2 : Le Timing

2417 Mots
Luci J'ai toujours eu un timing horrible. Pas seulement avec mes problèmes de concentration et de désorganisation, mais comme si l'univers arrangeait les événements de ma vie. Je me suis réveillée en retard ce matin parce que j'avais mal réglé mon réveil. Le café où nous nous arrêtons de temps en temps pour le petit déjeuner était bondé, ce qui m'a fait perdre dix minutes. Je suis accro à la routine. En partie parce que cela m'aide à rester sur la bonne voie et aussi parce que l'ennui est réconfortant. En grandissant dans des foyers d'accueil, il fallait s'inquiéter d'être déplacé soudainement. Jusqu'à ce que je déménage chez Janet à l'âge de huit ans, j'ai déménagé au moins trois ou quatre fois par an. Donc, faire la même vieille chose chaque jour me convient parfaitement. Je laisse les paroles de la chanson tourner dans ma tête alors que j'essaie désespérément de me souvenir du nom de la chanson. Je devrais juste le chercher, mais je ne peux attraper qu'un mot sur dix chaque fois que je l'entends. Il me faut une minute pour réaliser que la fille derrière le comptoir m'appelle. "Oh, désolée. Je voudrais un Chai latte et un muffin aux myrtilles." "Désolée, nous venons de vendre le dernier muffin aux myrtilles au gars devant vous. Que diriez-vous de quelque chose d'autre ?" Encore une preuve que mon timing est nul. Super ! Je me précipite pour regarder dans la vitrine. J'avais vraiment envie d'un muffin aux myrtilles. Un avec des baies juteuses et dodues et une garniture streusel supplémentaire... CONCENTRE-TOI LUCI ! je crie à moi-même. "Euh, que diriez-vous d'un danish au fromage alors." "Et nous n'avons plus de Chai pour faire les lattes." Double super. "Juste un latte à la vanille ordinaire alors." dis-je avec déception. Je retourne à ma voiture en grignotant le danish que je ne voulais pas vraiment et en sirotant mon café. C'est plus acceptable que le danish. Cette stupide mélodie de chanson recommence à danser dans ma tête. Après mon premier cours, j'appelle ma patronne pour voir si quelqu'un s'est renseigné sur moi pour un emploi. Mme Simpson soupire et me dit que c'est très calme ces derniers temps, mais elle espère que quelque chose se présentera bientôt. Je raccroche avec elle. Je peux tenir encore quelques semaines avant d'avoir vraiment besoin de travailler. J'ai suffisamment économisé pour survivre facilement pendant deux mois supplémentaires. Mais je n'aime pas laisser cela au hasard ou me rapprocher trop de la faillite. Contrairement à beaucoup de mes pairs ici, je n'ai personne sur qui compter si cela arrive. J'entre dans ma troisième classe de la journée et m'arrête juste à l'intérieur de la porte. D'habitude, j'arrive assez tôt à ce cours pour m'asseoir au fond. Mais d'une manière ou d'une autre, les deux joueurs de football et l'équipe de hockey sont arrivés très tôt aujourd'hui. Je prends une rapide respiration et me concentre sur le fait de me diriger vers les marches sur le côté. Avec un peu de chance, je passerai juste à côté d'eux. Mais alors que je passe la deuxième rangée, je sens une traction sur mon sac à dos et je parviens à peine à rester debout. "C'est la malédiction. Vous saviez que cette fille était ici ? Peut-être devrions-nous dire au professeur que nous ne voulons pas assister à ce cours avec une telle malchance." Je lance un regard noir à Deacon White, le receveur large de l'équipe de football. Il adore me taquiner verbalement. Julian, le quarterback est ici aussi. Il me fixe avec haine. Il pense avoir des raisons. Je reste immobile et fixe un point sur le mur devant moi. Le cours va bientôt commencer et ils me libéreront. J'avais l'habitude de répliquer avec des répliques cinglantes, mais cela n'avait aucun effet et semblait mettre une cible plus grande dans mon dos. Mon silence leur a honnêtement permis de m'ignorer la plupart du temps, sauf s'ils s'ennuyaient. "Hé Reed, tu as déjà vu la maudite ici ?" dit en se moquant Deacon. Dans ma périphérie, je repère les quatre rois. "Je ne cherche pas les souris en général." L'un des autres membres de l'équipe de hockey, Maxton Porter, s'exclame de manière moqueuse. "Elle pourrait être amusante à chasser. Ça te plairait, n'est-ce pas, petite souris ? Si on te chassait. Pas que tu apprécierais vraiment d'être attrapée. On pourrait enfin exorciser la malédiction." Il y a quelques semaines, je lui ai marché sur le pied et je lui ai fait renverser son verre sur lui. Il flirtait avec deux filles qui se sont moquées de lui et sont parties. Depuis, il est particulièrement haineux. Je vois même Deacon lever un sourcil