Fabien : « il n’y a aucune preuve de cela »
Réginald : « … et que Phibie était la véritable coupable, elle aurait très bien pu
recommencer »
Fabien : « nous avons ensuite Lolita, vivant dans un quartier pauvre des Etats-unis, logeant dans un immeuble vétuste et surpeuplé. Sa tante la récupère et la sort d’un misère atroce.
Quelques semaines plus tard, alors qu’elle habitait chez sa tante, Lolita décide d’aller au
cinéma… »
Réginald : « … seulement, sa tante lui oppose un refus catégorique. Lolita ramasse alors un couperet sur la table et le balance sur la tête de sa chère tante, la tuant sur le coup. L’objet est lourd mais sa tante frêle »
Fabien : « Lolita a tué sa tante avec un couperet. Héra a été tuée avec un objet de ce genre, nuance… »
Réginald : « le mobile du meurtre reste flou à 50% mais je suis convaincu que la moitié du pourcentage est liée aux deux photos que voici. Si Héra a pu voir ces deux photos quelque part, c’est sûrement dans l’une des maisons dans lesquelles elle travaillait comme dame de ménage. Quant à Phibie, si elle est encore en vie aujourd’hui, elle doit avoir la soixantaine révolue et sa fille devrait avoir la trentaine, tout au plus. La seule personne qui pourrait être
assez âgée pour être Phibie dans l’Olympe, c’est Gaïa Kingsley. Seulement, elle souffre d’arthrite et doit rester assise la plupart du temps. Elle risque de se déplacer en fauteuil roulant très bientôt si ce n'est pas encore le cas. Cependant, elle n’a pas de fille, mais un fils qu’elle cajole littéralement »
Fabien : « et si Gaïa était vraiment Phibie, est-ce qu’Arès aurait pu assassiner Héra pour garder le secret de sa mère intact ? »
Réginald : « je n’en sais rien, nous ne sommes là que dans de vives spéculations… commissaire, il y a trois femmes qui auraient à peu près l’âge de la fille de Phibie aujourd’hui : Déméter, la femme du docteur ; Athéna, notre logeuse ; et Cornélia, la femme de Zeus. Je me concentre un peu sur la fille de Phibie. Athéna n’a rien d’une femme à secrets, bien au contraire, son mari et elle sont tout ce qu’il y a d’un couple normal. Déméter, la femme du docteur, est quant à elle bien trop craintive. Mais Cornélia, voilà une femme bien vaniteuse en apparence, pleine d’assurance, une élégance s’offrant à un maquillage des plus coûteux, mariée à un homme plein d’ambitions politiques qui a une considération quelque peu démesurée de son
importance. En outre, Cornélia porte des lunettes de soleil, pourtant elle possède des lunettes médicales sans lesquelles elles a peine à retrouver la route qui mène à la porte d’entrée. C’est pour cela qu’elle m’a fait rester à l’extérieur de sa maison. Maintenant, si l’on ne prend en compte que leur âge, chacune de ces trois femmes pourrait être aussi Lolita »
Fabien : « vous le croyez aussi n’est-ce pas ? »
Réginald : « cela ne fait pas l’ombre d’un doute. A l’époque où a eu lieu le meurtre de la tante de Lolita, Cornélia n’était pas encore mariée. Elle devait être fiancée à Zeus, l’homme le plus fortuné de la région. Elle aurait pu craindre qu’Héra découvre que plus jeune elle aurait tué sa tante et que la dame de ménage la dénonce à Zeus »
Fabien : « alors, selon vous, Cornélia est Lolita, c’est cela ? »
Réginald : « je ne sais pas vraiment… mais elle a certainement quelque chose à cacher sur son passé. Cette femme devait avoir une bonne raison de traiter Héra de menteuse »
Fabien : « c’est quand même assez maigre comme motivation, vous ne croyez pas ? Et puis, est-ce que cela constitue une raison suffisante pour tuer quelqu’un ? »
Réginald : « la passion de la respectabilité est d’une intensité étonnante, comme dirait un vieux belge que j’ai connu. Pour l’instant, considérons ce qu’a dit Gaïa, il n’y a que des gens bien ici. Reste à trouver le représentant de la vilenie »
Fabien : « qu’à cela ne tienne, il faut trouver le meurtrier d’ici trois jours ou admettre que madame Anderson est la coupable par défaut »
Réginald : « il n’y a pas de coupable par défaut. Il n’y a que le coupable »
C’est sur ces mots que Réginald quitte le bureau du commissaire Fabien. Il commence à marcher sur la route. Après quelques minutes de marche, il rencontre Aphrodite.
