IJohnny Rosko, commandant à la Police Judiciaire de Vannes, menait de nouveau une enquête criminelle. Le parquet, par le biais du procureur de la République avait ouvert une instruction et son équipe avait été chargée de l’enquête.
C’était le deuxième crime, au mode opératoire identique, qui venait d’être commis sur la commune de Grand-champ. Le premier concernait un cadavre retrouvé à Vannes, dans un bosquet de bambous, non loin du Palais des Arts. Il reste à Vannes de ces espaces verts improbables, uniquement remarqués par des yeux exercés ou des habitués des lieux. Il s’agissait d’un homme d’une soixantaine d’années qui avait été poignardé, un seul coup de lame porté au cœur. Selon le médecin légiste, il était mort sur le coup.
Julien Destrac, son fidèle lieutenant, avait commencé l’enquête de voisinage, qui avait mené les policiers dans le centre-ville, dans une maison à colombages, non loin de la cathédrale. Laurent Fertiche assurait les fonctions de diacre et était bien vu, selon les autorités ecclésiastiques interrogées. Il était âgé de soixante-dix ans, veuf depuis cinq ans et il avouait une liaison avec une femme dont le mari occupait une fonction en vue dans l’agglomération. Pour l’instant, il restait discret la concernant.
Pendant une bonne partie de sa carrière, il avait été aide-soignant et les enquêteurs avaient tout juste commencé à retracer son parcours professionnel. Le relevé de son portable, la fadette, indiquait qu’il avait répondu à un rendez-vous en milieu de nuit qui l’avait conduit vers son assassin et vers sa mort. L’appel émanait d’une carte prépayée, donc anonyme, on ne pouvait ainsi connaître l’appelant.
Rosko émit une sorte de borborygme au téléphone, quand la gendarmerie de Grand-champ lui annonça qu’on venait de trouver un nouveau cadavre sur leurs terres et qu’au vu des premières constatations, la mort pouvait intéresser le « collègue policier de Vannes », puisque toutes les forces de l’ordre avaient été alertées sur le premier assassinat.
Alexandra Cormier – La Trompette, nouvelle recrue venant d’arriver sur Vannes – l’accompagnait et ils furent reçus par l’adjudant Leprince de la gendarmerie de Grand-champ. C’était une personne corpulente qui avait peine à parler, le souffle en partie coupé par son obésité. Il connaissait Rosko de réputation et il lui fit des marques d’admiration qui laissèrent le commandant insensible.
— Venez-en aux faits, c’est cela qui m’intéresse.
L’autre cessa toute lècherie et se concentra sur le cadavre. Celui-ci avait été retrouvé à un kilomètre du bourg de Grand-champ, sur la route de Moustoir-Ac, non loin de la maison où avait eu lieu une affaire qui avait défrayé la chronique, mais il fallait se garder de toute conclusion hâtive.
Paul Fétan se lança, impressionné tout de même par l’importance du bonhomme qui se tenait penché sur le corps sans vie.
— Laura Calmont, 65 ans… une infirmière libérale à la retraite, appréciée de tous ici, où elle a exercé pendant une vingtaine d’années avant de prendre sa retraite. Elle habitait dans le centre-ville, près de la place. Le médecin précise qu’elle est morte d’un seul coup de couteau porté au cœur.
L’adjudant donna d’autres détails que les deux flics engrangèrent. Rosko demanda son avis à Alexandra Cormier, tandis qu’ils perquisitionnaient au domicile, en présence du mari effondré.
— À part le mode opératoire identique, pour l’instant, on ne note pas de points communs entre les deux victimes.
Elle renvoya la question à son chef :
— Tu crois à un tueur en série ?
— Il est trop tôt pour se prononcer, pour l’instant, on n’en est qu’à deux, si j’ose dire. Elle sourit de cet humour premier degré. Le point commun peut être le milieu médical, un aide-soignant à Vannes, une infirmière ici, tu vas t’en occuper. Je veux ton rapport détaillé sur mon bureau dans trois jours.
Il voulait tester la nouvelle recrue, voir ce qu’elle avait vraiment dans le ventre, si elle ne répugnait pas à la paperasserie, lui si, donc quitte à la mettre là-dessus, si la dureté du terrain la rebutait. Il la laissa interroger Maurice Calmont.
— Non, je ne lui connaissais aucun ennemi, elle était bien vue par tout le monde, une infirmière, pensez… Nous nous sommes rencontrés il y a une dizaine d’années et nous étions très heureux en ménage. Que vais-je devenir maintenant ?
La fliquette ne put répondre à cette question et le cuisina un bon quart d’heure, avant que les deux policiers ne lèvent le camp. Selon les dires de Rosko, ils n’étaient pas au bout de leurs peines.