Chapitre 22 : Onde de Choc

1240 Mots
(Point de Vue : Extérieur / Enquête) Manoir des Leduc, Westmount. 08h15. L'ambiance dans le salon des Leduc était funèbre. Les rideaux étaient tirés, empêchant les journalistes campés sur le trottoir de filmer l'intérieur. Hélène Leduc était assise sur le canapé, là même où Kaiden avait écrit son message sanglant trois jours plus tôt. Le mur avait été nettoyé par une équipe spécialisée, mais l'odeur de Javel n'arrivait pas à masquer celle de la peur. Elle tenait une tasse de thé froid, ses yeux rivés sur l'écran géant du téléviseur. Richard Leduc faisait les cent pas, le téléphone collé à l'oreille, hurlant sur un associé. — Je me fous de la fusion ! Ma fille est à la une de tous les journaux ! Gérez la presse, bordel ! Sur l'écran, les images de la vidéosurveillance de la station-service tournaient en boucle. On y voyait Kaiden sauter par-dessus le comptoir. On voyait le sang gicler. Et on voyait Maïra. Elle était là, de l'autre côté du comptoir. Elle regardait. Elle ne bougeait pas. Et pire, quand Kaiden revenait vers elle, elle le suivait vers la sortie sans résistance apparente. — C'est impossible... murmura Hélène, les larmes coulant sur son maquillage parfait. Ce n'est pas elle. Elle a été droguée. Elle est sous hypnose. Richard raccrocha et se laissa tomber dans un fauteuil. Il avait vieilli de dix ans en 72 heures. — La police dit qu'elle avait l'occasion de fuir, dit-il d'une voix sourde. Quand il était occupé à... tuer cette fille. Elle aurait pu courir. Elle ne l'a pas fait. — Elle avait peur ! hurla Hélène en jetant sa tasse contre le mur. C'est une enfant ! Elle n'a jamais vu de violence de sa vie ! Elle était tétanisée ! Richard passa une main sur son visage. — Les médias la traitent déjà de "Bonnie". Ils disent qu'elle est tombée amoureuse de son ravisseur. Syndrome de Stockholm. Ou pire, qu'elle était consentante depuis le début. Il regarda sa femme, les yeux hantés. — Et si on ne la connaissait pas vraiment, Hélène ? Et si on avait raté quelque chose ? Hélène se recroquevilla. — Non. C'est un monstre qui la tient. Et nous... nous sommes impuissants. QG de la Sûreté du Québec (SQ), Montréal. 09h00. La salle de crise bourdonnait comme une ruche en colère. Des cartes de la région des Laurentides étaient affichées sur les écrans muraux, avec des points rouges marquant les barrages routiers. L'inspecteur Gagnon n'avait pas dormi depuis deux jours. Il buvait un café noir, debout face à la carte. — On a perdu la trace de la camionnette noire après la station-service, annonça le sergent Tremblay. Ils ont dû prendre des chemins forestiers. Avec la tempête d'hier, les traces sont couvertes. — Ils ne peuvent pas s'évaporer, grogna Gagnon. Ce type, Kaiden St-James... c'est un fantôme numérique, mais dans la vraie vie, il a besoin de manger, de dormir et de mettre de l'essence. La porte de la salle s'ouvrit. Deux officiers firent entrer Liam St-James. Liam avait l'air d'un spectre. Il n'était plus le PDG arrogant du premier interrogatoire. Il était pâle, mal rasé, les yeux cernés de violet. Gagnon se tourna vers lui. — Tiens, tiens. Le frère loyal. Vous avez vu les nouvelles, Monsieur St-James ? Liam s'assit lourdement sur une chaise en plastique. — J'ai vu. Inspecteur Gagnon : Votre frère a égorgé une gamine de 22 ans pour un plein d'essence. Et il traîne une adolescente dans sa folie. Gagnon s'approcha, posant ses mains à plat sur la table, dominant Liam. — Vous saviez où il était, n'est-ce