XICette nuit-là, Morand dormit mal et légèrement. Il dormit en ayant conscience de dormir, agité de rêves où sa femme allumait toutes les lumières de Roscoff, où sa fille mangeait du sel et sa petite-fille buvait du cyanure tandis que lui s’enfonçait dans un trou sans fin. Une puissante douche, chaude, puis froide le remit au matin sur pied. À 8 heures, il était au volant de sa voiture et entreprit au ralenti une tournée dans Roscoff. L’aube était blême, et encore incertaine. Mais autant, faute de sommeil et de visibilité, sentir le pouls de la ville… Rue Amiral Réveillère, Morand acheta Ouest-France et Le Télégramme, but un café “Chez Ty”, puis surveilla, rue Jules Ferry, l’arrivée des premiers enfants à l’école, salua Victoire qui y amenait les siens, s’assura, comme il l’avait demandé,


