Le Havre 8 mai 1945, 10h Le défilé des aveuxPar politesse, Edgar abaissa la vitre côté passager avant d’allumer une clope sachant que la fumée pourrait incommoder son chef. Il croisa les bras, tenant toujours mollement son revolver de la main droite. Henri conduisait tranquillement. Il appuyait sans arrêt sur le klaxon à cause des piétons surexcités qui traversaient la chaussée sans regarder, ou forçaient le passage entre automobiles et vélos. Un couple athlétique monté sur un tandem rouillé les dépassa en trombe par la droite. Têtes baissées, ils pédalaient comme des sourds en chantant le célèbre It’s a long way to Tiperary. Tout le monde descendait voir le défilé. Henri attaqua la descente de la rue de Montivilliers, une forte pente plongeant des hauteurs du Havre en direction de la vil


