Depuis plusieurs jours, le temps est plus clément et le soleil illumine les journées. La nature se réveille doucement, les arbres fleurissent. Des milliers de fleurs apparaissent à chaque coin de rue et à chaque trottoir. Cette saison plaît à beaucoup de monde, mais pas à moi. Le retour du printemps marque le retour des déjeuners, des apéros et des dîners en terrasse! Sauf que moi, je n’aime pas ça. La saison des amours, les gens qui sont heureux. Tout ça m’insupporte.
À peine arrivé au poste, je remarque les bureaux encombrés de dossiers. Notre capitaine nous envoie avec Fisher sur une scène de crime. Quand nous arrivons, les experts scientifiques sont déjà sur place. Le soleil matinal se lève à peine, projetant une lumière dorée sur la scène du crime. La ruelle derrière le McFly est un véritable piège à cauchemars, sombre et humide, avec des flaques d'eau stagnante reflétant les gyrophares des voitures de police. L'odeur de la décomposition se mêle à celle de l'humidité, créant une atmosphère lourde. Les experts en combinaisons blanches s'affairent autour du corps, leurs voix murmurées se mêlant au bourdonnement des appareils photos et des outils de prélèvements.
Jackson : Salut Marie, qu'est-ce qu'on a ce matin ?
Marie : Jeune femme d’une trentaine d’années, deux blessures par balle au niveau du torse.
Fisher : Heure du décès ?
Marie : Aux alentours de 7h.
Jackson : Vu sa tenue, je dirais qu’elle sortait du McFly juste derrière. Le club ferme sur les coups de 5h donc l’agression s’est déroulée dans les deux heures qui ont suivies.
Fisher : Il parait que c’est le gérant qui a appelé. Il doit encore être au club. Allons-y.
Pendant que les experts terminent de récolter les preuves, nous nous dirigeons vers l'intérieur du club, désert et fantomatique. Les lumières tamisées et les néons colorés qui illuminent habituellement la piste de danse sont éteints, laissant place à une pénombre oppressante. Les tables et les chaises sont encore en désordre, témoins muets de la fête de la veille. Une légère odeur de boissons renversées et de sueur persiste dans l'air. Le personnel est en train de nettoyer. On nous montre le gérant derrière le comptoir, visiblement fatigué, appuyé sur un meuble en bois usé.
Fisher : Bonjour, inspecteurs Fisher et Porter. On aimerait vous parler du corps que vous avez signalé. C’est bien vous qui avez appelé ?
Patron du club : Effectivement. On venait de fermer le club. En déposant les poubelles, et on l’a vu étendue sur le sol.
Fisher : On a vu le tatouage du club sur sa main. Y’avait-il quelqu’un avec elle ?
Patron du club : Pour être honnête, sa tête ne me dit rien. Il y avait tellement de monde hier.
Jackson : Vous pouvez nous faire parvenir une copie de vos vidéos surveillance ?
Patron du club : Vous aurez ça dans cinq minutes, le temps que Tony fasse la copie.
De retour au bureau, on visionne les vidéos. La lumière des néons éclaire les murs aux couleurs délavées, l'air imprégné de café rassis et de papier vieux.
Fisher (Pointe du doigt) : Là, c’est elle. On dirait qu’elle était bien accompagnée. (Fais une avance rapide) Elles sont là encore. Tiens, un homme de dos.
Jackson : Attends, il fait quoi là ?
Fisher : Il braque une arme sur elles.
Jackson : Il tire sur la victime et là, on voit apparaître une fourgonnette. Deux autres hommes descendent et ils embarquent la seconde femme.
Fisher et Jackson (en même temps) : On dirait qu'ils étaient là pour la deuxième femme.
Au même instant, un sac contenant les affaires de la victime nous est apporté. Fisher part chercher deux cafés. En ouvrant le sac, je vois une veste, des chaussures, quelques bijoux et un sac à main avec les papiers de la victime : « Michelle Martin ». Un deuxième sac attire mon attention. Une femme avec deux sacs pour sortir s’amuser, j’aurais vraiment tout vu. En examinant de plus près, je découvre que ce sac appartient à la deuxième femme « Chloé Dubois ». Ses yeux. Son regard.
