19.
La tentationLorsque Dieu eut marié Adam avec Hawa, Il lui dit :
– Prends pour demeure le jardin du paradis, toi et ton épouse. Mangez de ses fruits autant qu’il vous plaira, mais n’approchez pas de cet arbre.
Adam et Hawa se conformèrent à l’ordre divin et vécurent paisiblement dans cet univers paradisiaque. Ils étaient tellement heureux que le diable en vint à les envier, lui qui était chassé définitivement de ce lieu. Il tenta plusieurs fois d’entrer mais les gardiens l’en empêchèrent.
Il resta quelque temps à errer devant la porte du paradis, jusqu’au jour où il vit sortir le paon. Ce dernier étalait ses ailes impressionnantes dont les plumes étaient serties de diamants. Il était la plus belle créature du paradis, doté de la voix la plus mélodieuse. Ses yeux étaient de perle, sa crête de gemme et sa queue d’émeraude. Il avait l’habitude de sortir pour faire un tour dans les sept cieux avant de regagner le jardin du paradis, toujours en chantant des louanges à l’égard du créateur.
Le diable s’en approcha et lui dit :
– Si tu m’aides à entrer dans le paradis, je t’apprendrai trois mots importants. Celui qui les prononcera ne connaîtra jamais la vieillesse, ni la maladie ni la mort.
– Qu’est-ce que tu racontes ? s’exclama le paon. Ceux qui sont dans le paradis ne meurent jamais.
– Si, affirma le diable. Sauf ceux qui connaissent les trois fameux mots.
Et il jura par Dieu que c’était la vérité. Comme personne ne mentait jamais en jurant ainsi, le paon le crut sur parole.
– J’ai peur que les gardiens s’en aperçoivent, s’excusa-t-il cependant. Mais ne t’inquiète pas. Je vais t’envoyer le serpent, qui est le maître des animaux du paradis. Il saura t’introduire là où tu veux.
Le paon prit congé et s’en alla informer le serpent. Celui-ci ressemblait à un chameau. Il avait quatre pattes, des yeux brillants et une touffe sur le front. Il était habitué à sortir et à entrer sans problème.
Il vint trouver le diable et lui dit :
– Est-il vrai que tu connais trois mots qui garantissent l’éternité ?
– Aussi vrai que je te vois, affirma le diable. Et je pourrai te les apprendre une fois que tu m’auras aidé à entrer dans le jardin du paradis.
Et il jura par Dieu qu’il disait la vérité. Le paon accepta. Il le cacha dans sa bouche et le fit passer sans que les gardiens ne s’aperçussent de rien.
Une fois à l’intérieur, le diable entendit Adam dire :
– Ah ! Si tout cela pouvait durer éternellement !
Il s’approcha d’Adam et Hawa et se mit à pleurer.
Les deux époux, qui ne l’avaient pas reconnu, lui demandèrent :
– Qu’est-ce qui te fait pleurer ?
– Votre triste sort, répondit le diable. Quand je pense que vous allez mourir un jour et quitter tous ces biens abondants dont vous disposez, cela m’afflige de tristesse.
Adam et Hawa se renfrognèrent sans mot dire. Eux aussi étaient tristes à l’idée d’abandonner un endroit si merveilleux.
Le diable les quitta puis revint les voir une deuxième fois.
– Adam, j’ai une idée qui te permettra ainsi qu’à ta femme de rester ici autant qu’il vous plaira, dit-il.
– Laquelle ? demanda Adam.
– Venez avec moi. Je vais vous indiquer l’arbre dont les fruits vous donneront l’éternité.
Il leur montra l’arbre que Dieu leur avait défendu de toucher.
Ils se refusèrent à le croire, puis se laissèrent convaincre, lorsqu’ils l’entendirent jurer par Dieu qu’il leur voulait du bien. Ils se dirent que personne ne pouvait jurer ainsi en proférant un mensonge.
Hawa se laissa tenter la première. Elle s’avança vers l’arbre et mangea de ses fruits, puis en donna à Adam qui les mangea.
La colère de Dieu ne se fit pas attendre. Ils se retrouvèrent, soudain, complètement nus et durent cacher leur nudité honteuse avec des feuilles d’arbre. Bientôt, ils furent chassés à leur tour du paradis.