Alexandra fixa le téléphone posé entre elles deux sur le lit. Ses mains tremblaient, mais une chaleur nouvelle, une colère née de toutes ces semaines de soumission et de secrets, commença à bouillir dans ses veines. Elle leva les yeux vers Claudine. Pour la première fois, elle ne baissa pas le regard.
— « Non, » lâcha-t-elle, sa voix plus ferme qu'elle ne l'aurait cru.
Claudine fronça les sourcils, une lueur de surprise traversant son masque de marbre.
— Pardon ?
— Je ne passerai pas cet appel, Claudine. Pas comme ça. Pas sous tes ordres, s'exclama Alexandra en se levant brusquement, ignorant sa nudité pour affronter son amie. Tu parles de loyauté, de principes, de discipline... mais tu ne parles jamais de ce que je ressens. Marie m'a offert quelque chose que tu as été incapable de me donner : de la douceur sans jugement.
Claudine se leva à son tour, sa taille semblant doubler sous l'effet de la rage. Elle s'approcha d'Alexandra, l'acculant contre le mur de la chambre.
— Tu oses me comparer à elle ? Après tout ce qu'on a construit ? Après ce que je t'ai fait découvrir cette nuit ?
— Cette nuit était incroyable parce que c'était toi, Claudine ! cria Alexandra. Mais je refuse d'être ton expérience de laboratoire ou ton esclave. Tu veux que je choisisse ? Très bien. Mais je ne choisirai pas entre toi et Marie. Je choisis de ne plus te laisser me manipuler. Marie mérite plus qu'un appel cruel devant un témoin qui savoure sa douleur.
Le silence qui suivit fut chargé d'une électricité statique. Claudine semblait prête à exploser, ses poings serrés, son souffle court. Jamais personne ne lui avait parlé ainsi. Jamais Alexandra n'avait osé briser le cercle de sa domination.
— Si tu ne passes pas cet appel, tu sors d'ici, siffla Claudine, sa voix vibrant d'une menace sourde. Et tu ne reviens jamais.
Alexandra sentit un déchirement au fond de sa poitrine. Elle aimait l'emprise de Claudine, elle aimait cette obscurité qui les liait, mais elle ne pouvait plus sacrifier son âme pour rester dans ses bonnes grâces.
— Très bien, répondit Alexandra en ramassant ses vêtements éparpillés sur le sol. Ses gestes étaient rapides, fébriles. Je m'en vais. Pas parce que je ne t'aime pas, mais parce que tu ne m'aimes pas... tu veux juste me posséder.
Elle enfila sa robe, récupéra son téléphone et se dirigea vers la porte. Claudine ne bougea pas, restant plantée au milieu de la chambre comme une statue de glace, mais Alexandra put voir, juste avant de sortir, une fissure dans son assurance : un éclair de douleur pure dans les yeux de la psychologue.
Alexandra claqua la porte de l'appartement. Une fois dans le couloir, elle s'effondra contre le mur, éclatant en sanglots. Elle était libre, mais elle était brisée. Elle sortit son téléphone et vit un nouveau message de Marie : Je t'attends, mon ange. Reviens-moi vite.
Alexandra se retrouvait au milieu de nulle part, dans la nuit froide, avec un choix qu'elle n'avait pas encore résolu, mais avec une dignité qu'elle venait de regagner.