Au début, j'avais pris Lucy comme une pauvre fille orpheline vivant à la sauvage. Maintenant, je la voyais toujours pareille, sauf qu'en plus de ça, elle avait un peu trop pris des habitudes d'animaux sauvages. Déjà, elle ne savait plus se servir d'une douche, ce qui laissa ma mère perplexe pendant toute la soirée, et même la matinée. Ensuite, elle ne savait pas se servir de couverts, ni manger proprement. Oui, ma mère se disait que j'avais des amis bizarres. Elle devait se demander d'où elle venait pour ne pas savoir comment se doucher et manger proprement. Immonde, sérieusement. Elle me foutait la honte.
Et en plus, elle faisait rire mon petit frère, qui l'imitait. Je ne fus guère surpris lorsqu'elle me demanda comment est-ce qu'on allumait une télévision. Elle n'avait jamais regardé la télévision de sa vie, même pas Tchoupi, ou Oui-Oui ! Au moins, elle connaissait de nom pour avoir déjà entendu des personnes en parler. Franchement, elle avait raté bien des choses, dans sa vie.
Au moins, elle savait se servir des toilettes, c'était déjà un début. Quand je lui posai la question pour savoir si elle ne se lavait jamais, elle m'a expliqué qu'elle allait dans des lacs pour se rincer, et elle faisait sa toilette comme des chats. Je ne demandais pas plus de détails. Elle me fusillait plusieurs fois du regard, surtout quand je plaisantais sur son mode de vie. Au moins, elle avait un second degré, car elle riposta plusieurs fois pour plaisanter elle aussi.
Elle m'avait aussi fait part du fait que nous allions donner rendez-vous à tout notre nouveau petit groupe de six à son ancienne maison abandonnée pour créer une académie je cite. Je ne savais pas quelle idée avait-elle en tête exactement, mais je l'aidai à trouver le numéro de téléphone de tout le monde. Du moins, nous avions juste envoyé à Nina, supposée être avec Ethan, et Austin, qui était chargé de transmettre le message à Xenia. J'avais fait découvrir à Lucy plusieurs fonctionnalités sur son téléphone qu'elle ne connaissait pas.
Je fus soulagé lorsque l'après-midi débuta, et que nous devions nous mettre en route pour son ancienne bâtisse. Elle n'était pas loin de chez moi, alors nous y allions à pieds.
– Tu es sûre que ta maison est toujours à l'abandon, au moins ?
– Oui, j'y vais chaque semaine.
Nous venions d'arriver devant le bâtiment. C'était une grande maison sur deux étages, encore plus grande que la mienne. Les murs étaient couverts de lierres et il y avait quelques graffitis. Je pouvais quand même constater la couleur blanche des murs et le toit marron. La porte d'entrée en bois était ouverte, laissant apercevoir un grand hall au sol carrelé poussiéreux.
– C'est très accueillant, dis donc.
– En faisant un peu de ménage, on peut rénover l'endroit. Il appartient toujours à ma mère, normalement.
– Et donc, c'est censé servir à quoi ?
– Pour apprendre. On pourra s'entraîner, découvrir les pouvoirs de tout le monde, et cetera. Un peu comme les bases des super-héros, tu vois ?
– Mais c'est génial ! Et quand nous serons suffisamment entraînés ?
– On pourra commencer à vivre de vraies situations, par exemple, éviter un accident de voitures, ou sauver des personnes en train de se faire voler, des choses comme ça. Pour nous préparer à éviter la fin du monde.
– Est-ce qu'on aura des tenues super stylées de super-héros ?
– Chacun choisira comment s'habiller.
Maintenant, j'étais déterminé et motivé. Je trouvais ça fantastique. À ce même moment, Ethan et Nina arrivèrent. Je remarquai qu'ils se tenaient par la main. C'était prévisible.
– Il s'est passé des choses, on dirait, me murmura Lucy avec un sourire en coin.
La même réaction que moi. Ethan et Nina venaient de nous rejoindre. Je constatai qu'Ethan était épuisé, ses yeux cernés. Je compris que premièrement, il avait mal dormi, et deuxièmement, il avait pleuré. Une mauvaise nouvelle de bon matin, certainement. Je ne posai pas de question et fis comme si de rien était.
– Salut, je vous présente notre futur lieu de formation en super-héros, comme ça, il a l'air très accueillant, mais il est bien plus que ça ! C'est...un endroit splendide, appartenant à une dame disparue depuis dix ans ! Surtout, faites comme chez vous. Faites attention car le sol risque d'être un peu poussiéreux, lançai-je.
Lucy sourit, contenant son rire.
– C'est génial, merci Su, répondit Ethan.
Xenia venait d'arriver, suivie par Austin.
– Salut ! dit-elle avec un large sourire.
Austin jugea le bâtiment face à nous.
– Et donc, on est censés faire quoi, ici ?
– C'est notre petite base d'entraînement. Comme je disais, il va falloir faire un peu de ménage, parce que personnellement je ne vais pas dans ce truc tant qu'il reste une seule poussière. Je pense que je vais retourner chercher des balais chez moi parce que Lucy n'a pas prévenu que nous allions dans un endroit dégueulasse.
L'intéressée me regarda en plissant des yeux avant de les lever au ciel.
– On devrait trouver un nom, pour cet endroit. Vous avez des idées ? demanda Xenia.
– C'est censé être une académie, un lieu d'apprentissage, précisa Lucy.
– On a qu'à l'appeler La Nouvelle Académie ? proposa Austin.
Je ne m'attendais pas à ce qu'il s'implique dans ce groupe, même, mais après tout, il fallait lui prouver que nous n'étions pas des intellos ringards.
– Très bien, ça me va, dis-je.
Ça convint à tout le monde, car personne ne protesta.
– Il nous faudrait une devise, un peu comme pour les pays, vous voyez. Un truc de trois ou quatre mots, ça ajoute un style, lançai-je.
– Bonne idée, acquiesça Nina.
– Pax. Viribus. Tempus.
Nous nous tournâmes tous vers Lucy, surpris.
– Et ça veut dire quoi, ça ? Je ne fais pas latin, désolé, dis-je.
– Paix, puissance, temps, me répondit-elle.
– Bon, allons pour ce qu'a dit Lucy, coupa Xenia.
– Génial, bienvenue à La Nouvelle Académie ! Bon, je vais chercher les balais.
Austin m'accompagna, une grande surprise pour moi.
– Est-ce que ça implique que nous devons rester tous ensemble, au collège ? me demanda-t-il.
Évidemment, il voulait rester avec sa b***e d'amis écervelés.
– Si tu veux rester avec tes amis, il n'y a pas de problème. Chacun reste avec qui il veut, répondis-je.
– Ce n'est pas pour ça. J'aimerais rester avec vous.
J'étais tellement surpris par cette annonce que j'en fis tomber mon Rubiks Cube. J'avais bien entendu, là ? Nous n'étions donc pas des intellos ringards tant que ça !