Aphrodite : « ho ! Monsieur l’avocat »
Réginald : « Aphrodite !! Où allez-vous donc ? »
Aphrodite : « j’ai des choses à acheter chez Perséphone »
Réginald : « ah ! La boutiquière. Pendant que nous marchons, voyez-vous un inconvénient à ce que nous puissions faire un brin de causette ? »
Aphrodite : « bien sûr que non »
Réginald : « êtes-vous de l’Olympe ? »
Aphrodite : « je suis originaire du Massachusetts. Je ne suis ici que depuis un an »
Réginald : « qu’y faisiez-vous ? »
Aphrodite : « je faisais de la publicité »
Réginald : « et aujourd’hui, vous travaillez dans l’immobilier… »
Aphrodite : « en quelque sorte. Vous progressez dans l’enquête que vous faites ? »
Réginald : « honnêtement, je ne peux rien vous dire pour l’instant. Pas de suspect, pas d’arme du crime, aucun indice qui prouverait que Sarah Anderson est innocente. Pour le moment, je suis encore dans l’incertitude »
Aphrodite (déçue) : « mais il ne reste que trois jours avant qu’on ne pende cette bonne femme »
Réginald : « je sais, cela dit, rien n’est perdu tant que le match n’est pas terminé »
Réginald et Aphrodite arrivent à la boutique. Aphrodite termine ses achats chez Perséphone. Puis, elle rejoint Réginald qui l’attendait à l’extérieur.
Aphrodite : « je vous ai fait attendre… excusez-moi »
Réginald : « ce n’est pas bien grave. Où allez-vous maintenant ? »
Aphrodite : « à la prison. Il faut que je vois Sarah au moins une dernière fois »
Réginald : « dans ce cas, permettez-moi de vous accompagner »
Aphrodite : « non monsieur, mais vous pouvez m’accompagner jusqu’à la gare ferroviaire si vous le voulez bien »
Réginald : « d’accord, comme vous voudrez »
Réginald stoppe un taxi et y entre avec Aphrodite. Une fois à la gare ferroviaire, Aphrodite entre dans le wagon qui était encore ouvert tandis que Réginald attend le départ du train. Parmi les individus qui se trouvent également dans cette situation d’attente, se trouve
quelqu’un qui suit Réginald. Le gardien demande à ceux qui attendent le départ d’avancer à
quelques mètres sur le trottoir de la gare. Réginald se déplace, la mystérieuse personne le suit.
Le train démarre et s’en va. Pendant ce temps, un autre arrive pour débarquer des passagers. Le
mystérieux individu parvient à se positionner directement derrière Réginald. Et alors qu’il ne
reste que quelques secondes pour que le train arrive sur le seuil de la gare, l’inconnu pousse
délibérément Réginald sur les rails et s’éloigne discrètement. Le train freine, mais continue d’avancer et risque d’emporter Réginald. Ce dernier, dans un dernier effort, se relève et saute, évitant d’un cheveu le train qui s’arrête justement à l’endroit où est tombé Réginald lorsqu’il a été poussé. Ce petit évènement crée un peu de panique et la foule vient s’enquérir de l’état de l’avocat. Mais, chose curieuse, Réginald sourit. Il époussette ses vêtements et se rend dans une
cabine téléphonique non loin de là. Il compose le numéro du bureau du commissaire Fabien Liverpool. La secrétaire décroche, puis passe le téléphone à Fabien.
