Bien souvent la justice est réduite à s’avouer vaincue. Elle est persuadée qu’elle a trouvé le coupable ; la logique le lui montre, le bon sens le lui indique, et cependant elle doit renoncer aux poursuites faute de témoignages suffisants. Il est malheureusement des crimes impunis. Un ancien avocat général avouait un jour qu’il connaissait jusqu’à trois assassins riches, heureux, honorés, qui, à moins de circonstances improbables, finiraient dans leur lit, entourés de leur famille, et auraient un bel enterrement avec une magnifique épitaphe sur leur tombe. À cette idée qu’un meurtrier peut éviter l’action de la justice, se dérober à la cour d’assises, le sang du père Tabaret bouillait dans ses veines, comme au souvenir d’une cruelle injure personnelle. Une telle monstruosité, à son avis


