Alors la bonne nouvelle, c'est que Cindy s'est montrée plutôt compréhensive. Je pense que dans son cas, je me serai explosé la gueule, parce qu'il me semble lui avoir menti, m'être servi d'elle, l'avoir impliquée dans une histoire glauque…
Et bah non, la miss a paru enchantée par cette histoire…
Bon, furieuse aussi lorsqu'elle a appris pour Jensen, et cette histoire d'enfant, mais sinon, franchement elle l'a (plutôt) bien pris.
Mieux, il semblerait qu'elle soit d'accord avec mes sombres plans diaboliques, et qu'elle soit prête à me couvrir autant qu'à m'aider à, je cite « refaire le portrait à ce fils de P*** » (oui, c'est qu'elle est vulgaire cette petite lorsque ça la prend)
Dernière mesure décrétée d'un commun accord. « Heden ne doit rien savoir, dit-elle avant de me laisser sortir de cette salle miteuse, si elle savait ce qu'on va faire, elle nous truciderait »
Pleine de sagesse cette petite. Non vraiment, je reconnais que pour le coup, je l'ai plutôt mal jugée. Heden n'aura donc pas que des goûts de merde après tout…
En revanche, cette découverte imprévue lors de l'élaboration de mon superbe programme de guerre m'a aussi fait pêter un ou deux câbles les jours qui ont suivi. J'ai eu le droit à ma leçon de moral de la part de Cindy et à l'évocation de mes nombreux devoirs en tant que substitut de ma frangine.
« Heden ne se tient pas comme ça.
Ah et puis Heden ne parle pas comme ça…
Et surtout, surtout ne te mets plus dans la merde comme l'autre jour, Heden n'est pas du tout comme ça… »
Enfin bref, vous l'aurez compris, je ne devrais pas être « comme ça »
Sauf que l'idée de l'écouter m'est absolument et strictement impossible.
Pourtant j'ai essayé.
Le lendemain, lorsque tous me regardaient tel l'extraterrestre qui a osé faire chier son monde, et plus particulièrement s'opposer au grand Mike (il semblerait qu'il soit plus connu que je ne le pensais)
J'ai tenté de faire comme si leur regard sur ma personne ne me faisait rien, j'ai tenté de courber l'échine, de m'en foutre, d'être à l'image de ma très chère sœur.
Sauf que bah, c'est pas possible. Pas besoin de justification, je suis et reste Lain, et je revendique mes droits à ne pas me faire emmerder pour rien.
J'ai le droit de les défier du regard, j'ai le droit de les pousser à plus de respect dans leur messe-basse de bas étage, et surtout, mais alors surtout, j'ai tous les droits de me montrer.
Je lève la tête, je continue les jupes, je leur montre le corps qui est le mien, et je les fais baver d'envie. Si vous saviez combien je les fais me désirer sous leur table d'écolier en chaleur. Je sens leur regard sur moi, et je sens combien ils regrettent tous de ne pas m'avoir prêté (ou plutôt à ma sœur) tout l'intérêt qu'elle méritait déjà sans tout le bordel que j'ai foutu…
Et puis, deux jours plus tard, j'ai compris que mon premier objectif avait été atteint.
Je l'ai su, dès lors qu'en sortant de cours de Maths (toujours aussi infernal en passant, anti-bandant à souhait) j'ai vu le groupe de Jensen.
Bon, résumons ; lui toujours aussi beau, à mordre dedans, entouré par une b***e de filles version « caresse-moi » dans l'allure, et trois de ses potes. Et parmi ces trois potes, le dénommé Mike.
Mike glisse quelque chose en souriant à ma proie, celle-ci consent (il était temps) à m'accorder un coup d'œil. Enfin, ce simple coup d'œil suffit déjà à m'électriser, et ce regard franc me transperce de part en part pour m'inciter à une chose. Baisse les yeux, Lain, tu n'es pas de taille, laisse tomber.
…
Hein ? Pas de taille ? Mais allez vous faire foutre, petites voix de merde ! Je fais ce que je veux et ce n'est pas ce timbré de la levrette pour ces dames qui va m'en imposer !
Je le défis donc, prêt à subir l'enfer tant qu'il le faudra avant que l'autre ne laisse tomber.
…
Tel le mec amusé devant le cran d'une biche égarée, Jensen esquisse une moue narquoise qui me donne des envies de meurtres, avant de détourner le regard.
Ahhhh, je vais le tuer ! Pour se prend-t-il ? Je ne suis pas assez bien pour lui ?
-Tu te fais du mal pour rien, lâche calmement Cindy tout en tournant une page de son roman Harlequin « Braises pour toujours »… Tu peux être aussi chaud-lapin que tu le veux dans la peau de Lain, ici, tu n'es qu'Heden. Et ce mec t'a déjà eu…
La sagesse a parlé, je devrai sans doute l'écouter…
Sauf que…
… bah, là on parle de moi. Est-ce que j'ai une tête à laisser la sagesse venir s'imposer à moi !?
