Jack
Il est 21 H et je sors à peine du bureau. Je suis encore plus sur les nerfs, à cause de cette idiote d'assistante. Elle a failli me faire perdre des centaines de milliers de dollars. Niveau incompétence, elle a tout gagné. Elle a de la chance que je ne frappe pas les femmes. Enfin, je l'ai viré, c'est un point positif.
Je me présente, Jack POWEL 35 ans. J'ai hérité de mon père une entreprise au bord de la faillite et, à force de travail et d'acharnement, j'en ai fait un empire. Mes sœurs Phany et Gwen des jumelles de 30 ans vivent en Australie. Elles ont chacune leurs affaires. Phany est créatrice de mode et Gwen, agent artistique. Je suis dans la télécommunication militaire et l'import, export. Aujourd'hui, j'avais un énorme partenariat à signer avec une grosse entreprise japonaise. Mon assistante avait mélangé les documents et oublier d'organiser le rendez-vous. Heureusement que j'ai eu au téléphone l'assistant de LY Pen, le Directeur de l'entreprise.
Au final, tout est réglé. Je ne supporte pas la médiocrité au travail et ils le savent, ils connaissent les répercutions. Je n'étais pas aussi dur et catégorique. Mais il y a 2 ans maintenant, j'ai vécu quelque chose qui m'a endurci. Je ne fais plus confiance à qui que ce soit, sauf mes petites sœurs bien évidemment. Je sors du bâtiment et Nathaniel, mon chauffeur, m'attend déjà.
- Bonsoir Monsieur,
- Bonsoir Nathaniel, à la maison s'il te plaît.
- Bien Monsieur.
Nous prenons la route et je sais déjà que je vais encore passer une nuit blanche. Depuis cette nuit-là, je suis devenu un autre homme. Mes nuits sont courtes à cause de nombreux cauchemars, je passe donc d’innombrables soirées dans mon bureau à traiter des dossiers. Nous passons l'allée de cocotier et arrivons à mon manoir. Normalement, à cette heure tardive, il ne reste plus personne. Le personnel est déjà parti. Je suis donc tranquille chez moi. Je passe l'entrée et me dirige vers le bureau. J'ai récemment fait réaménager les pièces du bas. J'en avais assez de descendre les escaliers jours après jour, donc la pièce qui se trouve juste à la sortie du salon, avant le bureau est devenu une chambre, même si je ne l'utilise que très peu. Ainsi, quand mes sœurs viennent à la maison, elles ont l'étage pour elle et je peux déambuler tranquillement le soir.
J'ai pris une douche bien rafraîchissante après avoir mangé ce que Martha, ma gouvernante m'avait préparé. Elle travaille pour notre famille depuis plus de 10 ans, c'est une vrai Mama Italienne. J'ai tourné en rond durant un bon moment. Il est presque 2 H du matin et je n'ai pas envie de travailler ce soir. Je me sers un verre de Cognac, m'installe dans mon canapé et prends la télécommande de la mini-chaîne. Il n'est pas courant que je l'allume, mais il faut bien des exceptions.
Je savoure mon verre en cherchant une station potable à cette heure. Ce n'est que lorsque je termine mon verre que j'entends une voix douce et chaleureuse qui m'enveloppe et m'apaise. C'est une sensation plus qu'étrange.
- Amis du soir, bonsoir, c'est Tina. J'espère que vous allez bien mes chers noctambules. Ce soir, dans ' La parole est à vous ' nous allons aborder les thèmes de l'angoisse et la solitude. Prenez vos téléphones venez partager avec nous vos expériences, vos peurs et essayons de soulager un peu vos craintes et vos maux afin que cette nuit soit plus douce. Ce soir, je serai votre hôte. Venez discuter avec moi de ce qui vous angoisse. Laisser vous aller ce soir pour libérer un peu votre cœur et votre âme.
Cette femme à un don, comment puis-je me sentir aussi serein rien qu'en entendant une voix. Et pourtant, j'ai envie de l'entendre encore et encore. Mes angoisses semblent s'amenuiser alors que je me concentre sur la douceur et la sensualité qui marque son intonation. J'allonge les jambes et ferme les yeux pour ne me concentrer que sur sa voix et sans que je ne m'en rende compte, je m’endors.
Je suis réveillé par Martha qui passe sa main dans mon dos et je me demande ce qu'elle peut bien faire ici à cette heure tardive.
- Il mio bambino (mon enfant), pourquoi t'es-tu endormi ici ?
- Que racontes-tu Martha ? Quelle heure est-il d'ailleurs ?
- Mio figlio (mon fils), il est 6 H du matin voyons. Tu as enfin pu dormir ? Che gioia (quelle joie).
