Mon année de terminale était certainement l'une des plus peu commodes de ma vie mais pas la plus pénible. Toute ma vie durant, aller au lycée était une horrible corvée à mes yeux, toute fois, le simple fait de me dire que c'était ma dernière année dans cette ville me donnait la force de me lever tous les matins.
C'est avec mes yeux à moitié fermés et les cheveux tout ébouriffés que j'arrêtais mon réveil chaque matin. J'avais pris l'habitude de m'étouffer avec mon oreiller, c'était une façon pour moi d'exprimer mon mécontentement face à cette nouvelle journée qui m'était offerte. Je n'étais pas comme tous les autres adolescents car ma mère n'était jamais là le matin pour me faire le petit déjeuner où même pour s'assurer du fait que j'étais bien préparée pour l'école. J'étais donc responsable de ma petite personne. Ma mère quant à elle vivait sa phase nocturne car il fallait bien qu'elle récupère toutes les heures de sommeil perdues durant la nuit. Quant à mon argent de poche, elle me le donnait par jour. C'était certe peu commode mais elle préférait le faire de cette manière et j'y étais accoutumée. Et donc, quand elle rentrait au petit matin, elle n'oubliait jamais de laisser de l'argent sur la table du salon et moi, je n'avais qu'à me servir avant d'aller à l'école. Chaque matin, je sortais de la maison presque habillée pareil que le jour précédent. Mes vêtements se ressemblaient tous. J'avais toujours un pantalon jeans, un t-shirt et des baskets, c'était un peu ma marque de fabrique. J'avais bien-sûr les moyens de me payer d'avantage de vêtements mais je préférais ceux là car ils étaient confortables. Il m'arrivait des fois de mettre un pull over mais c'était juste en cas de fraîcheur extrême. Ce look m'allait à merveille car je n'étais pas une jeune fille bien grande. Avec mes cheveux bruns, je me faisais toujours une queue de cheval, mais je savais bien que selon les tendances du moment, cette coiffure ne m'aventageait pas du tout mais bon, je m'en fichais pas mal. Personnellement, je trouvais que ma queue de cheval mettait en avant mes yeux noisettes, mes lèvres pas très fines et les arbustes qui me servaient de sourcils. Ma mère aurait aimé que je sois un peu plus féminine mais je ne souhaitais pas qu'elle me transforme en une mini elle, c'était là ma plus grande crainte. Cependant, j'ignorais que je finirais par découvrir la jeune femme coquette que j'étais au fond de moi. Les nuits où Haley ne dormait pas à la maison, j'allais toujours la chercher et nous faisions la route toutes les deux jusqu'au lycée. Il n'arrivait jamais qu'elle vienne me chercher à la maison pour l'école car mademoiselle était toujours à la bourre et je savais pertinemment que si je n'étais pas là pour elle, jamais elle ne serait un jour arrivée à l'heure au lycée. Haley était beaucoup plus féminine que moi à cette époque. C'était une jolie fille brune et elle avait tout pour plaire. Elle était grande et avait une peau chaude, de beaux yeux verts et des lèvres pulpeuses. Elle se faisait toujours toute belle pour aller en cours et avait de super fringues bien qu'elles étaient bon marché. Elle n'avait peut-être pas assez d'argent pour s'acheter des vêtements de qualité mais ses choix étaient tout simplement beaux. En plus du fait qu'elle ait toujours été naturellement élégante, elle sublimait toujours ses tenues au point où elles semblaient toujours avoir plus de valeur que ce qu'elles valaient réellement. Nous étions certe différentes mais très liées. Nous étions le garçon manqué et la coquette. Et même si les autres ne voulaient pas nous côtoyer, on se suffisait amplement toutes les deux. Le lycée n'était pas bien loin de chez nous et donc, nous faisions la route à pieds. Marcher toutes les deux chaque matin pour se rendre à l'école était une des choses qui nous rendait d'avantage proches l'une de l'autre. C'était pendant ces moments qu'on bavardait et se racontait tous nos secrets et nos craintes aussi. Mon année de terminale était aussi très particulière car je faisais plus d'efforts pour passer autant de temps que possible avec ma meilleure amie car je partais pour Londre l'année qui suivait. Haley avait quant à elle prévu de se trouver un travail afin de gagner de l'argent pour continuer ses études l'année suivante, avec moi à Londre. Je ne voulais pas la laisser toute seule mais j'avais le devoir de faire passer mon avenir avant quiconque. Je m'inquiétais pour elle et j'avais peur qu'un jour, sous la pression, elle ne finisse par rompre la promesse que nous nous étions faites un peu plus jeunes. Elle m'avait promis que non et je lui faisais pleinement confiance. Toute fois, j'évitais de parler de ma futur vie loin de wythenshawe en sa présence. La dernière chose que je voulais était de la blesser. Donc, j'évitais d'exposer ma joie en sa présence. Bien qu'elle ne me le disait jamais, je savais bien que cette situation lui faisait de la peine. Le pire dans tout ceci était que certains de nos camarades de classe avaient le culot de se moquer d'elle parce qu'elle ne ferait pas des études supérieures. Je me souviens bien de la tête de cette peste de Jessica Dawson quand elle faisait exprès de parler de la prestigieuse université qu'elle intègrerait, tout ceci dans le but de blesser Haley. Je faisais mon possible pour qu'Haley n'en souffre pas mais comment la protéger si autant de monde s'acharnait contre elle. Ça ne suffisait pas aux autres de nous écarter mais aussi, ils se moquaient tous de nous ouvertement. Voilà pourquoi je ne mentirais pas en disant que mes camarades n'avaient rien avoir avec ma décision de m'en aller car ils y étaient pour beaucoup. J'avais l'impression que je devais prouver au monde entier que j'étais différentes de ma mère et que je n'emprunterais pas les mêmes voies qu'elle. C'était lourd pour moi de toujours avoir l'impression de devoir rendre des comptes à tout le monde mais je m'y sentais obligée. Je ne sais pas si ma mère se soit rendue compte un jour de combien elle avait pourri mon existence mais je sais juste que je ne souhaitais pas qu'elle le sache. Malgré tout, je l'aimais plus que tout et c'était la seule famille que j'avais. Plusieurs fois, j'ai essayé de l'inciter à me parler de mon père mais jamais elle ne l'a fait. J'étais sur le point d'entrer dans une nouvelle phase de ma vie et je ne savais même pas qui j'étais ou du moins, de qui je venais. Cependant, il ne m'arrivait pas de penser à cela tout le temps, juste quand je ressentais un manque.