Réginald ; « allô commissaire »
Fabien : « oui, Réginald »
Réginald : « on vient d’essayer de me tuer »
Fabien : « que dites-vous ? »
Réginald : « je vous assure, j’ai bien failli me faire écraser par un train »
Fabien : « c’est terrible. Attendez, vous êtes à la gare ferroviaire ? »
Réginald : « c’est exact »
Fabien : « ne bougez pas de là, j’arrive dans quelques minutes »
Effectivement, en quelques minutes, Fabien arrive avec sa voiture. Réginald, qui l’attendait, monte avec précipitation. Puis, Fabien le ramène chez Athéna. En cours de route, les deux hommes discutent.
Fabien : « comment est-ce que cela a pu se produire ? »
Réginald : « j’étais en train de regarder le train dans lequel est montée la jeune Aphrodite. Un autre train venait débarquer des passagers lorsqu’une main me poussa. Je suis tombé sur les rails à quelques secondes du train, j’étais vraiment deux doigts de mourir »
Fabien : « vous savez ce que cela signifie… »
Réginald : « je chauffe, je représente donc un danger pour celui ou celle qui a tué finalement dame Héra »
Fabien : « c’est bien possible, encore faut-il prouver l’innocence de Sarah maintenant »
Réginald : « l’environnement ne me facilite guère la tâche, mais cette petite poussette m’a montré que je suis sur la bonne voie »
Fabien : « que comptez-vous faire maintenant ? »
Réginald : « s’il vous plaît, conduisez-moi au domicile des Kingsley. Ils sont les seuls à qui je n’ai pas encore parlé sérieusement »
Fabien : « très bien »
En une quinzaine de minutes, Réginald et Fabien arrivent au domicile des Kingsley. Une
charmante résidence semblable à un palais des plus luxueux. Les deux hommes arrivent devant
la porte d’entrée, c’est à ce moment qu’Arès ouvre celle-ci. Apparemment, il est de sortie.
Réginald : « bonjour monsieur »
Arès (surpris) : « ah ! Vous êtes venus vous aussi ? »
Fabien : « que voulez-vous dire ? »
Arès : « ma mère a décidé d’organiser un petit cocktail pour célébrer mon troisième livre. Je viens de le terminer. Il y a des gens que nous attendons encore, mais il y en a que je vais chercher à la gare tout de suite »
Réginald : « j’ignorais que vous fêtiez quelque chose. Dans ce cas, je reviendrai peut-être demain alors »
Arès (ouvre la porte d’entrée) : « euh… non, non. Entrez, s’il vous plaît. Vous êtes le bienvenu. Vous aussi, commissaire »
Fabien : « vous êtes sûr que votre mère n’aura pas de problème avec notre invitation surprise à votre petite fête ? »
Arès : « non, ma mère est assez flexible sur ce point. Et puis, elle n’a absolument aucun problème avec vous, messieurs. Écoutez, entrez, vous êtes les bienvenus »
A cet instant, Gaïa sortit de la maison en fauteuil roulant.
Arès (à sa mère) : « mère, ne bougez pas autant… »
Gaïa : « ne t’inquiète pas, fiston. Messieurs, suivez-moi je vous prie »
Arès (à Réginald) : « je vous l’avais dit. Je dois y aller maintenant »
Réginald, Fabien et Gaïa entrent dans la maison. De nombreux invités s’y trouvent déjà, certains ont commencé à prendre des apéritifs, d’autres jettent leurs dévolus sur les différentes
bouteilles de liqueurs. Les maris de Déméter, Cornélia et Athéna sont, eux aussi présents, certains avec leurs femmes, d’autres non. Le mari d’Artémis est par exemple venu à la petite fête tout seul, ce qui ne passe pas inaperçu aux yeux de Réginald qui se souvient bien qu’Artémis avait mentionné le fait qu’elle ne sortait jamais. L’ambiance est bonne dans son
ensemble, mais Réginald a quelques mots à échanger avec Gaïa. Il la rejoint dans un coin du
salon. Walter, à la grande surprise de Réginald, se trouve à la fête. Il fait un petit signe à son collègue. Alors qu’il est sur le point d’engager la conversation, Athéna le stoppe dans son élan, elle supporte mal l’alcool, ce qui la rend étonnamment bavarde. Arès revient quelques minutes plus tard accompagné de quelques invités.
