Nafi La tension autour de la table du petit-déjeuner est si épaisse qu’elle semble m’étouffer, une chape de plomb qui pèse sur mes épaules. Karim, d'ordinaire si maître de lui, si impérial, lance des regards meurtriers à Ahmed à chaque fois que celui-ci se sert. Chaque morceau de bacon grillé qu’Ahmed porte à sa bouche avec une lenteur provocante, chaque cuillerée d’œufs, chaque goutte du jus d'orange que Karim a pressé de ses propres mains semble être une offense personnelle, un viol de son territoire. Je n'arrive toujours pas à le cerner. Monsieur agit si bizarrement depuis hier. Cette douceur soudaine dans sa voix, ses gestes attentifs, cette façon de m'inclure dans son espace... c’est effrayant. Je me répète sans cesse de ne pas me laisser avoir, de ne pas baisser la garde, car je s


