Deux semaines plus tard.
Point de vue de Rachel.
Je suis un peu nerveuse. J'ai conscience que ma tenue est appropriée pour ma rencontre de ce soir avec les proches de Nassim, mais c'est la merde quant à ce qui se trame dans mon cerveau. Trop de questions défilent. Et si je ne leur plaisais pas ? Et si c'était au contraire Nadia, Nina et Sandra qui n'aimaient pas Nassim ? Cette soirée se passera dans l'appartement de Nassim, et pendant le trajet nous irons prendre mes trois acolytes féminine en bas de chez elles, Nadia ayant passée la nuit chez sa sœur. Je ne sais pas trop quoi penser du fait qu’on soit autant à se rencontrer. Mais d'un côté, je crois que je serais moins gênée s’il y a plus de monde.
L'idée de faire la rencontre de nos proches prouve le fait que ma relation avec Nassim est assez sérieuse. C'est peut-être pas ses parents que je vais voir, mais quand même. Les gars comme lui ne présentent pas leur entourage et leur amis à n'importe qui, pas vrai ? Du moins, c'est ce que j'essaie de me faire croire. C'est vrai que Nassim est un gars que j'aurais jamais pensé fréquenter. Nous avons un mode de vie diamétralement opposé ; ce qu'il aime se résume au Rap et à ses amis de cité, tandis que moi je préfère faire du shopping, regarder des séries, lire... Nous sommes en couple depuis environ un mois, mais je conserve des doutes à son sujet, surtout quand il n'est pas avec moi. Je sais qu'il aime bien se rincer l'œil sur tout ce qui bouge, et je ne peux pas lui en empêcher (après tout c'est un mec, hein !), mais s'il trouvait meilleur que moi, pourrait-il me plaquer comme une merde ? Peut-être bien que oui, c'est bien ça le problème… Stop. Non, il n'y a pas de problème. Commence pas avec ta paranoïa !
— Elles habitent où tes lascars ? me demande Nassim sur la route pour aller chercher les filles.
— Pas loin, t’inquiètes.
— Où ça wech ?
— Arrête de t'énerver, tu me stresse !
— Je m'énerve pas, c’est toi qui gueule pour rien, réplique-t-il.
— Blab-bla-bla.
Ce ne sont pas des disputes. Plutôt des chamailleries, disons. Nous nous parlons comme ça tout le temps, toutefois ça va, on le vie plutôt bien. Nassim n'est pas un gars à qui je dirais des mots tendres, c'est bizarre. Pourtant ça m'est arrivé pleins de fois de le faire avec Samuel. C'est juste que quand je regarde Nassim, les premiers mots qui me viennent à l'esprit sont « sale con », « imbécile » et « couillon ». Comme on dit, qui aime bien châtie bien, pas vrai ?
— Tourne à droite puis à la première à gauche et gare-toi sur le bateau près de l'immeuble, je débite en examinant la route.
— Merci GPS.
Je me tourne vers Nassim.
— Mon GPS préféré, hein, s'empresse-t-il d’ajouter sourire.
Ouais, ouais.
Sandra est la première à entrer dans la voiture. Quand nous sommes au complet, Nassim redémarre en trombe et met une musique de son groupe. Les filles s’intéressent tout de suite au morceau et lui posent des questions. Ils échangent tous des phrases dans la joie et la bonne humeur et je souris intérieurement, remarquant que les miens s'entendent déjà avec lui. Ah, j'avais tellement d'à priori !
Point de vue de Nassim.
J'avais pas d'à priori. Aucun. Même pas un petit peu. Tout le monde m'aime bien, sans vouloir paraître narcissique. Je suis un mec cool, qui se prend pas la tête. Je parle à tout le monde et je ris facilement. Qui n'aime pas ça ? J'ai aussi des défauts mais n***e sa mère, tant que j'ai le physique, la santé et la thune c’est le principal.
Cette soirée compte pas vraiment pour moi. Si j'ai accepté que mon frère et mes gars rencontre Gazelle, c'était plus pour passer un moment ensemble qu'autre chose. J'espère qu'elle pense la même chose que moi sur tout ça. En parlant d’elle, je regarde sa sœur Sandra dans le rétro. Donc c'est elle qui a accouché y a pas longtemps ? Elle s'en est remit vite, hein. D'ailleurs où est le gosse ? Bref, c'est pas mon problème. Pétillante et en pleine forme, Sandra n'arrête pas de parler avec la brune assise à côté d'elle. Nadia, non ? Eh vas-y tous leurs prénoms se ressemblent. Tant que je me rappel celui de ma meuf, peu importe.
