COUVIN, automne 1942 Emilie se releva en douce, recouvrit ses épaules avec son châle et colla son oreille au mur qui la séparait de la chambre de ses parents. Elle entendait clairement les ronflements de son père et poussa un soupir de soulagement. Il était 23 h 10. Elle ouvrit la porte, qu’elle avait pris soin de huiler dans la journée, et, sur la pointe des pieds, gravit les marches qui menaient au grenier. Elle avait donné rendez-vous à Guillaume ce soir-là et était impatiente de le retrouver. La plus grande prudence s’imposait toutefois et il ne fallait pas que son entrain la trahisse. Elle attendit que Guillaume la rejoigne. C’était leur deuxième rencontre sous les combles. Trois jours auparavant, ils avaient parlé poésie jusque tard dans la nuit. — Ce n’est pas parce que ma mère m’


