V – VOX IN DESERTO Michelle Fléchard, en quittant les trois enfants auxquels elle avait donné son pain, s’était mise à marcher au hasard à travers le bois. Puisqu’on ne voulait pas lui montrer son chemin, il fallait bien qu’elle le trouvât toute seule. Par instants elle s’asseyait, et elle se relevait, et elle s’asseyait encore. Elle avait cette fatigue lugubre qu’on a d’abord dans les muscles, puis qui passe dans les os ; fatigue d’esclave. Elle était esclave en effet. Esclave de ses enfants perdus. Il fallait les retrouver ; chaque minute écoulée pouvait être leur perte ; qui a un tel devoir n’a plus de droit ; reprendre haleine lui était interdit. Mais elle était bien lasse. À ce degré d’épuisement, un pas de plus est une question. Le pourra-t-on faire ? Elle marchait depuis le matin


