Chapitre 12 : L’Erreur d’Alya

1286 Mots
La lumière blafarde de l’après-midi filtrant à travers les stores marquait les contours précis et nets du bureau d’Adrien. Le silence y régnait en maître, pesant, presque palpable. Alya, les mains posées sur le bureau en bois massif, chercha dans son regard un signe, une faille, une faiblesse — une preuve que tout cela n’était pas qu’un enfer glacial. Mais tout ce qu’elle voyait, c’était la froideur d’un homme qui refusait de l’accueillir dans sa vie. Ce jour-là, pourtant, elle avait décidé d’être différente. Pas parce qu’elle se sentait prête à l’aimer, non, mais parce qu’elle voulait comprendre. Parce que l’acharnement qu’il mettait à la détester ne pouvait pas être infini. Et surtout, elle voulait savoir ce qui avait brisé cet homme. Le monde d’Adrien, son empire, sa colère, et surtout, sa douleur. Alya prit une profonde inspiration et osa la question. — Pourquoi tu détestes autant mon père ? Pourquoi tu nous as détruits ? demanda-t-elle d’une voix à la fois tremblante et déterminée. Adrien se figea. Ses yeux, d’habitude aussi impénétrables que le marbre, flamboyèrent d’une lueur sombre. La colère monta en lui comme une tempête inattendue. Il se leva brusquement, faisant reculer Alya d’un pas, le bureau entre eux comme un rempart fragile. — Tu ne comprends rien, murmura-t-il d’une voix glaciale, presque étranglée. Tu n’as jamais compris. Ton père… ce n’était pas un homme innocent, Alya. C’était un traître. Un menteur. Il m’a trahi. Il a ruiné ma vie. Un tremblement secoua Alya. Elle ne s’attendait pas à une telle explosion. Il la regardait avec des yeux durs, emplis de douleur et de rage. Elle avait imaginé mille scénarios, mais jamais celui-ci. — Trahi ? répliqua-t-elle. Comment peux-tu dire ça ? Il est mort à cause de toi ! — Non. Il est mort à cause de lui-même, répondit-il sèchement. Un silence lourd s’installa entre eux. Alya sentit les larmes lui monter aux yeux, non pas de faiblesse, mais de frustration, d’injustice. — Alors pourquoi ce mariage ? Pourquoi cette mascarade ? Si tu me hais tant, pourquoi veux-tu que je sois là ? Adrien détourna le regard, son visage se durcissant de nouveau. — Parce que tu es le dernier lien avec lui. Le dernier maillon de cette trahison. Et peut-être, parce que… quelque part, je veux comprendre. Un frisson parcourut Alya. Il y avait dans sa voix une brisure qu’elle n’avait jamais entendue. Une vulnérabilité qu’il ne montrait jamais. Elle s’assit doucement, le cœur battant fort, et osa un pas de plus. — Peut-être que nous sommes tous deux prisonniers d’un passé qui ne nous appartient plus. Peut-être que tu te trompes sur lui, comme moi je me trompe sur toi. Adrien resta un instant sans répondre. Puis, brusquement, il se détourna. — Tu me fatigues, Alya. Ce mariage n’est qu’un contrat. Ne l’oublie jamais. Avant qu’elle n’ait pu répliquer, il sortit de la pièce, la laissant seule avec ses pensées confuses. ** Cette conversation brutale marqua un tournant pour Alya. Elle comprenait que le mur entre eux était encore plus épais qu’elle ne l’avait imaginé. Pourtant, au fond d’elle, un doute grandissait, un désir secret de percer ce masque d’indifférence. ** Plus tard, dans la cuisine de la grande maison, Alya se battait avec une poêle, essayant maladroitement de préparer un dîner simple. La tension du jour l’avait épuisée, mais elle voulait à tout prix faire un effort. Elle voulait briser la glace de ce mariage forcé, même si ce n’était qu’un tout petit geste. Un bruit de pas résonna derrière elle. Adrien entra, les mains dans les poches, le regard dur, mais quelque chose d’étrange dans sa démarche la fit hésiter. — Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il d’un ton sec. — Je prépare à manger, répondit-elle en essayant de cacher sa nervosité. Il s’approcha, scrutant la poêle, puis son visage. Un éclair d’émotion passa