à cela. Ça sonne sombre et dégoûtant. Un peu comme un piège à égouts ambulant, ce mec. Avant que je puisse l'arrêter, mon esprit s'emballe en voyant un grand gars couvert de glu verte qui sent les œufs pourris me poursuivre comme dans les vieux dessins animés de Scooby Doo que Barrett regarde certains après-midis. "Hé, ne m'ignore pas, sale petite p**e ! Tu devrais être contente que je t'ai même remarquée." Une prise comme un étau descend sur mon poignet et mon cou. Je crie de douleur et tombe, mais la prise ne se relâche pas. Deacon est sur ses pieds. "Je ne voulais pas que tu la touches, mec !" Maxton me fixe, les yeux enflammés. Soudain, une autre main se ferme sur celle qui tient mon poignet. Elle engloutit la sienne et s'enroule même un peu autour de ma main. "Relâche-la maintenant ! Tu es allé trop loin, Maxton." La voix en colère de Becker Reed pénètre ma peur. "L'entraîneur va te faire payer si elle porte plainte." "Prépare-toi, petite souris. Ton heure arrive. Porte plainte, et je m'assurerai que tu n'en profiteras vraiment pas." Il grogne en s'éloignant. Becker tend sa main pour m'aider à me relever, mais je recule avant d'utiliser le mur pour me lever. Je vais avoir des bleus sur mon poignet et mon cou aussi. "Ton poignet te semble-t-il cassé ?" demande-t-il doucement. "Est-ce que ça aurait de l'importance ?" Je monte les escaliers vers mon siège loin d'eux, refusant de pleurer. Je déteste cette école et ses départements sportifs. Les entraîneurs de football et de hockey sont frères. Rien ne se passerait si je me plaignais. Ils dirigent l'école et ensuite la famille Reed dirige la ville. Si je n'avais pas une bourse à 100 % ici, je partirais sur-le-champ. Julian se moque. "Je pense que je vais partir aujourd'hui. Je dirai à l'entraîneur Humphries qu'elle est dans cette classe quand j'irai à la salle de sport." Il lève les sourcils vers moi en souriant. Je m'affale dans mon siège et passe à travers le cours, à peine dans mes pensées parce que je suis tellement en colère. Mon poignet me fait aussi mal. J'ai besoin de le glacer. Je les laisse sortir d'abord, ne bougeant même pas pendant presque cinq minutes après leur départ. Je vois Becker me regarder pendant quelques secondes. Il est probablement inquiet que je vais appeler la sécurité du campus et faire mettre son coéquipier sur le banc. Je marche dans ma prochaine classe et prends un siège. Avant qu'elle ne commence, je vois une des infirmières de la clinique du campus entrer. Elle regarde autour d'elle puis me désigne. "Luci Forrester ?" Je hoche la tête. Elle me tend une poche de glace qui peut être velcro autour de mon poignet. "On m'a dit de livrer ça par l'entraîneur de hockey." Je la prends en souhaitant pouvoir la lui jeter à la figure à la place. "Merci." Elle sourit et s'éloigne. Je sors de mon dernier cours et décide de m'arrêter pour prendre un café glacé en guise de récompense pour cette journée horrible. Je suis presque au café quand j'entends une voiture aller beaucoup trop vite sur cette route sinueuse à voie unique du campus. Je vois un jeune garçon blond s'avancer du trottoir pour traverser la rue. La voiture ne ralentit pas et je vois pourquoi. Le conducteur tient son téléphone à hauteur des yeux. Ce garçon va se faire écraser. "REGARDE !" je crie et mes pieds bougent tout seuls. J'arrive à lui pour le saisir et nous jeter tous les deux au sol. J'ai réussi à atterrir avec lui sur moi pour éviter de l'érafler. Ignorant la douleur de ma chute sur le béton, je me dépêche de l'envelopper de tout mon corps autant que possible. La voiture heurte deux autres qui passent droit à l'endroit où le petit garçon était figé. Il heurte un arbre pas loin de nous, et j'entends d'autres personnes crier. Une dame s'approche et m'aide à me relever. "J'ai vu toute la scène. C'est une bonne chose que vous ayez fait attention à ce moment-là." Plutôt un miracle que je ne poursuivais pas un heffalump ou quelque chose de similaire avec ma tête en l'air, je pense. Je n'exprime pas cela. Je m'accroupis et tends ma main vers lui. "Hé. Je m'appelle Luci. Peux-tu bouger tes bras et tes jambes, petit ?" Il hoche la tête avec des larmes dans les yeux. "Tu as mal quelque part ?" "Mon genou." Je jette un coup d'œil et vois la légère éraflure. "Nous allons régler ça dès que l'ambulance arrivera. Quel est ton nom ?" Une petite foule s'est formée, mais je les ignore et me concentre sur lui. "Co... Cole." Il balbutie. Ses dents claquent, et je réalise qu'il pourrait être en état de choc à cause de la peur. J'essaie de me concentrer et me souviens qu'il doit rester au