Je suis ahuri. Pour la première fois depuis 2 ans, j'ai réussi à fermer les yeux quelques heures sans faire de cauchemars. Je me sens reposé comme si j'avais dormi toute la nuit alors qu'en réalité, j'ai dormi presque 4H. Qui est cette femme, un ange ou une sorcière? Quoi qu'il en soit, je vais devoir renouveler l'expérience pour vérifier si c'est vraiment grâce à elle, et ça, pas plus tard que ce soir. Je n'ai pas retenu le nom de l’émission, mais je connais l'heure et son prénom, Tina. Je regarde sur quelle station j'ai laissé la mini-chaîne et cache la télécommande pour que personne n'y touche en mon absence. Martha me questionne du regard, mais je n'ai aucune réponse à lui apporter. Je sors de la pièce avec des interrogations pleins la tête.
J'arrive à mon entreprise calme et serein. Je ne me souviens pas de quand je me suis senti dans un tel état de plénitude. Je ne suis pas le seul à me poser la question, je vois du coin de l’œil des employés me regarder comme s'ils venaient de voir un fantôme. Je leur aurai bien crié dessus pour qu'ils retournent au travail, mais ce matin, je n'ai pas envie de m'énerver. Je veux encore profiter de ce sentiment. Je monte dans mon ascenseur privé et regarde mon reflet. Je souris ! Je comprends mieux les regards insistants. Malheureusement, je sais que ça ne va pas durer. J'ai une réunion de service dans deux heures et au vu des résultats, des têtes vont tomber...
Tina
Je suis réveillée par des léchouilles de Cookie. Elle semble très en forme aujourd'hui. J'appuie sur le bouton de ma montre pour connaître l'heure.
- Il est 11 H.
- Quoi ? Cookie pourquoi tu me lèves aussi tôt ? Ça ne te ressemble pourtant pas.
Des coups à la porte répondent à ma question. J’espère vraiment que c'est important, sinon, je vais commettre un crime. Je cherche ma canne de la main et une fois que je l'ai trouvé, je me dirige vers l'entrée. Un autre coup se fait entendre.
- J'arrive ! Il va vous falloir être patient, qui que vous soyez.
- Nana, tu es là ?
Nana, très peu de personnes m'appellent ainsi et ce sont en général mes proches. C'est une voix masculine alors ça ne peut être qu'une personne, vu que Mike est à la radio.
- George !
- Dieu merci, tu es là, ouvre moi vite cette porte.
George est mon frère. C'est le fils de Jeanne. Nous avons le même âge. Je pensais que mon arrivé chez lui aurait été difficile, mais il m'a fait tout de suite me sentir à l'aise. Il a toujours été présent pour moi. J'ai vraiment eu de la chance d'avoir rencontré cette famille. Il est marié et espère bientôt avoir un enfant.
- Mais qu'est-ce que tu faisais enfin. Voilà plus d'une heure que j’essaie de te téléphoner et 20 minutes que je frappe à ta porte.
- Tu sais que j'ai travaillé cette nuit et que la notion de sommeil est essentielle pour moi ? Tu peux dire merci à Cookie, sinon je dormirais encore.
- En général, tu réponds à mes appels, j'ai eu peur.
- Peur de quoi. Je travaille dans mon immeuble et pour y entrer, il faut un code. J'ai le meilleur chien de garde avec moi. Que veux-tu qu'il m'arrive ? C'est pour ça que tu es là ?
- Tu as encore oublié Nana. Nous sommes quel jour aujourd'hui ?
- Oublier quoi au juste ? Nous sommes mercredi.
- Quel mercredi ?
- Et si tu me le disais tout simplement.
- Et louper le spectacle qui va suivre ? Tu rêves. Allez, réfléchis bien.
- Tu me fatigues George, quel mercredi, quel mercre.... Ho non !
- Voilà, ça te revient. C'est cette tête que je voulais voir !
- Zut, Jeanne va me tuer.
- Arrête de l'appeler Jeanne. Maman va t'arracher la tête et tu le sais.
- Tu vas me dénoncer ?
- Ne me tente pas Nana. Aller, va te préparer avant que nous n'arrivions en retard au déjeuner mensuel de maman.
- Merci George, tu me sauves la mise.
- Je sais, comme chaque mois ! Aller, Go.
Je me dirige vers ma chambre pour me préparer. Comme nous ne nous voyons plus aussi souvent avec nos emplois respectifs, Jeanne a eu la brillante idée de nous imposer un déjeuner au restaurant chaque deuxième mercredi du mois. J'ai eu la malchance d'en oublier un il y a six mois. Je le paye encore, et je pense que je vais en entendre parler pendant quelques mois encore. Si mon frère n'était pas venu me réveiller, je pense qu'on m'aurai érigé une pierre tombale. Enfin, je sens que la journée va être longue, je n'ai même pas encore fini de préparer mon émission de ce soir...