D’où vient le ventC’était à l’époque où Jésus-Christ n’avait pas encore tous ses apôtres. Il n’avait alors que Pierre et Paul et, peut-être, André. Un jour, comme ils traversaient une ville, un vagabond courut après eux et leur dit :
– Prends-moi, Christ, je serai ton apôtre.
Jésus-Christ savait que cet homme était un vagabond et un grand pécheur, mais il accepta tout de même. Maintenant, ils étaient cinq. Ils continuèrent leur marche et arrivèrent dans une ville où le roi était bien malade. Lorsque Jésus-Christ l’apprit, il dit à ses apôtres :
– Ce roi qui est malade est un homme très bon, il s’occupait des pauvres et des gens simples. Nous allons le guérir, il sera sauvé.
Ils se rendirent au palais du roi et Jésus demanda l’autorisation d’entrer, car il allait guérir le roi. On lui répondit que celui-ci était déjà mort.
– Cela ne fait rien, laissez-moi passer, il revivra !
La reine le conduisit dans la chambre où gisait le roi mort. Jésus ordonna qu’on lui apportât une cuve remplie d’eau fraîche et un grand couteau bien aiguisé. Il s’enferma dans la pièce pendant que les apôtres l’attendaient dans l’entrée. Comme ils étaient très fatigués, ils s’endormirent assis, mais le vagabond, qui n’avait pas sommeil, épia Jésus-Christ à travers une fissure de la porte.
Jésus-Christ prit le corps du roi mort, le coupa en quatre morceaux, les rinça dans la cuve, ensuite il assembla le corps, lut une prière, fit trois fois le signe de la croix au-dessus du corps, souffla dessus et tout se ressouda immédiatement, le roi ressuscita, quitta son lit et remercia chaleureusement Jésus. Le roi donna ensuite un bal somptueux et invita Jésus et ses apôtres. Pendant ce bal, le roi donna à Jésus cinq tourtes au fromage et cinq tourtes aux pommes de terre et au fromage.
Ensuite Jésus et ses apôtres reprirent leur chemin et arrivèrent dans une forêt pour y passer la nuit. Tous les apôtres mangèrent des tourtes, sauf Jésus-Christ : il n’avait pas faim. Ils allèrent tous se coucher juste après dîner et s’endormirent vite. Seul le vagabond resta éveillé. Il s’assura que les autres dormaient, se leva et mangea toutes les tourtes qui appartenaient à Jésus-Christ, puis se recoucha. Le lendemain matin, quand tout le monde fut levé, le vagabond dit :
– Vous savez, cette nuit, deux loups ont tourné autour de nous. Ils ont mangé les tourtes et je les ai fait partir à grand-peine.
Jésus-Christ savait qu’il mentait et lui dit :
– Ces loups, c’était toi et ton insatiabilité. Si seulement tu avais avoué ta faute… Mais non, tu as menti et tout rejeté sur les loups. Maintenant va-t’en, tu ne peux plus rester avec nous.
Le vagabond se retira, arriva dans une grande ville où il apprit la mort d’une princesse et prétendit qu’il pouvait la ressusciter. Sitôt que le roi l’entendit, il le manda et lui dit :
– N’oublie pas, vagabond, qui tu es. Si tu la fais revivre tu te marieras avec elle et tu seras roi, sinon, tu mourras !
Le vagabond ordonna qu’on apportât une cuve d’eau dans la chambre où la morte gisait. Puis, il prit un grand couteau tranchant, s’enferma dans la pièce, découpa le corps en quatre morceaux, les rinça dans de l’eau, les remit ensemble et se mit à souffler sur le corps en oubliant de faire les signes de croix, car il était juif et ne savait pas se signer. Il souffla. Il souffla jusqu’au vertige mais, comme la princesse ne se levait pas, il fut très ennuyé. Tout d’un coup, paf ! La porte s’ouvrit, Jésus-Christ entra et dit :
– Tu vois, tu es dans le pétrin ! Sans moi, tu mourrais. Et toi qui te vantais d’être un grand guérisseur ! Tu n’as rien dit sur la gloire divine, pauvre prétentieux, ne pensant qu’à te vanter. Tu dois savoir que tu ne pourras jamais faire ce que tu as projeté, car tu n’es qu’un païen. Je te dirai plus tard quel sera ton châtiment.
Jésus se mit à l’œuvre et la princesse ressuscita. Le Seigneur s’adressa à nouveau au vagabond :
– Va, misérable, au centre du monde, restes-y et souffle jusqu’au jugement dernier !
Le vagabond s’en alla, et, arrivé au centre du monde, il se mit à souffler et, à cet instant, le vent souffla sur la terre. Il y est encore maintenant et le vent vient de l’endroit où il souffle. Il restera éternellement là-bas à souffler.