Chapitre 7 : L'Ombre de la Faute et les Mouvements de l'Esprit

972 Mots
Le Piège Doré de Clarisse ​Le jour après leur retour de Bouda, la maison Fotsing se transforma en un bunker. Clarisse, ayant accepté la situation comme une amère nécessité, jouait le rôle de la tante et future marraine dévouée avec une froide perfection. ​Elle déplaça Amira de sa petite chambre de bonne vers la grande suite d’invités près de la sienne, officiellement pour lui assurer le confort de sa grossesse. En réalité, pour mieux la surveiller. ​— Tu dois manger ça, ma chérie. Pour le petit, disait Clarisse, lui apportant un plateau de fruits et de koki (gâteau de haricot) qu'elle surveillait Amira d'ingérer entièrement. ​Chaque plat, chaque sortie, chaque conversation était filtrée par Clarisse. Amira ne pouvait plus parler seule à Japhet. Ils communiquaient par regards volés et messages écrits sur des bouts de papier glissés dans les dossiers de Droit. ​Le pire était la nécessité de simuler les symptômes d'une grossesse. Amira devait feindre les nausées matinales, la fatigue et les sautes d'humeur. Ce jeu constant la rongeait moralement. ​Message d'Amira à Japhet (glissé dans un code civil) : Quand cette mascarade va-t-elle finir ? Je me sens comme une fraude. ​Réponse de Japhet (écrite au dos d'un reçu) : Tiens bon. Un mois, et nous pourrons dire que tu as "perdu" l'enfant, si la situation est trop dangereuse. Ou nous gagnerons du temps pour la terre. ​La Première Visite Médicale ​La plus grande épreuve survint avec la visite du médecin. Clarisse, méfiante, insista pour qu'Amira soit examinée par son propre gynécologue. ​Japhet paniqua. Un examen révélerait le mensonge et la chute serait assurée. ​Ils durent agir vite. Amira, prétextant des douleurs aiguës, insista pour aller voir une amie étudiante en médecine à l'université. Japhet inventa une urgence professionnelle pour s’absenter du bureau. ​Ils se rendirent chez un médecin de confiance et ami de Japhet, le Docteur Eko, qui comprenait l'urgence de la situation. ​— Ce que vous demandez est dangereux, Japhet, dit le Docteur Eko, nerveux. Mais si Tshameni veut récupérer cette terre par le chantage... ​Leur plan était simple : obtenir de faux papiers médicaux attestant une grossesse de deux mois et surtout, un faux diagnostic de "grossesse fragile", qui nécessiterait un secret absolu et interdirait tout examen agressif (comme l'échographie au début) par crainte d'une fausse couche. ​Amira, allongée sur la table d'examen, sentit la honte. Elle mentait pour sa vie et pour l'amour. Le Docteur Eko finit par lui donner un dossier scellé. ​— Amira, si vous devez simuler une fausse couche, faites-le avec un sang-froid total. Et voici un médicament anti-nausée, pour que vos fausses nausées paraissent trop réelles. ​Le Conflit des Sentiments ​Le soir, après avoir réussi à tromper Clarisse avec le faux dossier médical, Amira et Japhet trouvèrent un moment de répit dans le jardin, sous le prétexte de prendre l'air. ​— Nous sommes devenus des maîtres du mensonge, Tonton Japhet, murmura Amira. J’ai l'impression de trahir tout ce que j'apprends à la faculté. ​— La loi ne fait pas toujours la justice, Amira. Parfois, il faut une ruse pour vaincre le mal. Clarisse et Tshameni sont unis par la cupidité et la trahison. Nous sommes unis par une vérité plus profonde : celle de Marlyse et du Serment du Cacao. ​Ils s'assirent sur un banc en fer forgé. Amira posa sa tête sur l'épaule de Japhet. ​— Et si le mensonge dure ? Qu’allons-nous faire ? ​Japhet ne répondit pas tout de suite. Il joua avec le pendentif de Marlyse qu'Amira portait discrètement sous son chemisier. ​— Nous irons voir le Fon de Bouda. Nous révèlerons le legs de Marlyse et ta véritable identité d’héritière. Mais pour cela, il nous faut une preuve irréfutable contre Tshameni et Clarisse. Et c'est là que ton talent de future avocate intervient. ​Japhet lui confia sa nouvelle mission : il voulait qu'Amira fouille la chambre de Clarisse à la recherche d'une preuve liant sa femme et Tshameni à la mort de Marlyse. ​ ​Amira, terrifiée par l'idée, refusa catégoriquement. Elle était une étudiante en Droit, pas une cambrioleuse. ​— Tonton, je ne peux pas faire ça ! Si Clarisse me trouve... ​— Tu n'as pas le choix, Amira, coupa Japhet, sa voix d'une dureté inhabituelle. Ton innocence te tuera. Cherche le téléphone de rechange de Clarisse. Elle utilise un vieux Nokia pour parler à Tshameni. Elle le cache dans sa commode. ​Ce soir-là, alors que Japhet était sorti pour un "voyage d'affaires" inventé de toutes pièces pour détourner l'attention, Amira se faufila dans la chambre de Clarisse. Le luxe de la suite la fit hésiter un instant. ​Elle ouvrit la commode et, sous une pile de linge, elle trouva effectivement un vieux téléphone. Elle l'alluma. Le code pin était facile : la date d'anniversaire de Japhet. ​Elle trouva un seul fil de discussion avec un contact nommé "L’Aigle" (probablement Tshameni). ​Le dernier message, envoyé par L'Aigle, était : ​L'Aigle : La Ndjap prétend être enceinte. Si c'est un mensonge, je la détruis. Si c'est vrai, je prends l'enfant. Dis-moi, Clarisse, l'enfant est-il vraiment le sien ou est-ce l'enfant de l'autre ? Je veux une confirmation rapide. ​Amira, choquée, comprit que le mensonge de Japhet était en train de s’effondrer. Mais plus terrible encore était la question : qui était "l'autre" ? Et pourquoi Tshameni s'intéressait-il à une autre grossesse passée ? ​Amira n'eut pas le temps de répondre à l'interrogation. Le bruit d'une clé dans la serrure. Clarisse était rentrée. Amira n’eut que le temps d'éteindre le téléphone et de le cacher sous l’oreiller de Clarisse avant de se glisser dans la salle de bain attenante. Elle était prise au piège.
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