VIII. L’ours géant est dans le défilé Depuis longtemps, Naoh avait quitté les Wah et traversé la forêt des Hommes-au-Poil-Bleu. Par l’échancrure des montagnes, il avait gagné les plateaux. L’automne y était plus frais, les nuages roulaient, interminables, le vent hurlait des journées entières, l’herbe et les feuilles fermentaient sur la terre misérable et le froid massacrait les insectes sans nombre, sous les écorces, parmi les tiges branlantes, les racines flétries, les fruits pourris, dans les fentes de la pierre et les fissures de l’argile. Lorsque la nue se déchirait, les étoiles semblaient glacer les ténèbres. La nuit, les loups hurlaient presque sans relâche, les chiens poussaient des clameurs insupportables ; on entendait le cri d’agonie d’un élaphe, d’un saïga ou d’un cheval, le m