dans ses yeux, à peine perceptible. — Laisse-moi faire. Sans attendre, il prit la poêle des mains d’Alya. Ses gestes étaient précis, maîtrisés, presque doux. Pour la première fois depuis des semaines, elle sentit un contact, une proximité qu’elle n’avait jamais osé imaginer. Puis, soudain, elle glissa sur une flaque d’huile laissée au sol, et tomba lourdement, heurtant sa tête contre le comptoir. Un cri de douleur s’échappa d’elle, et avant même qu’elle ait pu se relever, Adrien était à ses côtés, paniqué. — Alya ! Tu vas bien ? Tu as mal ? Elle sentit ses mains fermes mais hésitantes sur ses épaules, son regard inquiet. Pour la première fois, elle ne vit plus en lui l’ennemi, mais l’homme. L’homme blessé, perdu, qui se battait autant qu’elle. Elle secoua la tête, tentant de reprendre contenance. — Ça va… juste un peu sonnée. Mais il ne la lâcha pas. — Tu m’as fait peur, souffla-t-il. Cette proximité inattendue brisa quelque chose en elle. Un instant fragile de vérité. Mais aussitôt, Adrien se redressa, reprenant son masque de glace. — Ne te fais plus mal, Alya. Je ne veux pas que tu sois une autre victime. Elle le regarda partir, la poitrine serrée, plus confuse que jamais. ** Ce soir-là, dans la chambre, Alya s’assit au bord du lit, les pensées tourbillonnant dans sa tête. Leurs échanges étaient toujours chargés d’électricité, de colère, de douleur, mais aussi de cette étrange attirance qu’elle refusait d’admettre. Elle repensa à la lettre qu’elle avait trouvée quelques jours plus tôt, cette lettre jamais envoyée de son père à Adrien. Peut-être que la vérité se cachait là, dans les mots laissés en suspens, dans les non-dits. Peut-être que la haine n’était qu’un voile masquant des blessures plus profondes. Elle glissa la lettre dans son carnet, comme un talisman, une promesse de réponses à venir. Puis, épuisée, elle se coucha, le corps encore marqué par sa chute. ** Le lendemain matin, Adrien arriva plus tôt que d’habitude au petit-déjeuner. Alya l’attendait, nerveuse, le cœur battant. — Tu m’as demandé hier pourquoi je te détestais, dit-il en s’asseyant, le regard sombre. Tu mérites une réponse. Elle hocha la tête, prête à écouter. — Ton père et moi avions un partenariat. Il avait promis de me soutenir dans un projet. Mais il m’a trahi. Il a saboté mon travail, vendu des informations à mes concurrents. J’ai tout perdu à cause de lui. Et sa mort ne m’a rien apporté, si ce n’est une haine sourde que je n’arrive pas à contrôler. Alya sentit son propre chagrin se mêler à sa colère. Elle ne pouvait pas l’excuser, mais elle pouvait commencer à comprendre. — Je ne savais pas, murmura-t-elle. Adrien passa une main dans ses cheveux, un geste humain qu’elle n’avait jamais vu. — Je n’ai jamais voulu que tu payes pour ses erreurs. Mais je ne sais pas faire autrement. Un silence s’installa, cette fois plus doux, presque fragile. — Peut-être que nous pourrions essayer de ne plus être ennemis, proposa Alya, hésitante. Il la regarda, cherchant peut-être en elle une promesse d’apaisement. — Peut-être, répondit-il enfin. ** Mais la paix fut de courte durée. Plus tard dans la journée, Alya surprit Adrien au téléphone, sa voix basse et tendue. — Oui, ils commencent à s’agiter, répondit-il. Ne la laissez pas s’approcher. Le doute s’insinua de nouveau. Pourquoi la protégerait-il ainsi ? Que savait-il qu’elle ignorait ? Un frisson d’appréhension glissa le long de sa colonne vertébrale. ** Le chapitre 12 se clôt sur cette double tension : un pas vers la compréhension, vers un rapprochement humain, mais aussi l’ombre d’un mystère et d’une menace qui planent encore entre eux. ** Adrien entend Alya poser une question qu’elle n’aurait jamais dû poser. Il s’arrête net, le visage dur. « Tu m’as trahi, toi aussi ! » lâche-t-il avant de raccrocher brutalement. _________________
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