VI Le bal masqué Enfin il arriva ce grand jour si impatiemment attendu. Depuis six semaines le bon peuple des Herbes Folles avait la fièvre. On ne parlait plus de ministres, de sénateurs, de généraux, de magistrats, de princesses, de duchesses, de bourgeoises ; à vingt lieues à la ronde, il n’y avait plus que des pierrots, des arlequins, des polichinelles, des bohémiennes, des Colombines et des Folies. La politique faisait silence, ou, pour mieux dire, la nation était coupée en deux grands partis : les conservateurs qui allaient au bal, et l’opposition qui n’y allait pas. Si l’on en croit le récit officiel, la fête effaça par sa beauté toutes les fêtes passées et à venir. On avait mis le bal au milieu des jardins, dans une rotonde magnifiquement décorée. C’était en suivant tout un labyr


