Promiscuité souterrienne

1498 Mots
La salle commune se vide peu à peu sans qu’il ne reste personne, à part Nora qui souhaite rester. Matthew lui fait alors signe de quitter la pièce car il a besoin de parler seul à seul avec moi. Je me demande bien ce qu’il veut me dire, mais bon je suis toujours tout ouïe pour l’écouter.      J’aperçois alors Nora verte de jalousie, son visage de haine se décompose à mesure qu’elle s’approche de la sortie. Elle n’arrête pas de se retourner dans ma direction et de me jeter des regards rageux qui me mitraillent de toute part.      Je n’y prête pas plus attention, j’ai autre chose à faire que de me préoccuper de ses petites guéguerres à trois francs six sous. Elle sort en claquant la porte avec fracas derrière elle, son mécontentement grondant comme l’orage dans le ciel et palpable dans l’air.      Matthew se dirige alors vers moi et se met à ma hauteur pour me parler plus facilement. On se regarde droit dans les yeux puis il prend la parole : « - Ecoutez, c’était très courageux de votre part de parler de ces moments très difficiles pour vous devant foule. Je ne m’y attendais vraiment pas et ça doit être très dur pour vous d’en parler devant tant de gens dont vous ne savez rien. Surtout quand on voit comment ils se sont rués sur vous comme des chiens enragés et vous ont insulté de tous les noms d’oiseaux possibles et imaginables. Ils ne se comportent jamais comme ça d’habitude, j’ai été tellement choqué de leurs comportements. Si je n’avais pas été là, qui sait ce qu’ils vous auraient fait…  Je n’ose même pas imaginer, on aurait dit des bêtes sauvages sans une once d’humanité en eux. Veuillez leur pardonner de ma part s’il vous plait. Mais même à cause de cela vous n’étiez pas obligé de leur parler de votre traumatisme… -         Je vous remercie de votre sollicitude et j’avoue que j’ai eu très peur pour ma vie sur le moment. Ça m’a rappelé ces mauvais souvenirs mais vous étiez là et vous êtes intervenu, c’est le plus important finalement. Et je sais bien que je n’étais pas obligé de parler de tout ça, mais je pense qu’il le fallait malgré moi. Car pour que la communauté souterrienne puisse me faire confiance et savoir que je suis une humaine normale, tout comme eux, je devais en passer par là. Je devais leur expliquer ce que j’ai enduré pour qu’ils m’acceptent plus facilement parmi eux, mais aussi pour servir la cause commune qui est la nôtre : anéantir les extraterrestres ! Ils devaient voir que les aliens sont une réelle menace pour nous tous, plus que ce qu’ils n’auraient crus auparavant. Et rien de mieux comme preuve que d’entendre mon histoire et de me voir dans un état si pitoyable… -         Ne dites pas cela, je vous l’interdis formellement ! Ils vous auraient fais confiance d’une manière ou d’une autre tôt ou tard. Ce n’est qu’une question de temps ! Ils ne sont pas si horribles que ça une fois qu’on les connait mieux vous savez… me réconforte-t-il comme il peut. Même s’ils ont été pu paraître brusques et violents, ils ne le sont pas du tout. -         Je sais bien tout cela, je le sais parfaitement. Néanmoins, je devais le faire. De plus, du temps : nous en manquons cruellement. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire traîner les choses encore longtemps. Car je sais qu’ils vont finir pas nous retrouver, par me retrouver, bientôt. Je le sens au tréfond de moi, c’est viscéral, j’ai comme un mauvais pressentiment… Ce n’est plus qu’une question de temps… Il faut agir tant que nous le pouvons encore, car une fois tombés entre les mailles de leurs filets, nous serons sous leur contrôle absolu et totalement impuissants à cause de l’implant cérébral forcé qu’ils nous foutront dans le crâne. Et là, il sera déjà trop tard, il faut que nous nous battions tant que nous sommes encore en pleine possession de nos moyens et de notre volonté. Puis