…
Aux chiottes tiens !
Le petit Mike m'a vu, ça tombe bien, il semblerait que ce soit non moins que le destin qui m'incite à foncer dans le tas ; parce que lorsqu'il me fait signe d'approcher, je n'y vais pas, j'y cours !
-Alors, me lance l'arbitre à la con de la dernière fois, remise de ta cure de stimulants ?
Moi qui souris, de mon air de prédateur que je fais si bien…
-A toi de me le dire…
Mike éclate de rire, les filles amassées là me dévisagent de bas en haut version « c'est quoi cette fille qui s'y croit ? »
Pour Jensen, je ne saurais dire, puisque je mets un point d'honneur à ne pas lui adresser un coup d'œil. Si vous saviez combien c'est dur pour moi, je rêve de le v****r du regard… mais niet, il doit comprendre qu'il n'est plus rien pour moi…
Mike laisse échapper un éclat de rire avant de s'approcher de moi d'un air complice…
-Toujours sous la dose à ce que je vois. Je préfère ça, ça te réussit bien…Ce soir, continue-t-il, j'organise une teuf chez moi, ça te dit ?
Il hésite un instant, semble vouloir jouer les bons princes…
-Tu peux ramener ta pote si tu veux, mais pas plus, sinon ça va être la folie chez moi…
Mouais, c'est ça. Connaissant le genre, ce sera belle et bien la folie, avec ou sans moi…
D'après ma grande expérience de ce type de soirée préparée à la va-vite, combien vous pariez qu'il y a déjà pas moins d'une trentaine de personnes invitées, sans compter les profiteurs de dernière minute du vendredi soir qui se ramèneront la bouche en cœur ?
-Hmm, je ne pense pas que ce soit mon genre, répondis-je sagement, consciente qu'Heden pêterait un câble si je faisais ça. Peut-être une prochaine fois…
Petit Miki semble déçu, le sourire des autres pouffiasses ne laissent en revanche pas le moindre doute quant à leur soulagement satisfait de vieilles mégères décidées à régner en maitre dans ce lieu de débauche assuré. Pétasses tiens.
-C'est toi qui vois. Je ne force personne…
-Quoiqu'il aimerait bien, souligne l'air de rien le mec près de lui, le même que sur le terrain de foot lorsque j'y repense…
Celui-ci se tourne vers moi, ses beaux yeux bleus-sûrs-de-leur-charme dans les miens.
-Allez, sois pas conne et profite de l'aubaine. C'est pas tous les jours que notre petit Miki propose à une fille. Ramène tes fesses et n'en parlons plus.
Je retiens un sourire face à la franchise placide de l'homme. Il s'y croit, c'est clair… pourtant désolé, mais je n'ai jamais cédé face à une jolie frimousse.
…
Bon ok, c'est faux mais on va faire comme si, et rappeler au passage que je vais vraiment-de-chez-vraiment me faire démonter si je vais à une soirée sans même en avoir discuté pendant un petit siècle ou deux avec Heden pour la persuader du bien-fondé de la manœuvre.
Cependant, p****n que c'est tentant…
-C'est gentil, mais non, j'ai des trucs à faire…
L'autre ne se démonte pas, s'avance comme pour mieux ensorceler sa proie.
-Comme ?
Je lui souris, une manière comme une autre de montrer les dents. Arrière petit agneau, tu n'aimerais pas t'apercevoir que tu fais d'ores-et-déjà partie des proies pour trainer avec celui-qu'il-ne-fallait-pas.
-Beaucoup de trucs… Mais comme je suis une fille, donc chiante, je ne vois pas l'intérêt de t'expliquer, question de principes.
Ou comment clouer le bec d'un mec. Ça marche plutôt bien, car rien ne vient me répondre et seul l'air pincé des filles s'oppose aux sourires de Mike et de l'inconnu. Un imperceptible coup d'œil m'apprend même que ma proie a plissé les yeux et qu'une esquisse de semi-sourire-grimace gagne du terrain.
Bon maintenant, la touche finale…
-Mais je vais y réfléchir, fis-je d'une voix douce et conciliante. Vous verrez bien si je suis là ce soir. Bon j'y vais.
…et je les laisse en plan. Ah… si vous saviez comme je jubile. Aujourd'hui, j'ai tout gagné. Se faire inviter à l'une de ces soirées privées, et refuser ? Du jamais-vu, du grandiose, comme seul petit Lain en est capable. Je gagne du terrain, aucun doute là-dessus.
-Moi, lâche Cindy d'un air pincé lorsque je lui rapporte ce qui vient de se passer. Je dirais plutôt que tu recules. Après tout ça, tu n'es même pas capable d'arriver à échanger un mot avec Jensen… Tu crois aller où avec cette technique à l'ancienne ?
