grande utilité.    —  Est-ce que tu peux me donner son nom ? demanda-t-elle. C’est un grand hasard que je suis tombé sur quelqu’un comme toi qui le connais.     —   Ce n’est ni une coïncidence ni un hasard de m’avoir croisé, dit le chauffeur. Tous les taximen de cette zone le connaissent. Il fréquente ce café pendant son temps libre.             Avant de descendre du taxi avec son jardinier, Layla nota tous les renseignements concernant ce monsieur, tendit un billet de banque au chauffeur en lui demandant de garder la monnaie et entra  avec son compagnon dans le café.            Dès qu’ils prirent place à une table vacante, le serveur qui avait l’air d’un type sympathique et serviable, se présenta à leur service et dit :      —  Que puis-je pour vous, monsieur-dame ?      —  Avant de nous servir quoi que ce soit, dit-elle, je voudrais d’abord te demander un service si ça ne vous dérange pas.      —  Dites-moi, madame, je suis à votre entière disposition, dit-il. Que voulez- vous que je fasse ?    —  Je suis à la recherche du détective privé qui fréquente ce café et j’aimerais bien que tu me renseignes sur l’endroit où il s’installe d’habitude.    —  Attends une minute, je reviens, dit-il en allant parler à un monsieur.           Cet homme s’asseyait tout seul dans un coin dominant pour surveiller apparemment les mouvements des clients à l’intérieur de cet endroit et faire la comparaison entre le visage du type recherché et celui figurant sur la photo qu’il regardait en catimini. Il paraissait  avoir la quarantaine, svelte et de grande taille. Il était chauve et sa calvitie en disait beaucoup sur son expérience dans le domaine. Il avait le visage long et injecté de sang, le regard perçant et les yeux vifs et brillants.             Pour tout vêtement, il était chaussé d’un mocassin noir et bien ciré, mais il ne portait qu’un costume délavé et passé de mode avec cravate noire et chemise bleu ciel.             Il se tenait là, la cigarette à la main et le verre de café à moitié plein posé sur la table et qu’il prenait à intervalle régulier  dans le creux de la main pour le siroter.              A chaque fois qu’il tira sur sa cigarette et souffla languissamment sa bouffée de fumée, il profita de chaque instant pour jeter un coup d’œil furtif sur les entrées et sorties des clients.             Quand le serveur arriva à la table qu’il occupait, il le salua comme d’habitude et lui annonça à tout bout de champ :      —  Une femme accompagnée de son employé de maison a besoin de  tes services. Que dois-je lui dire ?       —   Mais où est-elle ? demanda le détective.       —   Elle est là, assise à la terrasse du café, dit-il.         —  Est-ce qu’elle ne t’a-t-elle pas parlé de son problème ?        — Non, non, dit-il. Elle me paraît que c’est une femme richissime qui ne daigne pas dire quoi que ce soit de ses secrets.       — Alors, qu’elle vienne me voir, je suis frais et dispos à m’entretenir avec elle.              Sur un geste du serveur qu’elle a compris à demi mot, Layla, se leva de sa chaise, dit à son jardinier de l’attendre et se dirigea, l’air hautain et arrogant, vers le monsieur dont elle a besoin.             Après un salut d’usage, elle prit place en face de lui, esquissa un sourire bref à son adresse et se mit à le dévisager de façon sommaire et rapide.             Sans lui laisser le temps de deviner comment il travaillait pour mener à bien ses missions, le détective ouvrit la conversation et dit :       —  Que puis-je pour vous, madame ? dit-il.       — J’ai un problème qui me taraude l’esprit depuis fort longtemps et j’ai besoin de tes services, monsieur.      — Est-ce que je peux savoir quel genre de problème ? demanda-t-il.       —  C’est un problème familial épineux, qui n’en finit pas de troubler toute la maisonnée et spécialement moi, qui subit les conséquences à mon corps défendant, dit-elle tristement.      —  Raconte-moi, s’il te plaît, dit-il. J’ai besoin de savoir tous les détails.             Afin de mettre le détective au fait de ce problème qui pèse lourd sur toute la famille, Layla, qui connaissait sur les bouts des doigts l’alpha et l’oméga de l’histoire de sa sœur, disparue dans des circonstances indéterminées, lui raconta tout.               Après l’avoir écoutée et pris note de tous les renseignements signalétiques concernant sa sœur et cet homme de caverne qui la menaçait du pire, le détective, qui exigea un tarif raisonnable pour son service, lui promit qu’il va entreprendre, dès demain, toutes les investigations nécessaires. Pour lui redonner confiance, il l’a rassurée qu’il va réussir à localiser ces deux personnes dans les plus brefs délais.              Avant de prendre congé de ce monsieur, elle lui paya son dû,  et se jura qu’elle va  être plus généreuse à son endroit au cas où il réussira sa mission.              Alors qu’elle rejoignit la table pour s’asseoir et prendre quelques rafraîchissements avant de changer de cap, Bruno, qui n’arrivait pas à s’empêcher de parler, lui demanda de but en blanc :         — Je pense que maintenant, madame, tu n’as plus aucune raison de ma cacher ce qui s’est passé entre ce monsieur et toi.       —  Il ne s’est rien passé qui puisse t’intéresser, mon vieux Bruno, dit-elle avec ironie. Cesse d’espionner mes actes. Je ne te dirai rien. Quand il est question d’une affaire personnelle rien ne doit être divulgué. Un secret tenu par plus d’une personne n’a à mes yeux  aucune valeur du point de vue discrétion. Cela dit, il ne sert à rien de le cacher aux autres.       —  Tant que tu  n’es pas disposée  à me partager tes  secrets, dit-il ouvertement, je me vois dans l’obligation de me retirer de ton cheminement. Même en ta qualité de patronne, tu n’as aucune raison de me tenir la dragée haute et de me traiter de simple employé bien que toi et moi, nous ayons des choses  indéfectibles en commun.        —  Qu’est ce que tu veux insinuer, vieux crouton, dit-elle. Moi, je m’en fiche pas mal de ce dont tu as l’intention de me faire gober. Lève-toi et suis-moi !                En sortant du café, Layla qui voulait joindre l’utile à l’agréable et profiter de sa sortie en ville, héla un taxi et lui demanda de l’amener avec son jardinier au cabaret Les lys. Un peu curieux, le chauffeur répéta :         — A quel cabaret, madame, vous voulez que je vous amène ?         —  Combien de fois voulez-vous que je vous le dise  ? dit-elle sèchement.       —  Ne le prenez pas mal, madame, dit le    
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