12 - FUGARE

1107 Mots
12 FUGAREFleury-Mérogis, prison pour femme. La lourde porte métallique de la cellule s’ouvrit brusquement. – Palmeri, laverie ! La gardienne avait presque aboyé l’ordre. Emma Palmeri n’avait, de toute manière, pas l’intention de se faire prier. Elle attendait impatiemment ce moment depuis la dernière visite de son avocat au parloir. Tout avait été minutieusement préparé pour son évasion. Le circuit électrique des machines à laver de l’établissement pénitentiaire avait été mis en panne. Devant l’accumulation de linge sale, le directeur de la prison avait décidé de faire appel à une société de nettoyage extérieure. Quant à la personne chargée de l’entretien, elle avait été grassement payée pour que ce soit Palmeri qui soit de corvée de ramassage du linge des détenues. Emma sortit dans le couloir où l’attendait un grand chariot en aluminium. Elle le poussa pour se présenter devant chaque entrée de cellule où une taularde jetait ses vêtements à laver. Ceux-ci étaient préalablement enfermés dans des filets munis d’une petite étiquette jaune où figurait le numéro de chaque prisonnière. Les femmes de la prison de Fleury-Mérogis regardaient passer Palmeri avec un mélange de jalousie et de crainte. Jalousie, parce qu’elle avait un régime de faveur au sein de l’établissement et, surtout, en raison de sa grande beauté, bien qu’elle fut d’une taille très moyenne. Elle faisait à peine ses trente-cinq ans et ses formes pulpeuses de Méditerranéenne à la peau mate étaient renforcées par une démarche incroyablement sexy qui ne laissait jamais les hommes indifférents. Lors de son incarcération, elle avait raccourci ses longs cheveux brun foncé, mais cela mettait encore plus en valeur sa bouche charnue et son regard noir profond. Elle avait également un sourire radieux dont elle pouvait jouer quand elle voulait obtenir quelque chose, mais qui pouvait très rapidement être remplacé par des lèvres pincées et une expression agressive. Les prisonnières la craignaient parce qu’elles la savaient protégée par une mystérieuse et puissante organisation mafieuse. Toutes celles qui avaient tenté de s’en prendre à elle, pour une querelle ou une affaire de racket, avaient vite reçu des menaces auprès de leur famille. Même les redoutables gangs féminins de Gauloises, blacks ou beurettes évitaient tout contact avec elle. Emma Palmeri était une intouchable. Elle n’avait d’ailleurs que du dédain pour toute cette population de femmes de basse classe, vulgaires et sans éducation. Elle méprisait en particulier les filles vivant de la prostitution de rue, souvent droguées, et qui exerçaient la plupart du temps leur sordide métier sous l’influence d’un maquereau venu des pays de l’Est. Lorsqu’elle passa devant la cellule numéro 32, la quadragénaire tatouée qui jeta son sac dans le chariot lui lança un regard appuyé. Au milieu des habits roulés en boule devait se trouver l’arme prévue en cas de coup dur. La tournée de linge sale une fois terminée, il ne restait plus qu’à se rendre au garage où le véhicule de la laverie devait attendre pour emporter les vêtements au nettoyage. Parvenue sur les lieux, Palmeri y retrouva une gardienne qui était de mèche. Celle-ci avait été d’autant plus facile à convaincre, qu’il s’agissait d’une femme seule, criblée de dettes et lestée de deux enfants en bas âge. Elle attendait l’arrivée de la prisonnière en se tordant nerveusement les doigts d’impatience. – Faites vite ! J’ai pas envie de me faire pincer… Elle consulta fiévreusement sa montre. – Il est 9 heures 45 et le camion de ramassage du linge se pointe à 10 heures pile. Elle ramassa un manche à balai. – Prenez ça et faites-moi une belle bosse. Il faut que cela ait l’air vrai. La gardienne se retourna en enfonçant instinctivement la tête entre les épaules par appréhension. Palmeri saisit le manche à deux mains et lui asséna un coup de toutes ses forces. La jeune femme s’effondra comme une poupée de chiffon. – Ça fait du bien de se défouler, marmonna-t-elle. C’était pas la plus g***e, mais ça paye pour toutes les autres connasses… Elle prit la montre-bracelet de la surveillante et l’enfila à son poignet. 