Je suis sorti de mes pensées par Fisher qui dépose mon café sur mon bureau. Je fais le point avec lui sur ce que j’ai trouvé dans le sac. Maintenant que nous avons leurs noms, nous lançons une recherche dans notre base de données. Aucune infraction connue, elles payent leurs impôts. Toutes les deux sont blanches comme neige. On n’a rien sur elles. On apprend juste qu’elles vivent ensemble depuis plusieurs années. Michelle est très présente sur les réseaux sociaux. Elle semble extravertie et bien entourée. Chloé par contre, semble plus solitaire.
Nous informons notre capitaine que l’enquête prend une nouvelle tournure. Il s’agit maintenant d’une enquête pour homicide volontaire et kidnapping. Il fait une conférence de presse pour annoncer que la jeune femme retrouvée est décédée suite à ses blessures et lance un appel à témoins. Comme prévu, nous recevons des centaines de coups de téléphone, tous aussi inutiles les uns que les autres. La journée est longue. Demain, nous visiterons leur appartement et rencontrerons la famille de Michelle.
Pour le moment, je me rends au petit bar du coin. L'atmosphère y est feutrée, la lumière tamisée créant une ambiance chaleureuse. Je m'installe au fond, un vieil homme m'attend déjà.
Capitaine : Jackson, tu sembles encore plus tendu que d'habitude. Comment ça va vraiment ?
Jackson : Pourquoi vous me demandez ça ?
Capitaine : Écoute, ce n’est pas le capitaine qui parle, mais le grand-père. Alors comment ça va ?
Jackson : Ça va.
Capitaine : Tu ne crois pas que c’est le moment de profiter de l’énergie du printemps pour lancer de nouveaux projets et semer les graines de ta future vie ?
Jackson (boit cul sec) : Ma vie me va très bien, merci.
Capitaine : Il est temps que tu t’ouvres à de nouvelles choses. Diane n’aurait pas voulu ça.
Jackson : Ne parles pas d’elle.
Capitaine : Tu ne peux pas continuer ainsi.
Jackson : Je te dis que ma vie me convient alors, ne t’en mêle pas.
Capitaine : Laisser Diane partir ne veut pas dire l’oublier. Mais tu dois commencer à aller de l’avant et ouvrir ton cœur à nouveau.
Sur ces dernières paroles, je rentre chez moi. L'appartement est sombre et silencieux. De lourds rideaux sombres bloquent la lumière extérieure, plongeant la pièce dans une obscurité presque totale. Les murs sont nus, à l'exception de quelques photos encadrées de Diane et moi, nos sourires contrastant cruellement avec l'ambiance morose. Le salon est encombré de dossiers, de livres et de bouteilles vides, reflet de mon état d'esprit désordonné. Une odeur de scotch flotte dans l'air, mêlée à celle du cuir du canapé usé où je m'effondre chaque soir.
Je dépose mes affaires dans l’entrée et pose mes clés sur la petite commode. Comme chaque matin en partant et chaque soir en rentrant, j’attrape la photo qui s’y trouve. Mon cœur souffre tellement. La vie m’a pris ce que j’avais de plus cher. Comment a-t-elle pu me prendre la femme de ma vie ? Nous nous sommes rencontrés au lycée. Dès le premier regard, j’ai su qu’on était fait l’un pour l’autre. Je lui ai couru après et, au bout d’un an, je l’ai eu. Tout le monde disait que c’était un ange. Partout où elle allait, elle amenait le bonheur. Elle était la personne la plus rayonnante que j’ai jamais connue. Il y a un an, tout s’est arrêté. Après un combat acharné de cinq ans, la maladie l’a emportée. Durant ces quinze années qu’elle m’a données, j’ai été l’homme le plus chanceux et le plus heureux qui soit. Maintenant qu’elle est partie, ma vie n’a plus de sens. Elle est sombre, froide et vide, comme mon cœur. Je ne retrouverai jamais la lumière. Je repose sa photo, attrape ma pile de dossiers et m’installe dans le canapé. Je prends la bouteille de scotch sur la table basse et bois directement. Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu une journée aussi difficile au travail. Devant la télé, je scrute mes dossiers attentivement, cherchant d’autres indices. Je finis par m’endormir, la photo de Chloé se faisant enfermer dans le camion toujours main.