Le Retour Honteux
Amira arriva à Bouda aux premières lueurs du jour, épuisée et en larmes. Elle se jeta dans les bras de Japhet chez Kouemou, incapable de parler.
Japhet comprit immédiatement.
— Tu n'as pas l'acte.
Amira hocha la tête, le cœur lourd, et raconta l'agression de Clarisse, le trophée de bronze, et la perte de l'Acte Sous Seing Privé dans le jardin.
— C'est ma faute, Tonton. J'ai été stupide. Maintenant, Clarisse et Tshameni ont la preuve que le terrain est à vous, mais ils vont la détruire !
Japhet, contre toute attente, ne se montra pas en colère. Il prit le visage d'Amira entre ses mains.
— Tu n'as pas échoué, Amira. Tu es revenue en vie. C'est l'essentiel. De plus, tu as deux choses qu'ils n'ont pas : La connaissance du contenu de l'acte et le nom de l'homme de main.
Amira se redressa, la lueur d'une idée s'allumant dans ses yeux.
— Vous avez raison. L'acte disait que vous aviez droit au terrain sous la condition de prendre soin de « l'enfant de l'amour ».
Et l'homme de main s'appelait "Essomba".
Kouemou, qui écoutait, intervint immédiatement.
— Essomba... C'est un mercenaire local. Il travaille pour Tshameni. Nous pouvons le retrouver.
Le Stratagème de la Révélation Partielle
Ils n'avaient plus que cinq jours avant l'audience finale. Ils devaient rendre l'Acte invalide sans l'avoir en main.
Amira, Japhet et Kouemou élaborèrent un plan audacieux, basé sur les faiblesses de leurs ennemis : la paranoïa de Clarisse et la cupidité de Tshameni.
— Nous allons agir comme si nous avions encore l'acte, expliqua Japhet.
Kouemou ajouta :
— Et nous allons diffuser une rumeur à Bouda : Marlyse avait une troisième lettre.
Le plan se déroula en deux temps :
Piège à Tshameni : Japhet devait envoyer un message codé à Tshameni, affirmant qu'ils avaient une copie notariée de l'Acte et qu'ils allaient révéler l'identité du père biologique (Olivier). Cela obligerait Tshameni à produire la fausse lettre au Fon pour prouver son autorité, ou à paniquer et à tenter de faire disparaître Essomba et l'acte volé.
Chantage à Clarisse : Amira devait revoir Clarisse, seule. Elle devait lui promettre de garder le silence sur le rôle de Clarisse dans la mort de Marlyse si Clarisse révélait la localisation exacte de Yannick et si elle acceptait de témoigner contre Tshameni.
L'Affrontement Émotionnel
Amira alla voir Clarisse, toujours résidant dans la concession Kouam à Bouda, sous l'œil vigilant des aînés.
— Vous avez l'Acte, Clarisse. Vous avez gagné le terrain. Mais vous avez perdu l'âme de Japhet. Et vous avez perdu votre seule chance d'avoir une vie normale.
— Tais-toi ! cracha Clarisse. Je vais épouser Tshameni une fois qu'il aura le terrain ! Il me donnera l'héritier !
— Tshameni n'aura pas le terrain. L'Acte est invalide sans les documents de succession de Marlyse D'OUMAY. Vous ne le saviez pas, n'est-ce pas ? Il vous a menti.
Amira révéla alors la vérité sur l'enfant.
— Yannick, le fils de Marlyse, est vivant. Et Tshameni l'utilise comme monnaie d'échange. Voulez-vous vraiment que votre statut soit bâti sur la vie d'un enfant innocent ?
Amira alla plus loin. Elle parla de l'« autre », d'Olivier.
— Tshameni sait que si le Fon apprend que le père de l'enfant est un étranger mort, l'enfant perd tout droit au terrain. Il doit donc prouver que Yannick est l'enfant de Japhet pour avoir une légitimité à le contrôler.
Amira poussa son avantage.
— Si vous voulez la paix, Clarisse, donnez-moi l'endroit exact où Tshameni cache Yannick. Je le sauverai et le remettrai au Fon pour preuve de la conspiration. En échange, je ne parlerai plus jamais de la fraude médicale.
Le visage de Clarisse devint blanc. Elle se retrouva face à une vérité plus grande que sa jalousie. Sa haine pour Amira n'égalait pas sa peur d'être dénoncée comme complice d'enlèvement d'enfant.
Clarisse hésita. Elle regarda Amira, la jeune femme qu'elle haïssait et enviait. Elle prit une décision.
— Yannick est caché dans le vieux Manguier Secret de la concession Béni-Terre. Tshameni a aménagé une petite cachette dans les racines, une zone que seul lui connaît.
Clarisse s'interrompit, le désespoir dans les yeux.
— Mais... Il y a un autre problème. J'ai donné à Tshameni un petit journal intime que Marlyse gardait à l'époque de sa grossesse. C'était la preuve qu'elle avait l'intention de donner Yannick à Japhet pour qu'il l'élève. Mais Marlyse avait écrit dans le journal le nom du vrai père... Olivier !
— Tshameni a ce journal ? C'est la preuve qu'il ment sur la paternité !
— Non. Tshameni a déchiré cette page du journal et il a réécrit le nom, jurant que Japhet Fotsing était le père de Yannick, pour avoir l'autorité sur l'enfant. Il l'a scellé avec le sceau de mon père.
Amira réalisa l'ampleur de la manipulation. Tshameni possédait non seulement l'Acte, mais aussi un faux journal pour prouver la paternité. Il avait toutes les cartes en main.
Alors qu'Amira partait pour informer Japhet et Kouemou de la localisation de Yannick, un messager de la Confrérie du Léopard se précipita vers elle.
— Amira ! Japhet Fotsing a disparu ! Tshameni a appris que tu es revenue sans l'Acte. Il a payé le Kwifon pour lever temporairement la résidence surveillée de Japhet et l'a attiré seul dans la forêt. Nous pensons qu'il est sur le point de le faire chanter ou, pire, de l'éliminer.
Amira devait faire un choix impossible : sauver Japhet de Tshameni, ou sauver Yannick, l'otage, de l'endroit où il était caché.