de Louise Abbéma à Jean Mounet-SullyParis, lundi 24 mai 1897 Jean, votre lettre m’a profondément émue, dans ce que vous racontez et dans la confiance que vous me faites. Le seul problème va être pour moi de vous écrire au masculin dorénavant. Je veux bien être votre ami comme vous l’écrivez, mais en quoi ce pauvre « e » était-il gênant? Sans lui, plus de désir, plus d’envie, plus d’ébriété. Bref, en tuant cette voyelle, vous allez nous rendre la vie bien terne. Et comment ferez-vous au quotidien pour « montr sur scn », « jour un rol », et « dclamr ds vrs » forcément incompréhensibles ? Non, vraiment, je n’ai nulle envie d’abandonner un « e » pour me transformer en un Louis qui ne me ferait pas gagner en couilles ce que je perdrais du peu de féminité qui me reste, mais à laquelle je tiens


