III Le peintre Martin, non plus, ne manquait pas de talent. Il excellait à rendre les roses de la viande porcine et le poil toujours mouillé de coups de langue des veaux nouveau-nés. Les connaisseurs admiraient les luisants exquis de ses groins et les humidités délicates de ses mufles. Il possédait de la courbe en tire-bouchon que prend, dans les moments de joie, la queue du compagnon de saint Antoine, un sentiment très juste et très personnel ; il n’avait pas de rival non plus dans le rendu des monticules frontaux par lesquels s’annoncent les futures cornes des bœufs en bas âge. Mais il ne fallait pas le sortir de là. Une fois, par ambition de la croix, il avait voulu faire le portrait du député de son arrondissement. Tout le monde se bouchait les oreilles devant l’image, craignant que c