-Je ne te permets pas de critiquer mes techniques de chasse. C'est justement si sophistiqué que tu ne peux rien y comprendre, pauvre créature ignorante.
-Je t'en foutrai de la créature ignorante, je suis bien plus consciente des réalités de ce monde qu'aucun homme ne peut l'être. Et ce que je vois, c'est que concernant Jensen, tu n'es pas plus avancé.
Tss, voilà ce que c'est que d'arriver dans un pauvre lycée reclus, où les techniques de vente de soi sont réduites à un simple appâtage sans la moindre noblesse…
Ce qu'elle ne comprend pas, et que je lui explique d'ailleurs c'est que pour mieux saisir sa cible il ne faut pas toujours y aller en forçant. Parfois, s'approprier l'alentour fait bien plus de merveilles et son petit chiot arrive la langue à terre, prêt à nous servir pour suivre la masse.
Jensen n'est pas différent des autres. Dans le monde de ce pauvre type magnifique, seul compte l'apparence, le sexe, l'argent et les amis. Un vibromasseur social, avec un portefeuille. Voilà ce qu'il est.
Pour le sexe et l'argent, je n'ai rien, puisqu'il m'a déjà pris l'un de ces atouts et l'autre je ne lui donnerai jamais. Reste donc les amis, et c'est là que je le ferai plier. Si tu as les amis, tu as l'homme. C'est aussi simple que ça.
Cindy me regarde d'un air sceptique tandis que nous travaillons en binôme sur la dissection d'une souris en SVT…
-Si vraiment tu es si fort, me demande-t-elle tandis que j'enfile mes gants et m'empare du scalpel avec une excitation de circonstance, alors quelles sont donc ces autres techniques de vente qu'une fille a lors d'une soirée ?
Facile mon enfant… Ecoute donc ta leçon du jour.
D'un geste sadique, j'éventre la souris, vois les entrailles qui se dessinent d'un air ravie.
-Première technique, la plus médiocre à mon goût : le marketing direct. Tu vas voir le mec qui te plait, t'approche, lui dit que tu es bonne au plumard et qu'il a tout intérêt à en profiter.
J'épingle les parois de la souris afin de mieux y voir, écarte le tout pour gagner en visibilité…
-Deuxième technique, plus appréciable quoique très subjective : la pub. Tu vois le mec qui te plait, et tu envoies l'une de tes amies pour lui dire : « Tu vois cette nana, elle est super bonne au plumard. »
D'un coup bien placé, j'enlève les poumons, coupe l'intestin que je déroule avec la plus grande application.
-Troisième technique, la plus couillarde autant qu'ingénieuse à mon sens : le télémarketing.
Haussement de sourcils chez l'autre, moi qui lui explique.
-Tu vois ce même homme qui te plait. Tu t'approches, lui demande son numéro de téléphone. Et le lendemain tu lui dis : « J'suis super bonne au plumard. »
Tandis que j'arrache un a un chaque organe, et que Cindy note d'un air expert chacune des informations dévoilées au gré de mes fructueuses décortications de notre créature, je continue de lui narrer succinctement les autres techniques adoptables.
Technique numéro 4 : le Relationship management. Lorsque tu vois un mec que tu connais. Tu t'approches, tu lui rafraîchis la mémoire, et tu lui dis : « Tu te souviens comment j'suis super bonne au plumard? »
Lorsque j'en arrive à devoir lui couper les parties génitales (notre cobaye est un mâle, ça tombe bien, et je mets du cœur à l'ouvrage tandis que je recueille le tout) je lui fais part de l'avant dernière technique de vente, celle que j'ai coutume d'employer d'ordinaire. Le merchandizing.
Technique ô combien subtile, il s'agit de s'approcher, et de lui dire que l'on est super bonne au plumard tout en lui montrant ses seins.
Cindy semble choquée, je lui explique qu'il s'agit de métaphore ici. Non, je ne souffre pas encore de schizophrénie, et je lui prie de croire que pour appâter mon repas, j'ai autrement de choses plus intéressantes à montrer lorsque cela me prend.
Bah quoi ? Pourquoi est-elle plus choquée encore ? Bah, chochotte va ;
-Et alors, souffle-t-elle tout bas tandis que je me prépare à arracher le cœur (une tache risquée, où la moindre erreur peux réduire en charpie l'organe sans possibilité de retour possible) quelle est cette dernière technique ?
-C'est ma préférée, lâché-je les yeux rivés sur mon chef d'œuvre macabre. Celle que j'emploierai ici. Le pouvoir de la marque.
Surprise chez l'autre, moi qui m'en lèche les babines d'avance.
-Lorsque Jensen s'approchera de moi, vois-tu, je serai là, et lorsqu'il me dira : j'ai entendu dire que t'es super bonne au plumard, je le mangerai tout cru.