Chapitre 23: Austin

1486 Mots
Nous étions tous rassemblés autour de la table du salon. – Déjà, je pense que Nina aurait pu faire plus vite. Su a manqué de tout faire tomber, reprocha Lucy. Je n'étais pas d'accord sur ce point. Je parlai avant Ethan, sachant qu'il allait s'énerver. – Je ne trouve pas. Elle a fait de son mieux, elle ne peut pas être de partout à la fois. Tu aurais pu te rendre plus utile, toi, répondis-je. Nina sembla surprise que je prenne sa défense. Ethan me lança un regard reconnaissant, car c'était ce qu'il allait dire, mais sans ce calme posé. Lucy, quant à elle, me fusilla du regard. – Peut-être, mais elle aurait pu prendre les passagers deux à deux, ou par groupes. Ethan, à côté de moi, grinça des dents. Lucy était toujours sévère lorsqu'il s'agissait des missions. Les trois quarts du temps, elle appuyait sur les points négatifs. Je comprenais, vu que nous devions être sur la perfection avec ce qui nous attendait : la fin du monde. – Elle n'y a pas pensé sur le coup, ça arrive. Tu avais qu'à le lui dire, remarquai-je. – Nous devons être autonomes, et ne pas avoir besoin que les autres disent ce qu'on doit faire, riposta Lucy. – Sauf qu'on est une équipe. Et dans une équipe, on s'entraide. On est tous ensemble, non ? À quoi bon être dans une équipe si nous devons tous réfléchir de notre côté ? coupa Xenia. Là, c'était bien dit. Lucy ne répondit rien. – Bien, je pense quand même que vous manquez d'entraînement. Ce qui arrivera sera sûrement plus grand que juste des accidents de bus ! Il faut se préparer à tout. Et nous n'avons toujours pas retrouvé le septième qui a des pouvoirs. Pour ça, je vais rajouter des heures d'entraînement le samedi en plus du mercredi, finit-elle par dire. – Tu sais ce qui nous manque ? Du soutien de ta part, et aussi que tu nous écoutes plutôt que de décider tout comme si tu étais la chef. Là, il n'y a aucun esprit d'équipe, lâcha Xenia. Elle n'attendit pas la réponse de Lucy et se leva puis quitta le salon. Je la suivis jusque dans le hall où elle s'écroula sur les escaliers, la tête dans les mains. – Tu n'étais pas obligé de me suivre, tu sais. – Je sais. – Mes parents vont divorcer. Ils se disputent tous les jours. Je ne savais pas pourquoi est-ce qu'elle me disait ça. Je m'assis à côté d'elle. – Ne sois pas désolé pour moi. Tu connais bien pire. Mon regard s'attrista. Elle n'avait pas tort. J'avais une mère qui n'était presque jamais là, et un père qui buvait à longueur de journée sur la terrasse, sans me préparer à manger, rien, comme si je n'existais pas. Quand ma mère était là, elle se disputait avec mon père, et ils se lançaient toutes sortes d'objets. Et c'était à moi de réparer les dégâts, puisque le lendemain, ma mère était repartie, et mon père retournait sur la terrasse. Xenia reposa ses mains sur ses genoux pour me dévisager. – Ça n'a pas changé, chez toi, depuis. Je haussai les épaules. – Tu as beaucoup changé, Austin, et qu'en bien. Le seul problème, c'est peut-être que tu gardes tout pour toi. Tu ne parles plus autant qu'avant. Tu restes silencieux. Je ne savais même pas pourquoi. Je ne savais plus quoi dire, à chaque fois. – Même si personne est comme tes anciens amis, il n'y a rien de mauvais dans une simple discussion. Ce que tu dois retenir, c'est que ce n'est pas parce que tu n'es pas comme les autres que tu ne peux pas leur parler. Nos différences font notre force, parce qu'on aura tous un point de vue différent, et un avis différent. C'est ce qui fait un équilibre entre tout. – En étant tous identiques, ce serait presque ennuyeux, parce qu'on se connaîtrait tous. – Bien dit ! Tu vois, tu peux même partir dans des débats philosophiques. Je souris. – Après, il faut savoir trouver les bons sujets. Parce que certaines choses seront carrément ennuyeuses pour certains, donc ils ne t'écouteraient pas. Mais, ça fait toujours plaisir de prendre des nouvelles des autres. Quelqu'un qui ne cherche jamais à te parler, c'est quelqu'un qui ne s'intéresse pas à toi et qui s'en fiche, enfin sauf quelques exceptions pour les personnes très timides, ou si tu fais peur à certains Elle éclata de rire, et je ris moi aussi. – Enfin bref, si tu as