Alitée sur un matelas étroit au cœur d’une pièce délabrée, Skylar Sullivan observait avec une haine glaciale les deux silhouettes assises face à elle. Ses membres avaient été fauchés par un accident de la route, la laissant prisonnière d’un corps qu’elle ne maîtrisait plus.
Les deux jeunes gens sur le canapé semblaient absorbés l’un par l’autre, leur indifférence à son égard frôlant l’inhumanité.
« Je ne l’ai jamais aimée. » déclara Christopher Fowler, le visage dur. « C’est elle qui s’accroche encore à moi. Maisy, toi… toi, tu es celle que j’ai toujours désirée depuis l’université. »
Un rire léger s’échappa de Maisy Williams. « Et si elle se sentait blessée ? Devrait-on… demander de l’aide ? »
« Comme si elle pouvait ressentir quoi que ce soit dans son état », répliqua Christopher, son ton dénué de remords.
Skylar étouffait ses cris, incapable de rompre le silence qui s’était imposé sur ses lèvres. La faim, la négligence, l’isolement : rien ni personne ne s’était soucié d’elle depuis sa paralysie. Sa peau était abîmée par des escarres et la putréfaction commençait à y laisser sa marque.
Christopher, compagnon de sept ans, et Maisy, protégée par les Williams depuis son enfance, semblaient former un monde parallèle dont elle était exclue.
Son regard glissa sur son bras, couvert de traces de piqûres. Elle se souvenait des transfusions répétées, de son sang versé pour la survie de Maisy. Et voilà comment ils la remerciaient.
« Skylar, tu n’aurais jamais dû survivre. » souffla Christopher. « Ta présence me rappelle mon passé… Et quoi si tu es réellement leur fille ? Ils ne t’ont jamais considérée comme telle. Toi, tu n’as été qu’un réservoir de sang. »
Maisy se rapprocha, le visage dominé par une satisfaction cruelle. « Même ton petit ami m’appartient désormais », murmura-t-elle, un sourire triomphant aux lèvres.
Skylar sentit sa vie se consumer à petit feu. Son corps souffrait, son sang s’échappait, et la rage se mêlait au désespoir alors qu’elle s’approchait des limites de l’agonie.
« Skye… tiens encore un peu. Il ne nous reste que quelques grammes », soufflèrent ses bourreaux, leurs voix dénuées de compassion.
Un couple plus âgé, Jeffrey Williams et Sadie Coleman, s’acharnait également sur elle, leur colère et leur mépris évidents. Skylar baissa la tête, écrasée par leur regard, tandis que Maisy, blottie dans leurs bras, paraissait protégée.
« Papa, maman, arrêtez ! C’est ma faute », sanglota Maisy, impuissante face à la haine qu’elle avait déclenchée.
Jeffrey et Sadie grondèrent encore, exigeant que Skylar se soumette. Mais soudain, un déclic se fit dans l’esprit de Skylar : elle comprit enfin qu’elle venait de renaître.
Elle avait passé des années à essayer d’obtenir leur approbation, sacrifiant son corps pour sauver Maisy, couvrant leurs attentes sans jamais recevoir de gratitude. Chaque transfusion l’avait affaiblie, chaque effort pour les satisfaire semblait insuffisant.
Pourtant, la duplicité de Maisy avait façonné l’image qu’ils avaient d’elle : faible, obéissante, remplaçable. Skylar avait payé le prix fort : sa santé, sa dignité, et finalement sa vie.
« Tu simules encore ! » vociféra Sadie. « Tu n’as jamais été une enfant respectable. »
« Skylar, il faut que tu t’excuses ! » ordonna Jeffrey, implacable.
Mais cette fois, un feu nouveau brûlait en elle. Elle refusa, la voix ferme, le regard acéré : « Ce ne sont pas vos excuses qui m’intéressent. Je réglerai nos comptes plus tard. »
À peine ces mots prononcés, elle quitta l’hôpital, chaque pas lui redonnant une force qu’elle n’avait plus connue depuis des années. Une douleur vive la traversa, signe que son corps reprenait vie. Ses yeux s’emplirent d’une lumière rougeâtre, un mélange de rage et de joie : marcher de nouveau, sentir ses muscles se réveiller… et préparer sa vengeance.
Pour l’heure, son cœur savait qu’une seule priorité existait : récupérer ce qui lui avait été arraché et confronter ceux qui avaient fait d’elle un instrument de souffrance.