Alexandra marchait dans la nuit, les yeux encore rougis par ses larmes, le cœur lourd d'une solitude nouvelle. Elle pensait avoir enfin brisé ses chaînes en quittant l'appartement de Claudine. Mais en franchissant le seuil de la maison familiale, elle se figea.
Dans la salle à manger baignée d'une lumière chaude et tamisée, le cliquetis de l'argenterie contre la porcelaine résonnait. Et là, assise en face de son père, Claudine souriait. Elle avait l'air de l'ange de la maison : une chemise de soie blanche fermée jusqu'au cou, ses cheveux parfaitement lissés, discutant de ses études en psychologie avec une éloquence qui fascinait les parents d'Alexandra.
— Ah, Alexandra ! Te voilà enfin, s'exclama sa mère. Claudine nous a fait la surprise de passer. Elle nous disait justement à quel point tes examens de mode ont été éprouvants.
Alexandra sentit le sol se dérober sous ses pieds. Claudine ne l'avait pas suivie ; elle l'avait devancée. Elle utilisait l'affection que ses parents lui portaient comme une cage dorée. Le regard que Claudine lui lança par-dessus son verre de vin était une déclaration de guerre silencieuse : Tu ne m'échapperas jamais.
Le dîner fut une torture. Alexandra devait faire semblant de manger, de rire aux anecdotes de Claudine, tout en sentant le poids du secret peser sur ses épaules. Ses parents, stricts et protecteurs, n'auraient jamais imaginé que sous cette façade de "meilleures amies d'enfance" se jouait un drame érotique et possessif.
Après le repas, Claudine se tourna vers la mère d'Alexandra :
— Serait-il possible que je reste dormir ce soir ? Il est tard et Alexandra m'a promis de me montrer ses derniers croquis de mode.
Sa mère accepta avec joie. Pour eux, c'était le signe d'une amitié saine et durable.