Avant-proposLe folklore traditionnel de Madagascar, extrêmement riche, a été découvert à la fin du XIXe siècle. Nous avons choisi de publier les récits étiologiques recueillis et édités par les administrateurs français (Charles Renel, Gabriel Ferrand, Camille Le Barbier, André Dandouau, Raymond Decary) et les missionnaires norvégiens Emil Birkeli ou Otto Christian Dahl.
Dix-huit peuples constituent la population de Madagascar. Les contes que nous avons sélectionnés ont été recueillis essentiellement auprès des Sakalava (« ceux de longues vallées »), qui occupent toute la côte ouest de l’île, Tsimihety (« ceux qui ne se coupent pas les cheveux »), leurs voisins du nord, Betsimisaraka (« ceux qui sont solidaires »), qui vivent sur la côte nord-est, Betsileo (« les nombreux invincibles »), les habitants du centre, et les Bara, qui peuplent le sud de l’île.
Les peuples de la Grande île ont une vision spécifique de l’univers : ils distinguent le monde supérieur où siège le Dieu-Zanahary et le monde d’ici-bas, habité à la fois par les humains et les génies de la nature, ancêtres des premiers hommes. Ces esprits sont à même de donner des enseignements aux devins (ombiasy) qui savent les ménager. Ils sont liés par de relations très particulières à certains animaux, comme les lémuriens, les dauphins et même les requins, qui, nous racontent les contes, ont autrefois rendu des services précieux aux ancêtres. Le souvenir de ces événements originels transmis de génération en génération frappe d’interdit la consommation de leur chair. Mais la réciproque est tout aussi vraie : les Malgaches sont convaincus que les actes d’amitié commis à l’encontre des animaux dans un passé mythique les rendent inoffensifs dans le présent.
Mais les frontières entre les animaux et les humains peuvent être encore plus perméables : ainsi, pour les Bara les caïmans ne sont que les personnes métamorphosées juste après leur décès. Il est évident qu’on leur doit les honneurs comme à n’importe quels autres ancêtres.
Les Malgaches tenaient traditionnellement en estime les contes. Il arrivait que les rois sakalava appellent leurs sujets à écouter les conteurs renommé pendant des journées entières. Ces séances se transformaient en spectacles, car les narrateurs changeait leurs voix pour indiquer les différents personnages, et parfois accompagnaient leurs récits de chants. Comme ces contes se rapprochent beaucoup de mythes, les conteurs utilisaient parfois des mots spécifiques qui ne faisaient pas parti du langage courant.
En sakalava le mot utilisé pour « conte » ou « légende » est tapasiry, composé de deux mots empruntés : tafsiri « explication, interprétation » et tapatoño « à demi-prononcé », une sorte de joute poétique. Et aujourd’hui encore, ces récits explicatifs, considérés comme le patrimoine le plus précieux, font partie de la transmission culturelle entre les générations.
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