Chapter 7

908 Mots
  Je n'ai rien dit.   Cary gardait un air posé, mais un petit pli de gêne apparut au coin de ses yeux.   Son téléphone vibrait sans arrêt. Appels, visios... puis une avalanche de messages s'afficha à l'écran, intrusifs, insistants.   "Tu comptes pas répondre ?" ai-je demandé.   Cary finit par saisir le téléphone, l'éteignit sans même regarder l'écran, et le relança négligemment sur la table de nuit.   Il posa sa main sur mon front. "T'es encore un peu chaude. Rendors-toi, je reste là."   Je me tournai de l'autre côté et fermai les yeux.   Une heure plus tard, ma respiration s'était calmée.   Cary reprit le téléphone, l'alluma, et passa sur le balcon. J'entendis sa voix, basse et rapide : "Ça va ? Panique pas, j'arrive bientôt..."   Puis il revint, attrapa une veste et sortit.   Dès que la porte se referma derrière lui, j'ouvris les yeux.   Je ne m'étais jamais vraiment endormie.   Je savais même plus pourquoi je tenais encore. Quand un homme te zappe, c'est comme un fruit pourri de l'intérieur, ça empire juste avec le temps.   Il est revenu vers quatre heures et demie du mat.   Me voyant semblant dormir, il souffla de soulagement. Sa main frôla mon front : plus de fièvre.   Il se dirigea vers la salle de bain.   Un moment plus tard, il ressortit en peignoir, se glissa sous la couette, et m'enlaça doucement par la taille.   Une fois qu'il s'endormit, je soulevai délicatement son bras, me redressai. Mon regard tomba sur lui. Ce visage toujours aussi parfait. Ses lèvres, sa mâchoire dessinée... et puis je vis cette trace, des marques de morsures à peine visibles le long de sa clavicule.   J'ai eu l'impression qu'on m'avait planté un couteau en plein cœur.   Mon regard se remplit de dégoût devant ce corps marqué par une autre.   À ce moment précis, une pensée folle m'a frôlée. Si je lui plaquais un oreiller sur la tête... tout serait fini.   ***   Cary m'a trouvée dans la cuisine.   J'avais mis un tablier et je préparais le petit dej pour deux.   "Viens manger," lui ai-je dit.   "Ta fièvre vient à peine de tomber. T'aurais dû rester au lit, te reposer." Cary s'approcha et voulut toucher mon front, mais je me penchai discrètement de l'autre côté.   "C'est qu'un petit rhume, rien de grave." J'ai retiré le tablier et me suis posée à la table.   Cary regarda sa main restée en l'air, un peu paumé.   "Faut que je te parle de quelque chose," ai-je dit.   "Je t'écoute." Il but une gorgée de jus.   "J'ai envie de démissionner." Il resta sans voix. Avant qu'il ait le temps de demander pourquoi, j'ai souri et enchaîné, "Ces dernières années, j'ai bossé comme une dingue. J'en peux plus. Je me dis que c'est peut-être le moment de jouer les femmes entretenues bien tranquilles."   Cary plissa les yeux, essayant de deviner si je blaguais. "Sérieusement ? Tu fais pas une vanne ?"   "Est-ce que j'ai l'air de rigoler ? Tu me prends pour une maso qui connaît pas le sens du mot 'relax' ?"   Il réfléchit quelques secondes, puis hocha la tête. "Okay, si tu veux rester à la maison, ça me va. On devrait de toute façon commencer à essayer pour un bébé."   Je lui fis juste un sourire sans répondre.   Ouais, bien sûr. Rester enfermée chez moi à pondre pendant que Monsieur va retrouver chaque nuit sa petite V adorée ? Dans tes rêves.   "Une fois ma démission posée, je pars en Europe avec Portia. Ça fait une éternité que j'ai pas voyagé."   "Portia sera pas trop prise avec le taf pour t'accompagner ?"   "Elle est overbookée. Mais pour moi, elle trouvera le temps." J'ai répondu tout en douceur.   Cary resta silencieux un moment, l'air un peu soulagé. "Un voyage ferait du bien. Je m'occupe de tout. T'auras rien à gérer. Juste à te détendre et profiter."   Je gardai mon sourire tranquille, sans rien ajouter.   Parfait : occupe-toi des réservations, et moi je m'occupe de pas revenir.   À cause de l'hématome bien visible sur mon front, j'ai prolongé un peu mon congé. J'avais pas envie qu'on me voie débarquer au bureau en mode victime, surtout pile au moment où je lâchais tout.   Avec plus de temps libre, j'ai commencé à trier mes affaires. Fringues, chaussures, sacs... tous ces petits trucs à moi. Chaque jour, je transférais quelques affaires dans mon nouveau chez-moi.   Un carton aujourd'hui, un autre demain. L'armoire devenait de plus en plus vide. Quiconque regardait un peu aurait capté.   Mais Cary, lui, ne voyait rien.   J'ai même cramé nos photos de mariage dans le jardin. Et lui, même pas un regard. Trop occupé à ricaner devant son téléphone, à taper ses messages comme si de rien n'était.   S'il avait juste levé la tête une seule fois...   Je suis restée là, le fixant à travers la vitre.   C'est seulement quand la flamme du briquet m'a brûlé le doigt que je l'ai lâché.   Le feu a tout pris d'un coup, les images trempées d'essence se transformant en éclats dansants. Nos visages souriants, le mien heureux, le sien plein de tendresse... tout s'est tordu, fondu, pour finir en cendres.   Une gêne brutale m'a serré la poitrine. Les yeux embués, j'ai regardé les cendres s'envoler.   "T'étais en train de brûler quoi ?" Cary, enfin alerté, sortit.   Je levai la tête, ravala tout ce que je ressentais.   "Rien d'important," ai-je répondu posément. Je me tournai vers lui, les yeux un peu rouges mais le sourire léger. "Juste un vieux truc inutile."
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER