Chapitre 10 – Le Regard des Autres

864 Mots
La lumière tamisée du hall de l’hôtel Five Seasons baignait la pièce d’une aura presque irréelle. Des lustres en cristal pendaient du plafond, jetant des éclats sur les visages soigneusement maquillés et les costumes parfaitement taillés. Le genre d’endroit où chaque détail, du verre à pied en cristal jusqu’à la douceur du tapis persan, respirait le luxe, le pouvoir et… le jugement silencieux. Alya se tenait droite, mais son cœur battait la chamade dans sa poitrine. Le poids du regard de la foule, des caméras, des murmures, s’abattait sur elle avec une violence sourde qu’elle ne pouvait fuir. C’était la première apparition publique officielle depuis leur mariage. À ses côtés, Adrien Moreau avançait avec l’assurance d’un roi en terrain conquis. Son costume noir impeccable, ses traits durs et sa mâchoire serrée, tout en lui proclamait qu’il était maître de ce monde. Il était l’homme que tout le monde craignait, admirait… et haïssait aussi. Alya, elle, n’était encore qu’une inconnue pour la haute société – « la nouvelle Madame Moreau » qu’on observait avec curiosité, parfois suspicion. Elle sentit des regards s’attarder sur elle, peser, analyser, jauger. Certains avec surprise – comment cette jeune femme au visage doux et à l’allure modeste pouvait-elle être liée à un titan des affaires ? D’autres avec condescendance – une fille issue d’une famille ruinée, soudain propulsée dans l’univers glacé des milliardaires. — Regarde cette fille, murmura une voix derrière elle. — On dirait qu’elle ne sait pas à quoi s’attendre… Alya pinça les lèvres, serrant le petit sac à main qu’elle avait choisi avec soin, un modèle discret, rien à voir avec les bijoux clinquants qu’affichait Victoria Bernier, l’ex d’Adrien, souvent présente dans ce genre de soirées. Elle avait beau répéter mentalement qu’elle n’était qu’un pion dans ce jeu cruel, une marionnette dont les fils étaient tirés par un homme qu’elle méprisait, chaque regard semblait être une aiguille plantée dans sa peau. Une main froide effleura son dos. — « Ne les laisse pas t’atteindre. Ils ne savent rien de toi. » La voix d’Adrien était un murmure dur, à peine audible. Alya releva les yeux, croisant son regard d’acier. Il était là, comme un bouclier invisible. Mais aussi comme un juge sévère. Elle hocha la tête, bien décidée à ne pas leur donner le plaisir de voir sa faiblesse. Le couple monta sur l’estrade où devait se dérouler le discours officiel. Alya sentait les yeux rivés sur elle, mais plus encore, elle percevait l’intensité silencieuse d’Adrien, comme un avertissement : « Reste sur tes gardes. » Les premières paroles du PDG captivaient l’attention : un discours sur la croissance, la vision, les investissements. Mais au fond d’elle, Alya n’entendait plus rien. Elle sentait simplement le poids du monde qui s’était abattu sur elle, la blessure toujours vive de la ruine de sa famille, et cette colère qu’elle refoulait. Quand la soirée prit fin, ils descendirent ensemble parmi les invités, noyés dans les flashs des photographes. Une journaliste s’approcha d’eux, micro en main. — « Madame Moreau, certains disent que ce mariage est un arrangement froid, un contrat sans amour. Que répondez-vous à cela ? » Le silence pesa lourd. Adrien posa sur Alya un regard glacial, puis répondit avec un détachement parfait : — « Je n’accorde pas d’importance aux rumeurs. Ce mariage est une affaire privée. » Mais Alya, prise d’une impulsion qu’elle ne se connaissait pas, ajouta d’une voix claire, presque défiant les caméras : — « Les histoires des autres ne déterminent pas ce que nous sommes. Et personne ici ne connaît ce que nous vivons réellement. » Un murmure parcourut la salle. Adrien tourna la tête vers elle, surpris, presque intrigué. Sur le chemin du retour, Alya sentait l’adrénaline qui coulait dans ses veines, la tête encore pleine des regards, des jugements, des questions silencieuses. Elle réalisa que ce monde de paillettes et de faux-semblants ne lui faisait pas peur – ce qui l’effrayait vraiment, c’était ce qui se passait entre elle et Adrien, ce mélange explosif d’hostilité et de tension sous-jacente. Arrivés dans le silence froid de la grande maison Moreau, Alya s’éloigna, évitant son regard. Mais la soirée réservait une dernière surprise. Dans la bibliothèque, Adrien lui tendit un petit paquet soigneusement enveloppé. — « Un cadeau. » Elle hésita, puis ouvrit délicatement. À l’intérieur, un collier fin en or blanc, orné d’un petit pendentif en forme de clé. Alya fronça les sourcils. — « Pourquoi… une clé ? » Adrien haussa les épaules, son regard impénétrable. — « Peut-être parce que tu as la clé de quelque chose. Peut-être même de moi. » Le rouge monta aux joues d’Alya. Ce simple geste, inattendu, fit vaciller la carapace qu’elle s’efforçait de garder. Mais avant qu’elle ne puisse répondre, la froideur revint dans la voix d’Adrien : — « Ne te méprends pas. Ce n’est pas un cadeau d’amour. C’est une mise en garde. » Les mots résonnèrent dans la pièce, lourds de menace et de promesses cachées. Alya serra le collier dans sa main, sentant au fond d’elle que ce mariage allait la changer à jamais – mais pas de la manière qu’elle aurait imaginée. ** Fin du chapitre 10 ____________________
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