J'avais réussi à avoir un rendez-vous pour mes patients avec le psychologue. Il était donc prévu qu'il fasse une thérapie de groupe avec tous les quatre chaque lundi et jeudi de 13 heures à 15heures. J'étais très heureux et je savais que rien n'était meilleur pour eux que de partager leur douleur. Cette journée avait été très pénible pour moi. Mais j'avais l'impression que la mort de Dina avait apporté plus de bonheur que de tristesse. Adaline voulais retrouver sa famille et J'avais la chance de pouvoir courtiser Rose d'avantage. Cette journée avait été tellement éprouvante que quand le soir arriva, je n'avais qu'une seule idée en tête. C'était de rentrer chez moi. Avec tous ces chamboulements, j'avais oublié de passer ne serait ce qu'un seul coup de fil à papa. Le pauvre! il devait se sentir très seul dans mon appartement. Mais quand je pensais aux bouchons qui m'attendaient certainement sur la route, je me refroidissais. Si seulement il y avait un moyen plus simple de rentrer à la maison! J'aurais aimé claquer des doigts et atterrir directement chez moi. Mais la vie n'était pas aussi facile. J'avais encore à faire ma petite ronde du soir avant de rentrer chez moi. Après avoir fais la ronde de mes patients, j'allai dans mon bureau afin de me préparer à partir. Mais pendant que j'y étais, quelqu'un entra dans mon bureau. C'était Didine.
- Bonjour Viane, comment vous sentez vous?
- Et bien, j'ai connu mieux. Comment vous allez Didine?
- J'ai connu mieux aussi.
- Je suppose que vous avez appris la nouvelle du décès de l'un de mes patients.
- Bien-sûr, nous sommes dans un hôpital et les nouvelles vont vite ici. Je sais néanmoins que c'est la première fois que ça vous arrive depuis que vous travaillez ici. Je voulais donc savoir quel était votre état d'esprit.
- Ah Didine, ce sont des choses qui arrivent.
- Ça, vous l'avez bien dit. Mais vous ne devriez pas vous en faire pour si peu.
- Je le sais.
- Je dois vous raconter un truc horrible qui m'est arrivé à mes débuts dans le métier. Je travaillais dans un petit hôpital dans une petite ville dans la campagne. J'avais reçu un malade de malaria. J'ai fait l'interrogatoire habituel pour connaître ses antécédents de santé. La personne avec lui m'avait pourtant dit qu'il n'avait pas de diabète, tout comme personne dans sa famille d'ailleurs. Pour le remonter, je lui ai fait une perfusion glucosée. À ma grande surprise, son organisme y réagissait très mal. J'ai d'ailleurs failli perdre ce patient. En essayant de savoir ce qui avait causé cela, j'ai découvert qu'il était en fait diabétique et que lui même ne le savait pas. J'ai risqué un procès pour cette erreur médicale. L'hôpital les avait d'ailleurs monnayé pour qu'ils ne nous intentent pas un procès. J'ai été remercié et je me suis retrouvé au chômage. J'ai fait plus d'une année sans exercer. Jusqu'à ce que je vienne vivre ici et que Health Care m'embauche comme infirmière.
- Ça a dû être difficile pour vous!
- Très difficile mais c'est le genre d'épreuves qui sont sensées vous endurcir.
- Comme quoi, ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort.
- Exactement.
Didine m'avait bien réconforté même si elle ne le savait pas. Il est toujours bon de partager avec les autres leur expérience.
- Vous me déposez docteur ?
- Avec plaisir boss.
C'est en riant que nous sortîmes de mon bureau pour nous rendre dans le parking où se trouvait ma voiture. C'est en musique que Didine et moi traversions toute la ville. Nous passions tellement un bon moment que ça ne nous dérangeait pas d'être bloqué dans les bouchons. Je la déposai donc devant chez elle et je continuai mon chemin jusqu'à la maison. Quand j'arrivai à la maison. Je trouvai papa, tranquillement assis sur le divan à regarder un match de football.
- Déjà rentré fiston?
- Non papa, je suis toujours au centre, tu ne le vois pas?
Après que j'ai dit cela, c'était le fou rire pour tous les deux. On s'était tous les deux souvenu de l'époque où papa rentrait tard du boulot. Je lui demandais toujours " t'es déjà là papa?" et lui me répondait " Non fiston, tu ne le vois pas, je suis encore au boulot". Ça nous amusait tant de faire ça ! C'était devenu comme une tradition de bienvenue chez nous.
- Comment était ta journée ?
- Et bien, j'ai connu mieux.
- Comment ça ?
- J'ai perdu une patiente ce matin.
- Je vois, ça devait arriver tôt ou tard et tu le sais.
- Je le sais très bien mais n'empêche que c'est frustrant.
- Tel est l'inconvénient du métier que tu as choisi. J'aurais voulu que tu sois ingénieur, mais non, monsieur rêvait de devenir neurologue.
- Tu es impossible, vieil homme.
- Et tu m'aimes comme ça, jeune homme.
- Tu as cuisiné?
- Mais pour qui tu me prends! Bien-sûr que je l'ai fait. Je n'allais pas te laisser rentrer affamé et cuisiner aussi.
- Quelle mère poule tu fais!
- un peu de respect jeune homme.
- Oui chef, je prend une douche et je viens te tenir compagnie.
- je ne bouge pas, c'est comme tu veux.
Je ne comptais pas parler à papa de mon idée d'engager un détective privé. Il m'en aurait sûrement dissuadé. J'aurais aimé débuter avec les recherches pour trouver un bon détective mais j'étais creuvé. J'avais juste envie de me doucher, de manger et de dormir. Je me sentais néanmoins mal de laisser papa tout seul ainsi. Il avait parcouru des kilomètres pour venir me voir mais j'étais incapable de passer du temps avec lui. Il faut avouer que ce n'était pas de ma faute, j'étais débordé par le boulot. J'espérais quand même passer un peu de temps avec lui le dimanche. Mais en y repensant, je me rappelai qu'il ne m'avais même pas dit quand il repartirait. Je ne connaissais donc pas son programme. Et vu que papa était l'être le plus imprévisible de la terre, j'avais peur qu'il se réveille un matin et me dise " dépose moi à la gare fiston". Je voulais que son séjour avec moi se passe bien. Je voulais passer du temps avec lui et j'avais l'intention de m'en donner les moyens.
J'avais fini de me doucher et je me rendis à la cuisine pour chercher de quoi manger. Après avoir manger, je passai quelques instants avec papa au salon à discuter de tout et de rien. Mais me connaissant bien, il savait que j'étais fatigué et que j'étais resté là juste pour lui tenir compagnie.
- Je sais que tu es très fatigué, va te coucher car demain sera une autre dure journée pour toi. Ne t'en fait pas pour ton vieux père.
- Je t'aime vieil homme, dors bien.
Je m'en allai dans ma chambre et je dormis jusqu'au matin comme un nouveau né.