Athéna : « c’est la deuxième fois que je viens ici. Le fils de madame Kingsley est vraiment brillant. Il fait la fierté de sa mère. Moi je n’ai jamais connu la mienne, j’ai été adoptée. C’est dur d’imaginer que ma mère ne voulait pas de moi… cela me rappelle quelque chose que j’ai lu dans le Monday Review ; faut-il faire adopter son enfant afin qu’il profite de tous les avantages ou alors l’élever avec les ressources à notre disposition ? »
Arès (à Athéna) : « estimez-vous heureuse d’avoir été adoptée. Dehors, il y a de la brise. Au moins, vous avez été sauvée »
Athéna : « moi, je n’abandonnerai pas mes enfants, vous pouvez me croire, peu importe les avantages auxquels ils n’auront pas droit »
Gaïa : « alors, disons que vous ferez une bonne mère lorsque vous aurez des enfants »
Arès : « j’attends de voir cela »
Gaïa (à Réginald) : « au fait, monsieur l’avocat. Vous vouliez me parler de quelque chose, je crois ? »
Docteur : « ou alors nous montrer les indices qu’il a pu glaner en quelques jours. Il me semble que son enquête qui se veut complémentaire aura beaucoup d’impact sur la condamnation de cette étrangère »
Gaïa : « c’est très intéressant !!! »
Cornélia : « alors, montrez-nous ce que vous avez déjà trouvé »
Arès : « ma curiosité vient d’être piquée au vif »
Voyant que tout le monde a les yeux rivés sur lui, Réginald ouvre son sac, saisit les photos des deux femmes. Il pose les deux photographies sur un guéridon devant la petite foule. Gaïa, Arès, le docteur, Cornélia, Zeus, etc. observent les deux photos avec beaucoup de curiosité. A la vue de ces deux femmes, les réactions ne se font pas attendre.
Cornélia : « quelle horreur ! Qui sont ces antiquités ? »
Arès : « holà ! Elles sont vraiment moches, ces femmes »
Docteur : « qu’est-ce que c’est que ça ? Monsieur Princeton ! »
Athéna : « c’est cela, vos indices ? Comment avancerez-vous avec ces choses ? »
Zeus, quant à lui, éclate tout simplement de rire. Il est très amusée par les figures que
montrent ces deux photos. Gaïa regarde, mais garde son calme. Elle se contente d’observer
attentivement les photos. Réginald observe attentivement les faits et gestes de chacune de ses cibles. C’est à ce moment précis qu’il pourra avancer dans son enquête. Il faut que quelqu’un parvienne à reconnaitre une seule des personnes sur ces photographies et il pourra mettre des suspects potentiels dans sa liste.
Docteur : « qui sont ces femmes ? »
Réginald : « vous ne les reconnaissez pas, docteur ? »
Docteur : « non, devrais-je ? »
Réginald (à Cornélia) : « et vous ? »
Cornélia : « vous vous moquez de moi. Cette plaisanterie ne m’amuse pas du tout »
Réginald (à Gaïa) : « et vous alors, madame Kingsley ? »
Gaïa (regarde les deux photos) : « oui, je reconnais l’une de ces deux photos »
Arès : « ah bon, mère ? »
Réginald : « ah ! Bien, on avance. Et pouvez-vous me dire laquelle ? »
Gaïa (continue de regarder les deux photos, puis pose son doigt sur la photo de Lolita) :
« celle-ci »
Réginald : « vous reconnaissez donc cette photographie ? »
Gaïa : « je crois que oui »
Réginald : « d’accord, c’est très important, madame. Maintenant, je voudrais que vous me disiez où est-ce que vous avez vu cette photo »
Gaïa (troublée) : « je… je… je ne sais plus vraiment… »
Arès (s’approche de sa mère pour la réconforter) : « détendez-vous mère, prenez votre temps »
Gaïa : « je… je ne sais pas, ce doit être récent tout de même. Mais, monsieur Princeton. Je peux vous assurer que j’ai déjà vu cette photographie »
Après avoir dit cela, elle observe de nouveau les deux photographies, puis elle regarde lentement Réginald.