pas ? Quand je vous ai interrogé la première fois. Vous saviez. Liam baissa la tête. — Je... je me doutais qu'il était au chalet familial. Je suis allé vérifier hier soir. La salle se tut. Gagnon plissa les yeux. — Vous y êtes allé ? Et ? — Il y était, avoua Liam, la voix brisée. Inspecteur Gagnon : Et la fille ? Liam : Il m'a dit qu'il était seul. J'ai fouillé la maison. Je n'ai rien trouvé. Mais... Liam sortit un petit sac plastique de sa poche. À l'intérieur, le cheveu blond. Il le posa sur la table. — J'ai trouvé ça sur le canapé. Gagnon regarda le cheveu, puis Liam. Une colère froide monta en lui. — Vous l'aviez en face de vous. Vous aviez une preuve. Et vous l'avez laissé partir. Liam : Il m'a juré qu'il était seul ! Et j'avais peur ! Vous ne connaissez pas Kaiden ! Il m'aurait tué ! Inspecteur Gagnon : Résultat : il a tué une caissière trois heures plus tard ! hurla Gagnon. Ce sang est sur vos mains aussi, St-James ! Liam éclata en sanglots, la tête dans ses mains. — Je sais... Je sais... Arrêtez-le. Tuez-le s'il le faut. Mais sauvez la fille. Elle est vivante. Je le sais. Elle était cachée quelque part dans la maison. Gagnon se redressa, ajustant sa veste. — Tremblay ! Localisez ce chalet immédiatement. Envoyez le SWAT. S'ils y sont encore, on les coince. S'ils sont partis, on saura par où ils sont passés. Sergent Tremblay : Et pour les barrages ? Gagnon pointa la carte, sur la route 117 Nord. — Ils montent vers le Nord. C'est l'instinct de fuite. Verrouillez tout le secteur de la Réserve La Vérendrye. Hélicoptères, chiens, tout. Il se tourna vers Liam, avec un mépris total. — Et mettez ce type en garde à vue pour obstruction à la justice et complicité. Alors que les menottes claquaient aux poignets de Liam, Gagnon regarda la photo de Maïra sur le mur. — Tiens bon, petite. On arrive. Mais ne fais pas l'erreur de croire qu'on tirera dans les jambes si tu restes collée à lui. Route 117, Km 230. 10h15. Dans la Toyota grise volée, l'ambiance était électrique. Kaiden conduisait vite, trop vite pour les conditions. Au loin, des gyrophares bleus clignotaient, barrant toute la largeur de la route. Un barrage. Deux voitures de patrouille, des herses déployées, des policiers armés de fusils d'assaut. Maïra se raidit sur son siège. — Ils sont là... Kaiden freina brusquement, arrêtant la voiture à trois cents mètres du barrage, juste avant un virage qui les masquait encore partiellement. Il jura. — Ils ont été rapides. Liam a dû parler. Il regarda le rétroviseur. Pas de voiture derrière pour l'instant. Il regarda à gauche et à droite. Des murs de neige. Et derrière, la forêt dense, infinie. Il se tourna vers Maïra. Son regard était fou, intense. — C'est la fin de la route, Bonnie. La voiture ne passe pas. Maïra : On... on se rend ? demanda-t-elle, un dernier espoir idiot traversant son esprit. Il sortit son couteau et son pistolet qu'il glissa dans sa ceinture. — Jamais. On change de terrain de jeu. Il ouvrit sa portière. — On continue à pied. Dans la forêt. Kaiden sourit. Un sourire de loup qui sent l'odeur de la chasse. — Alors, on courra pour se réchauffer. Allez, sors ! Avant qu'ils ne voient la voiture ! Ils abandonnèrent la Toyota sur le bas-côté, moteur tournant. Kaiden attrapa la main de Maïra. Et ensemble, ils sautèrent par-dessus le banc de neige, s'enfonçant dans le bois noir et hostile. Derrière eux, les sirènes commencèrent à hurler. La traque finale avait commencé.
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