besoin de parler, je suis là, dit-elle en retrouvant son sérieux. Le reste de l'équipe venait de nous rejoindre. – Qu'est-ce qu'on a manqué ? demandai-je en arquant un sourcil. – Oh, rien que le discours habituel de Lucy. Enfin, presque habituel, parce qu'elle a fait moins de reproches. Un exploit, non ? répondit Su. Malgré son air malade, il ne manquait pas de faire ses remarques sur Lucy qui ne réagit pas. – Un grand exploit. Est-ce qu'on peut rentrer chez nous ou y a-t-il d'autres missions ? répondit Xenia. – Vous pouvez rentrer chez vous, lâcha Lucy. – Super ! se réjouit Su. J'attendais le bus avec Xenia. L'arrêt de bus était désert, mis à part nous deux. – Je n'ai pas envie de rentrer chez moi, lâchai-je. – Moi non plus, soupira Xenia. Je ne savais pas quoi ajouter. Un silence gênant s'installa entre nous. Je repensais à la discussion que nous avions eue il y avait deux ans, juste après le voyage dans le temps. Lorsque je lui avais clairement révélé les problèmes de ma famille, et que je lui avais expliqué que Lauryne n'était qu'une hypocrite. C'était aussi la fois où je l'aimais toujours, et que j'étais revenu sur le sujet...Ça avait été une erreur de ma part, d'en reparler. Je n'en avais plus reparlé depuis deux ans, même si mes sentiments restaient inchangés. Il était inutile que je lui en refasse part, car je connaissais déjà sa réponse. J'essayais au mieux d'enterrer tout ça, d'oublier, mais c'était impossible. Le bus venait d'arriver. Je me levai en premier, Xenia juste derrière moi, et montai dans le bus. J'étais presque surpris lorsque Xenia s'assit à côté de moi. Le plus perturbant restait la grand-mère assise à l'avant du bus, face à moi, qui nous fixait avec un sourire en coin. Je sursautai lorsque Xenia vomit par terre. Je me levai d'un bond. Le chauffeur sursauta aussi, car il donna un coup de volant vers la gauche trop brutal. Tout se passa vite. La grand-mère se retrouva propulsée au fond de son siège, et Xenia en avant, se prenant la barre devant elle en plein visage. Je réussis à me tenir à mon siège, mais la plupart des passagers s'étaient cognés sur le siège devant eux. Le souci, c'était que nous étions sur une grande route. Une voiture percuta l'avant du bus, propulsant à nouveau les passagers contre le siège devant eux. Ce fut fatal pour le chauffeur qui était écroulé sur son volant, une flaque de sang tout autour de lui. Le bus continua sa lancée, les voitures s'écartant sur son passage. La grand-mère était en pleine crise cardiaque. Le bus venait de quitter la route, se dirigeant vers une forêt à pleine vitesse. Jessayais de garder mon calme et réfléchissais à toute vitesse. Les passagers du bus étaient presque tous assommés, les seuls conscients étaient en panique générale. – Allez tous au fond du bus ! m'écriai-je. Tous m'obéirent, traînant les passagers inconscients au fond. Je les aidai et emmenai Xenia avec eux, ainsi que la grand-mère. Quelqu'un avait pris son téléphone et appelait les pompiers. Je sortis du bus par l'issue de secours sur le toit. Si j'arrivais à retenir le bus avec ma brume, je pourrais sauver tout le monde. Je commençai à libérer toute la brume en moi pour la diriger vers l'avant du bus. J'avais du mal à rester en équilibre sur le toit du bus, et faillis glisser à plusieurs reprises, mais je tenais bon. En quelques secondes, j'avais concentré suffisamment de brume pour couvrir tout l'avant du bus. La forêt n'était plus qu'à quelques secondes, et nous étions sur le point d'y entrer. Je me concentrai alors du mieux que je le pouvais pour que la brume absorbe toute la vitesse du bus, et le retienne. Ça sembla marcher, car le bus perdit en vitesse. Je réalisai que maintenant que je ne pourrai pas y arriver. Le chauffeur avait gardé son pied enfoncé sur la pédale de l'accélérateur. J'aurais dû juste enlever son pied et appuyer sur la pédale de frein. Quel idiot ! Le bus ne ralentissait pas suffisamment pour ne percuter aucun arbre. La forêt n'était plus qu'à dix mètres, puis huit, puis cinq, puis un. Un arbre immense se dressait droit devant. J'écarquillai les yeux tandis que nous foncions droit dedans.
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