chaud. Rapidement, je tire le hoodie sur ma tête et je le lui enfile. "Tiens petit, nous devons te garder au chaud. Parle-moi d'accord. Que faisais-tu ici tout seul ?" "Ma nounou m'a laissé. Elle est méchante et elle voulait du café. Je ne voulais pas y aller. Elle était très en colère et est entrée. Je devais attendre là-bas. Mais le vent a emporté mon papier. Je l'ai poursuivi." Ma colère monte à cette idée. "Cole, quel âge as-tu ?" La femme qui m'a aidée écoute. Je pense qu'elle l'enregistre avec son téléphone, mais je ne m'en soucie pas vraiment. "Quatre." C'est une p****n d'idiote, ma première pensée, avec l'envie de prendre une paire de pinces et un chalumeau pour son sale cul. Elle a laissé un enfant de quatre ans seul. "Tu connais son nom ?" Il hoche lentement la tête. "Madison." La femme à côté de moi ricane. "Elle va arriver et être très préoccupée dans une minute. Tu peux me croire." Avant qu'elle ne puisse le faire, les sirènes d'une ambulance se font entendre. "Cole, l'ambulance arrive. Nous allons voir pour appeler tes parents. Peux-tu..." "OH MON DIEU ! COLE ? COLE ?" Une grande rousse arrive en courant, hurlant de toutes ses forces. La femme à côté de moi murmure : "Eh bien, elle fait une belle entrée." Elle se racle la gorge. "Êtes-vous la célèbre Madison qui a abandonné son protégé ?" "Taisez-vous, madame ! COLE !" Elle court vers la voiture. Je regarde Cole qui essaie de cacher son visage dans mon hoodie. Je lui souris. "C'est bon, petit. Tu peux te cacher là-dedans. Je ne lui dirai pas où tu es jusqu'à ce qu'on te rapproche de l'ambulance." Deux d'entre eux se garent avec un camion de pompiers et quelques voitures de police. La dame avec moi est très utile. Elle me demande mon nom et mon numéro de téléphone. Je les lui donne en surveillant Cole tout le temps. Elle m'envoie un message. "Je suis Mary. Je t'ai envoyé mon nom et la vidéo." Mary commence à faire signe aux ambulanciers dans notre direction. "Quelqu'un a été blessé ici ?" "Cette jeune femme a sorti ce petit garçon du chemin de la voiture. Ils sont tombés lourdement sur le trottoir. Il pourrait avoir besoin d'un examen." J'apprécie qu'elle prenne les choses en main. "Mademoiselle, est-ce votre fils ?" "Non, c'est Cole. Nous venons de nous rencontrer." Je lui souris, et il sort la tête de l'hoodie. "Salut Cole, je suis Warner. Est-ce que tu t'es blessé ?" Il s'accroupit à côté de moi. "Mon genou brûle. Mon épaule me fait mal." Dit-il d'une petite voix. "J'ai essayé de le laisser tomber sur moi. Il a peut-être heurté son épaule." dis-je avec regret. "Vous avez fait plus que ce qu'il ne fallait en le sortant de la route, Mademoiselle..." "Luci, Luci Forrester." "Mademoiselle Forrester. Cole, pourrait-on te mettre sur la civière dans l'ambulance pour qu'ils puissent te b****r le genou ?" Il se détourne et me fixe. "Est-ce que Luci peut venir avec moi ?" Warner me regarde. "Bien sûr que je peux. Allez, petit. Je vais te porter dans mes bras." Je le soulève, et les cris horribles recommencent. "OH COLE ! MERCI MON DIEU, TU ES EN BONNE SANTÉ !" Un flou de cheveux roux se précipite vers nous et elle tire sur Cole en essayant de me le prendre. Il s'accroche à mon cou, en pleurant. "NON ! NON ! JE VEUX LUCI ! NON !" "COLE ! Ne sois pas ridicule. Viens à Madison." Elle tire sur lui à nouveau, presque en nous faisant tomber. Warner touche son bras à ce moment-là. "Mademoiselle, vous devez le laisser partir. Il ne veut pas venir avec vous. Qui êtes-vous ?" Deux policiers sont maintenant venus à notre côté. "Je suis sa nourrice. Il est ridicule." Elle se moque de lui. "Cole, je suis l'Officier Perkins. Est-elle votre nourrice ?" Sa voix est douce et calme. "Oui, mais elle m'a laissé !" Il sanglote dans mon cou, et je le berce doucement d'avant en arrière. "Pourrait-on le mettre dans l'ambulance pour qu'ils puissent lui b****r le genou et ensuite répondre aux questions ?" Je demande doucement. Ils sont tous d'accord sauf Madison. Mary montre la vidéo aux officiers pendant que nous b*****s Cole. L'Officier Perkins revient. "Ok, Cole. Tu n'as pas à aller avec Madison à l'hôpital. Nous allons lui faire appeler ta famille pour qu'ils puissent être là." Il lui lance un regard noir. "Et Luci peut venir avec moi ?" Demande-t-il d'une petite voix. "Elle peut si elle a le temps." Je hoche la tête à l'officier. "Super. Je te retrouverai là-bas. Heureusement que tu étais là quand cela s'est produit, Luci." Je suis d'accord en silence. Peut-être que mon timing semble meilleur après tout pour certaines personnes.
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