— C'est bon, tout le monde descend, mesdemoiselles.
Je suis le dernier à fermer ma portière. Heureusement que le trajet s'est fait vite. Je crois que j'aurais clamsé si j'étais resté plus longtemps seul avec que des meufs dans une caisse. C'est pas méchant, hein ! Mais qu'est-ce qu'elles sont chiantes quand elles se mettent à la parlotte…
— Chouette ta voiture, me complimente la troisième meuf.
C'est qui elle, déjà ? Sans doute Nina ou je ne sais quoi.
— Merci, je lui réponds simplement.
— Oh je n'ai pas fait les présentations ! s'écrie soudain Rachel en se mettant au milieu de nous. Alors les filles voici Nassim, mon... copain, et Nassim voici ma sœur Sandra, ma meilleure amie Nadia et sa sœur Nina.
Deux paires de sœurs, donc. Un simple regard complice se fait en guise de salutation officielle. Manquerait plus que je les prenne dans mes bras. En plus je sais qu'elle aurait kifé, la petite Nina, vu comment elle me matte…
On entre dans ma cité et je tchek deux trois potes posés dans le bat.
— On monte, dis-je à l'intention des meufs parce que les mecs les regardent un peu trop longtemps à mon goût.
Notre appart à Tarek et moi est dans un grand immeuble de la cité, mais il n'est pas à un étage très haut, alors je décide de monter à pied, histoire de ne pas me retrouver une fois de plus entouré des quatre nanas. Ma parole, je rigole pas. A elles quatre elles forment un groupe infernal. Impossible de vivre avec elles, ce serait un supplice trop éprouvant pour un homme.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent au même moment où j'atteins le couloir . Je passe devant les meufs et je sens qu'on me pince les fesses. Wech ! C’est une ouf Gazelle ! Je me retourne avant d'ouvrir la porte et Rachel s'humecte les lèvres en me fixant, ce qui a le don de m’exciter. Bon, reprend-toi Nassim. T’auras tout le temps de faire ce que t’as très envie de lui faire tout à l'heure, quand tu l'auras ramené chez elle.
J'amène le groupe infernal jusqu'au salon où sont installés Nasser et Mam's, qui ont déjà commencé une chicha. Je leur lance un regard qui en dit long quand les meufs entrent à leur tour sur les lieux d'un crime qui pourrait se commettre si l'un d'eux avait le malheur de loucher sur Gazelle. Parce que c'est MA gazelle, pas touche. Ils ont toutes les portes ouvertes pour les trois autres, ça suffit comme ça.
— Salut les biches ! dit Nasser en agitant la main de droite à gauche. Moi c'est Nasser.
— Euh... salut, lui répond Nadia avec un demi sourire.
— Vous allez bien, ? demande Mam's. Moi c'est Mamadou mais vous pouvez m'appeler Mam's.
— D'accord, Mam's, lance Nina sur un ton amical.
p****n. Pourquoi Gazelle s'est mise sur le canapé à côté de Nasser ? Ce mec sait pas garder ses mains dans ses poches quand il s'agit de meuf !
— Euh, décale s’il te plaît, fais-je en me mettant entre eux deux.
Voilà, comme ça c'est réglé. Nasser se marre et je lui donne un coup dans l'épaule. Les deux autres sœurs s'installent sur l'autre canapé en face. Le bon côté d'avoir un grand salon, j'avoue.
— Il est où ? demandé-je à Mam's en parlant de Tarek.
— Je suis là ! répond ce dernier en sortant de la pièce d'à côté.
Et puis soudain, il se fige. J'ai envie de rire. Sa tête est magistrale. C'est quoi le problème ? On dirait que le mec vient de se manger un balais dans le cul. Trop débarre.
Point de vue de Tarek.
Oh p****n. Dites-moi que je vois double. Qu'est-ce qu'elle fait là ? Qu'est-ce que... qu’est-ce que la fille de l'épicerie fait dans mon salon, assise à côté de Nassim et entourée de son bras p****n ?
C'est pas elle. Non, c'est encore mon esprit qui me joue des tours. Je l'ai tellement imaginé que je finis par la voir partout. Ouais, c'est ça. Une connerie dans le genre.
Je déglutis et elle se détache lentement de Nassim, elle aussi sous le choque, visiblement.
p****n. Il y a plus de doute, c'est bien elle. Et je crois qu'elle vient de me reconnaître, elle aussi.