La Descente dans les Ténèbres
Amira déchiffra la carte de Clarisse. Les tunnels secrets, creusés il y a des décennies pour échapper aux conflits, étaient situés dans une zone de forêt dense, camouflés par des lianes et des racines.
Amira et Yannick y entrèrent, l'air frais de la nuit laissant place à une humidité oppressante et à l'odeur de terre mouillée.
Yannick, bien que paniqué, servait de guide inattendu. Il se souvenait des histoires que Marlyse lui racontait, décrivant les tunnels comme des « veines de la terre ».
— Maman disait que le secret de Béni-Terre est enterré ici, murmura Yannick, serrant la main d'Amira.
Amira avait du mal à se concentrer. L'accusation de Tshameni, rapportée par Yannick, tournait en boucle dans sa tête : Japhet Fotsing aurait tué quelqu'un à Bouda.
— Qui est la personne que Tonton Japhet est accusé d'avoir tuée, Yannick ? demanda Amira, sa voix résonnant étrangement dans le tunnel étroit.
— Je ne sais pas. Tonton Tshameni a dit que c'était le vrai père de Japhet, qui ne voulait pas qu'il épouse Marlyse. Tshameni a dit que Japhet a pris l'acte pour se sauver du chantage du clan.
Le sang d'Amira se glaça.
Si Japhet avait commis un parricide, le crime était d'une gravité telle que le Fon n'aurait aucune pitié. L'amour qu'elle éprouvait pour lui se heurtait à un doute moral abyssal.
Le Piège et le Souvenir
Alors qu'ils progressaient, une odeur se fit sentir : l'huile de palme et le tabac. Ils n'étaient pas seuls.
Soudain, un bruit de pas. Un homme apparut devant eux, sa lampe de poche projetant une lumière blafarde. C'était l'un des gardes de Tshameni, visiblement envoyé pour vérifier les issues.
Amira et Yannick se cachèrent derrière un pilier de pierre.
Le garde s'approcha, jurant. Il vit une petite boîte en fer-blanc rouillée, identique à celle qui contenait le legs de Marlyse. Il la ramassa.
— Ça y est ! Le trésor de Marlyse !
L'homme se retourna pour partir, mais Amira agit. Elle se souvint du sifflet d'os donné par Kouemou. Elle souffla un cri aigu dans le tunnel.
Le garde, effrayé par le son surnaturel et l'ambiance des tunnels, lâcha la boîte et s'enfuit en courant.
Amira se précipita pour récupérer la boîte. Elle n'était pas vide. Elle contenait une petite Bible, très usée, avec des pages soulignées.
Elle feuilleta. Rien d'évident. Mais à l'intérieur, une photo. Japhet, jeune homme, souriant avec une femme beaucoup plus âgée.
Au dos, une écriture : "À mon fils, Japhet, pour mon départ".
Amira comprit. Tshameni n'avait pas menti sur le meurtre, mais il avait déformé la vérité. Japhet n'avait pas tué son père. Quelqu'un d'autre l'avait fait, ou il s'était suicidé, et Japhet était accusé de cela, ce qui l'avait forcé à fuir. La dette de sang était peut-être celle qu'il devait payer pour son père.
La Sortie et l'Ultime Message
Ils atteignirent la sortie, camouflée derrière un autel coutumier près de la concession du Fon. Ils étaient en sécurité.
Amira et Yannick se rendirent immédiatement chez Kouemou. Celui-ci était là, pâle.
— Japhet est libre, mais blessé. Il a réussi à s'enfuir. Il est en sécurité dans un campement de la Confrérie.
— Il m'a laissé un message, dit Kouemou, tendant un morceau de tissu avec quelques mots écrits au charbon : « Le Livre de Job. Le chapitre des Témoins. »
Amira prit le message. C'était un code. Elle se souvint de la petite Bible trouvée dans les tunnels. Elle l'ouvrit et chercha le Livre de Job.
Chapitre des Témoins... Elle feuilleta et trouva un passage que Japhet avait souligné au stylo rouge : Job 16:19 : « Mais déjà dans les cieux j'ai un témoin, dans les lieux d'en haut j'ai un défenseur. »
À côté du verset, Japhet avait griffonné deux mots : « La Source. »
Amira comprit. Japhet avait fait cela pour la diriger vers une source d'information sur la mort de son père et le chantage qui l'avait forcé à épouser Clarisse.
Kouemou, regardant le plan de Clarisse, désigna un lieu proche du Manguier Secret.
— Amira, cette zone près du manguier était autrefois une chocolaterie appartenant au père de Japhet. C'est là que Marlyse et Japhet se rencontraient. C'est la Source !
Kouemou et Amira décidèrent de retourner à la chocolaterie abandonnée, tandis que Yannick était conduit en sécurité auprès du Fon.
Arrivés à la chocolaterie, ils trouvèrent l'endroit en ruine. Mais dans le four de séchage du cacao, Amira vit une petite cachette.
Elle ouvrit la cachette et trouva deux choses :
Un vieux procès-verbal de police datant de quinze ans, concernant la mort du père de Japhet, concluant à un suicide, mais avec une note du gendarme : « Fortes suspicions d'intervention extérieure. »
Un petit carnet de chèques au nom du père de Japhet.
Kouemou et Amira examinèrent le carnet. Un chèque au porteur avait été émis juste avant sa mort.
Le montant : 5 millions de francs CFA.
Le destinataire, griffonné sur la souche du chèque : Tshameni Kouam.
L'argent était la preuve du mobile. Tshameni avait assassiné le père de Japhet, ou l'avait forcé au suicide, pour le chantage financier, et Japhet avait été pris pour coupable. Tshameni était non seulement un ravisseur et un fraudeur, mais aussi un meurtrier.