BRUXELLES, été 1958 Jeanne se réveilla d’excellente humeur ce matin-là. La journée s’annonçait lumineuse. Le soleil s’était invité dans sa chambre depuis longtemps, mais elle avait voulu profiter encore d’une grasse matinée amplement méritée. C’était le début des vacances d’été. Le mot « vacances » suffisait à effacer d’un coup d’éponge les longs mois passés sur les bancs du Sacré-Cœur de Jette à réciter des fables de La Fontaine, à tenter de résoudre des problèmes insolubles de robinets, à étudier les prières de saint François. Elle n’aimait pas particulièrement l’école, mais sa mère avait insisté pour qu’elle fasse des études. « Avec un diplôme en poche, tu pourras plus facilement trouver un mari honnête, de bonne famille et tu ne seras pas obligée de travailler dur toute ta vie », lui


