Chapitre 22 — Quelques basses côtes de mouton ? lui demanda le boiteux avec un petit sourire entendu. Si ça se trouve encore à Noël… — Je devine, fit le boucher complice. Pour vous faire un navarin, n’est-ce pas ? — Bien vu ! Avec un bourgueil bien frais, rien de plus fin ! Ça ne fait pas très Noël, bien sûr, mais la pension d’un fonctionnaire… — Chacun sa façon, répliqua le boucher qui n’en avait rien à faire. Son visage bleuté, veiné de rouge, respirant la prospérité, semblait sortir de son frigo. À cinq reprises, le hachoir s’abattit sur le billot. — Et avec ça ? — Ce sera tout pour aujourd’hui. Le boiteux consulta une liste qu’il avait sortie de sa poche : carottes, navets, fayots, pommes de terre et basses côtes. D’un trait de crayon, il en biffa la dernière ligne. — Voilà !


