Keyra.
Lorsque Marissa et moi quittons la maison bleue, je retrouve Damon dehors en train de m'attendre. Je trouve cette situation assez paradoxale, car dans cet endroit les femmes sont privées de tous leurs droits, comme si elles existaient pour la simple raison d'être soumise à ces hommes. Et pourtant la maison bleue est interdite d'accès aux hommes, ils n'ont pas le droit d'y entrer, sauf si c'est vraiment nécessaire. C'est comme si c'était notre église à nous, et que tous les hommes du camp étaient des démons. Ne le sont-ils pas après tout ?
-Je voulais te parler. Me dit-il en s'approchant de moi.
Ça change, d'habitude il aime me b****r. Mais ça, je ne vais pas le lui dire, pour ma fille je suis prête à ravaler mes mots et briser toute la fierté qu'il me reste.
Il dépose un b****r sur ma tête comme si on était un couple normal comme tous les autres. Mais nous ne sommes pas un couple, et nous ne le seront jamais, on partage la relation d'une captive et d'un bourreau sans plus.
-Je veux que tu t'occupes des nouvelles. Tu leurs attribueras leurs tâches.
Je le regarde intriguée. Je ne comprends pas.
-Comment ça leur tâches ?
-Nous avons besoin de nouvelles cuisinières ainsi que de l'aide dans les jardins.
-Je croyais que c'était le boulot des hommes ça. Dis-je tout bas, mais il m'a entendu, contrairement aux autres hommes du camp, Damon ne me punie pas pour lui avoir répondu avec sarcasme, bien sûr sans offenser son égo.
Il me sourit en haussant un sourcil l'air amusé.
-Je croyais que tu t'ennuyais ici. Donc j'ai demandé à ce qu'on vous attribue des tâches.
C'est dingue, cela fait un mois que Damon est revenu dans ma vie en tuant mon compagnon et en m'enlevant ma fille, et voilà qu'il se comporte comme si nous ne sommes jamais quittés.
- Quelle genre de tâche j'aurais ? Je demande.
-C'est toi qui t'occuperas des tâches comme je te l'ai dit, tu attribueras à chacune des filles sa tâche de la journée.
Ça ne me réjouit pas vraiment, mais je n'ai pas le choix, si je ne suis pas ses ordres je subirais ses menaces et ses châtiments. J'acquiesce silencieusement.
-Bien, je te laisse t'occuper de ça alors. Annonce-t-il, mais avant qu'il s'en aille, nous somme coupé par Aurore.
-Salut Keyra, s'il te plait, j'ai cherché la dedans (dit-elle en indiquant la maison bleue) il n y'a aucune trace de café.
-Parce que le café est interdis ici. Déclare Damon d'un ton catégorique.
Aurore ne semble pas apeurée, ou impressionnée par le charisme autoritaire de Damon.
-Pour vrai ? Demande-t-elle les yeux ronds. Je comprends son choc, moi aussi le café me manque, mon double expresso bien allongé accompagné d'un délicieux muffin aux myrtilles.
-Oui, pour vrai. Confirme Damon.
-Je vois, et par quoi on peut remplacer le café ? Une suggestion ? Dans sa voix je remarque une faible tonalité qui défie ouvertement Damon.
Mais Damon ne semble pas énervé ou en colère, au contraire, il entame la discussion avec Aurore. Et celle dernière ne semble toujours pas effrayée par la situation. Je ne comprends rien. Si elle était de la police comme je l'avais supposé au débout, elle serait entrée dans le jeu, en se faisant toute petite, c'est ce que j'aurais fait. Entamer la discussion avec un criminel comme Damon n'est pas la meilleure solution. Peut-être qu'elle n'est pas de la police. Peut-être que c'est juste une fille courageuse qui n'a pas froid aux yeux.
-Par des tisanes, en plus c'est des médicaments naturels. Ils ne te feront que du bien. Rétorque Damon avec une pointe d'ironie.
Aurore sourit, puis elle hausse les sourcils comme si elle n'était pas convaincue de la réponse de Damon.
-Mmm...ouais, c'est vrai que les herbes ont tendance à me faire beaucoup, beaucoup, beaucoup de bien. Dit-elle avec plein de sous-entendus.
Les herbes ? Elle parle verveine ou d****e ?
-Tu t'appelles comment ? Lui demande-t-il.
-Aurore. Répond-t-elle rapidement.
-Et qu'est-ce que tu faisais dans la vie Aurore ?
Elle affiche un sourire provocateur. Cette fille n'a peur de rien décidément.
-Je suis désolée, les règles sont strictes ici, ma vie d'avant est aux oubliettes. Dit-elle.
J'ouvre grand la bouche, quant à Damon il la fixe avec perplexité.
-C'est exacte, par contre, ici c'est moi le chef, et je t'ai posé une question.
-Je suivais des cours de droit à Harvard.
-Une femme de droit. Je comprendrai que cet endroit puisse te mettre en colère, mais j'ai l'impression que tu as accepté ton sort vu ton comportement...tranquille.
-Je suis du genre qui s'adapte dans toutes les situations.
-Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que c'est un mensonge ? Lui demande-t-il en la regardant dangereusement.
-Pour quelle raison est-ce que je mentirai ?
-Peut-être que tu es de la police et que t'es ici sous couverture, si c'est le cas...tu en paieras le prix fort. Conclu Damon en utilisant mes propres soupçons.
-J'ai une tête de flic ? Demande-t-elle comme si elle venait de se faire insulter.
Je plisse les yeux. Cette fille est trop mystérieuse. Mon instinct de flic refait surface. Cette fille n'est pas ce qu'elle fait paraitre. Elle ne ment pas, mais elle joue avec les mots pour créer une vérité.
-Tu es...
Avant que Damon puisse finir sa phrase, Lucien débarque l'air un peu paniqué.
-Aurore, je peux savoir ce que tu fais ? Lui demande-t-il.
Elle hausse ses épaules d'un air négligeant.
-Rien, je fais juste connaissance avec le chef de la tribu.
Damon affiche un air de mécontentement. Enfin !
-Ce n'est pas une tribu indienne ici, c'est une communauté.
Elle lève sa main pour balayer négligemment l'air.
-Communauté ou tribu, c'est pareille.
Lucien commence à rire, comme si Aurore venait de balancer la blague de l'année.
-Voilà pourquoi je l'ai choisie, son sens de l'humour est irréprochable ! N'est-ce pas Aurore ? Dit-il en lui donnant à léger coup dans le dos pour l'inviter à rire elle aussi. Et c'est ce qu'elle fait, par contre, son rire sonne faux.
-Euh ben, tu lui apprendras à ne pas l'utiliser avec moi si elle ne veut pas que je lui coupe la langue. Annonce Damon en tournant les talons, nous laissant Aurore, Lucien et moi.
-Bon Keyra, on se voit au dîner, Aurore et moi devons mettre quelques trucs au point. Dit-il en lançant un regard noir à l'égard d'Aurore. J'espère qu'il ne va lui faire du mal.
Je lui souris, puis je retourne dans la maison bleue pour parler aux filles du nouveau plan de Damon.