Chapitre 2 — Le retour de celle qu’ils ne reconnaîtront pas

968 Mots
La respiration d’Avalina était encore irrégulière, mais son regard, lui, était parfaitement stable. Trop stable. Assise au bord du lit, elle fixait ses mains comme si elles appartenaient à quelqu’un d’autre. Pas une seule fois, elle n’a paniqué. Pas une seule fois, elle n’a crié. Parce qu’au fond… elle savait. Ce n’était pas un rêve. Ce n’était pas une illusion. C’était une seconde vie. Une seconde chance. Ses doigts se refermèrent lentement. La chaleur de sa peau. Le rythme de son cœur. La légèreté de son corps. Tout était réel. Avant la maladie. Avant les humiliations devenues insupportables. Avant les nuits passées seule dans un lit trop grand. Avant de mourir en attendant quelqu’un qui ne viendrait jamais. Un léger souffle s’échappa de ses lèvres. — Donc… c’est ici que tout recommence. Sa voix était calme. Presque indifférente. Mais au fond d’elle, quelque chose brûlait. Pas de la douleur. Pas de la tristesse. Non. Quelque chose de plus dangereux. De plus froid. Elle se leva lentement, ses pieds touchant le sol avec une assurance nouvelle. Elle se dirigea vers le miroir, comme attirée. Son reflet la fixa. Plus jeune. Plus douce. Plus… naïve. Ses doigts effleurèrent son visage. — Tu étais vraiment pitoyable… Aucune haine dans sa voix. Juste un constat. Elle se souvenait de tout. De chaque regard ignoré. De chaque mot blessant. De chaque moment où elle avait choisi de se taire. Pourquoi ? Pour un homme qui ne l’aimait pas. Un rire bref, sec, lui échappa. — Ridicule. Un bruit soudain la tira de ses pensées. Des pas dans le couloir. Puis une voix. — Madame ? Êtes-vous réveillée ? Une domestique. Avalina ferma les yeux une fraction de seconde. Oui. Elle se souvenait. Cette journée. Le début. Le point de départ de tout ce qu’elle avait enduré. Ses yeux se rouvrirent. Froids. — Entre. La porte s’ouvrit doucement. La jeune femme entra avec précaution, visiblement surprise de la voir déjà debout. — Madame, vous êtes levée ? Vous devriez vous reposer, Monsieur a demandé à ne pas être dérangé ce matin— Avalina tourna lentement la tête vers elle. Et la domestique se figea. Quelque chose avait changé. Ce regard… Il n’était plus le même. — Prépare-moi une tenue, dit Avalina simplement. — Pardon ? — Je sors. Le silence tomba. — Mais… Madame, vous n’avez rien de prévu aujourd’hui, et Monsieur— — Je n’ai pas demandé son avis. Sa voix était douce. Mais tranchante. La domestique baissa immédiatement les yeux. — Bien… Madame. Lorsqu’elle quitta la pièce, Avalina détourna le regard. Son cœur n’avait pas accéléré. Pas une seconde. Autrefois, elle aurait hésité. Elle aurait réfléchi. Elle aurait attendu une permission implicite. Maintenant ? Elle n’attendrait plus rien. Jamais. Quelques minutes plus tard, elle descendit les escaliers. Chaque pas était mesuré. Élégant. Maîtrisé. Dans le salon, plusieurs regards se tournèrent vers elle. Sa belle-mère. Son beau-père. Et… Elle. Le premier amour. Assise comme si elle appartenait déjà à cette maison. Comme si Avalina n’existait pas. Comme dans ses souvenirs. Un instant suspendu. Dans sa première vie, son cœur se serait serré. Elle aurait baissé les yeux. Elle aurait encaissé. Pas aujourd’hui. Le regard d’Avalina glissa sur eux sans s’arrêter. Comme s’ils n’étaient rien. Sa belle-mère fronça immédiatement les sourcils. — Avalina. Un ton sec. Autoritaire. — Tu es enfin levée. Aucune réponse. Avalina continua d’avancer. — On ne t’a pas appris à saluer ? Elle s’arrêta. Lentement. Puis tourna légèrement la tête. — Si. Un silence. — Mais seulement les personnes qui en valent la peine. L’air sembla se figer. La jeune femme assise releva légèrement la tête, intriguée. Sa belle-mère pâlit. — Comment oses-tu— — Je sors. Elle ne criait pas. Elle ne tremblait pas. Elle annonçait. C’était tout. — Tu n’as pas cette liberté dans cette maison. Cette fois, Avalina se tourna complètement. Et son regard croisa celui de son beau-père. Puis celui de la femme. Puis… Celui de son mari. Debout dans l’embrasure de la porte. Silencieux. Comme toujours. Le temps sembla ralentir. Dans une autre vie, ce regard l’aurait détruite. Aujourd’hui… Il ne provoquait rien. Rien du tout. Ses yeux restèrent posés sur lui une seconde. Deux. Puis elle détourna le regard. Comme s’il n’était qu’un inconnu. Un détail. Et elle avança. — Arrête-toi. Sa voix. Froide. Habituelle. Mais cette fois… Avalina s’arrêta. Pas par obéissance. Par choix. Elle tourna légèrement la tête. — Oui ? Un simple mot. Mais quelque chose clochait. Il la regardait. Vraiment. Pour la première fois. Ses sourcils se froncèrent imperceptiblement. — Où vas-tu ? Un silence. Puis ses lèvres s’étirèrent légèrement. Pas un sourire. Quelque chose de plus subtil. — Dehors. — Avec qui ? Elle le fixa. Longuement. Puis… — Ça ne te concerne pas. Le choc fut immédiat. Visible. Même pour lui. Un silence lourd tomba dans la pièce. Sa belle-mère était figée. La jeune femme observait attentivement. Et lui… Il ne parlait pas. Mais son regard avait changé. Un détail. Infime. Mais réel. Avalina tourna les talons. Et cette fois, personne ne l’arrêta. La porte se referma derrière elle. Et avec ce simple geste… Quelque chose venait de changer. Irrémédiablement. L’air extérieur était frais. Vivant. Rien à voir avec l’atmosphère étouffante de cette maison. Avalina inspira profondément. Une fois. Puis deux. Ses yeux parcoururent la rue. Le monde. Ce monde qu’elle avait traversé sans jamais vraiment exister. Cette fois… Elle allait le prendre. Entièrement. Ses doigts se resserrèrent légèrement. Dans sa première vie, elle n’avait rien construit. Rien protégé. Rien contrôlé. Elle avait vécu pour les autres. Elle était morte seule. Mais maintenant ? Un léger sourire apparut. Froid. Maîtrisé. — Tout va être différent. Elle se mit en marche. Sans hésitation. Sans regret. Sans attache. Derrière elle, une vie s’effondrait déjà. Devant elle… Tout restait à conquérir.
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