mes filles m’attendent là-haut, je ne veux pas rester ici sous terre une semaine de plus sans elles… Je crains trop pour leurs vies et leur propre sécurité… -         Oui je comprends très bien votre point de vue ainsi que les motivations qui vous animent… Mais nous devons rester les pieds sur terre et agir calmement, chaque chose en son temps… Je sais à quel point vous tenez à vos filles. Mais vous devez avant tout penser à vous pour le moment et reprendre des forces, pour pouvoir aller les chercher et vous battre correctement. Je ne pense pas qu’elles seraient heureuses de vous voir dans cet état-là, ni d’accord. Suppose-t-il. La guerre est loin d’être gagnée et la bataille s’annonce très périlleuse et dangereuse. Nous risquons de perdre beaucoup de vies humaines si nous fonçons tête baissée tout droit dans la gueule du loup. Il nous faut être très prudents et très stratégiques pour pouvoir réussir à sauver vos filles, mais également tous nos malheureux compagnons surfaciens restés sous le joug malfaisant des aliens là-haut. D’ici là, nous réussirons vous verrez… ne vous inquiétez pas, tout ira bien pour elles comme pour nous. Mais en attendant, il faut vous reposer correctement. Je vous kidnappe plusieurs minutes, nous allons aller nous dégourdir les jambes et nous aérer l’esprit. Ça vous fera le plus grand bien à vous comme à moi… De plus, ça vous fera oublier ne serait-ce qu’un petit peu la mésaventure gênante de ce matin. -         Oui vous avez parfaitement raison, je dois moins m’en faire pour elles. Elles doivent être en sécurité chez leur père à présent. Il faut que je guérisse au plus vite pour pouvoir aller les retrouver sereinement, elles m’en voudraient de me voir comme ça. Et comme vous dites, la guerre est loin d’être gagnée, il faut que je récupère toutes mes forces si je veux pouvoir vous aider à les vaincre. Je suis d’accord avec vous, allons faire un tour, ça nous fera le plus grand bien ! »     Les paroles réconfortantes de Matthew me redonnent du baume au cœur. J’ai de nouveau confiance en moi et rempli d’espoir pour la suite des évènements. Il se redresse subitement et se place derrière moi, pour pousser manuellement mon fauteuil aéroporté.      De temps en temps, le savoir-faire humain d’huile de coude mêlé à la solidarité et à l’autonomie de la personne, ne fait pas de mal. Nous partons en direction des champs et des vergers alentours dans les catacombes de la Tanière.      Tout en marchant, nous discutons de l’avenir de l’humanité et de celui des souterriens. Nous sommes tous les deux sur la même longueur d’ondes et nous pensons à la vie de la même façon. Nous avons plus de points en commun que ce que je ne pensais.      Nous avons également la même vision du monde qui nous entoure. La journée passe à une vitesse folle et il est l’heure de déjeuner. Nous mangeons donc, tous ensemble avec les souterriens qui commencent tout juste à m’accepter parmi eux.      Je sens encore les regards inquisiteurs et haineux de certains membres de la fratrie souterrienne me détailler de part en part. Avec un faciès désapprobateur s’affiché sur leurs visages dès qu’ils me voient, puis ils détournent les yeux de moi avec dédain et mépris.      Mais ce n’est pas grave, une grande partie commence à s’adoucir avec moi et à me traiter avec égard et plus de respect que je n’en attends de leurs parts. Nous mangeons tous dans le calme et la joie de vivre les plus absolus et la journée se déroule sans heurt jusqu’au soir, où Matthew me ramène à ma chambre de blessé de guerre.      La vie reprend tranquillement son court et son rythme quotidien parmi les sempiternels dédales de souterrains composés des couloirs incommensurables des catacombes. Les jours puis les semaines défilent à un rythme effréné sans que je ne les vois passer…
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