09 h 47 – Temps restant : 13 min. Avec un air dégoûté, Palmeri plongea les mains dans le chariot à linge pour y rechercher l’arme dissimulée à l’intérieur. Elle trouva rapidement l’objet en question qui avait été enroulé dans un T-shirt. Elle fut dépitée de découvrir qu’il s’agissait d’un banal tournevis dont le bout avait été limé en pointe pour le transformer en poinçon. Elle leva les yeux au ciel. C’est nul ! Ils auraient pu au moins me filer un flingue… Palmeri dissimula l’outil dans son dos en le glissant dans la ceinture de son pantalon de toile et le couvrit de son chemisier. La jeune femme tira ensuite le corps inanimé par les jambes pour le cacher dans un petit local servant l’entreposage de produits de nettoyage. 09 h 50 – Temps restant : 10 min. Elle avait à peine terminé lorsque la porte du couloir d’accès s’ouvrit brusquement derrière elle. – Qu’est-ce que tu fais ici ? Elle reconnut immédiatement la voix de la gardienne en chef et se retourna avec un air aussi naturel que possible. C’était une des plus anciennes gardes-chiourmes de Fleury-Mérogis. C’était un gros tas de viande avec un fessier énorme et un ventre proéminent sur lequel pendaient mollement deux monstrueuses mamelles. Elle avait les cheveux grisonnants coupés en brosse et son allure masculine ne laissait aucun doute sur son homosexualité. – J’apporte le linge à laver, répondit la prisonnière en désignant le chariot du menton. 09 h 52 – Temps restant : 8 min. Le gros tas acquiesça de la tête pour montrer qu’elle comprenait, puis l’air aussitôt soupçonneux. – Elle est où Émilie ? Trouver une explication, vite… – Elle… est partie aux toilettes. Ses gamins lui ont refilé une gastro. L’explication sembla la satisfaire une fois de plus. – C’est que des problèmes les mômes. J’aime pas les gosses, tous des chieurs… Mais c’est pas une excuse. Je l’engueulerai à son retour. Elle n’aurait pas dû te laisser seule. Elle devait appeler une autre gardienne. Savent pas bosser ces jeunettes… C’est à ce moment que Palmeri aperçut sur le sol la casquette de la surveillante qu’elle avait oublié de ramasser. L’autre se rendit compte de son expression inquiète. – Qu’est-ce qui se passe ? T’as l’air bizarre… Palmeri prit un air malheureux. Un air de femme enfant triste qui marchait toujours avec les hommes. – Rien. Je me sens un peu déprimée, c’est tout. Un petit coup de blues, mais ça va aller… La gardienne en profita aussitôt. – T’as pas le moral ? Faut faire des câlins, alors… Il n’y a rien de tel… 09 h 54 – Temps restant : 6 min. La g***e sautait sur la moindre occasion. Elle savait qu’à l’extérieur de la prison sa laideur ne lui permettait pas d’attirer des femmes dans son lit, et encore moins une belle… – J’ai l’impression qu’il y a une éternité que tu ne m’as pas fait de bisous. Je vois bien que tu cherches à m’éviter. L’expression de son visage épais et couperosé se durcit. – Tu veux que je te punisse ? Un petit séjour au mitard te plairait ?… Elle avança sa main droite pour caresser les cheveux noirs de Palmeri, puis glissa rapidement vers son sein gauche qu’elle malaxa fortement pour lui faire volontairement mal. Elle la saisit ensuite par la nuque pour l’embrasser goulûment. 09 h 56 – Temps restant : 4 min.
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