Épisode7

2180 Mots
Luis était à genoux, les mains liées derrière son dos, son souffle haletant et ses yeux écarquillés par la peur. La lumière crue de la pièce nue où on l’avait conduit accentuait chaque goutte de sueur perlant sur son front. Isabella resta figée près de la porte, incapable de détourner le regard. Dante s’avança lentement, une silhouette sombre et majestueuse, son ombre s’allongeant sur le sol comme une menace vivante. Marco se tenait à sa gauche, silencieux, les bras croisés, attendant les ordres. « Alors, Luis… » murmura Dante, sa voix calme mais glaciale. « Tu avais une place ici. Du respect. Une famille. Et tu as choisi de nous vendre. Pourquoi ? » Luis secoua la tête, ses lèvres tremblant. « Non… non, ce n’est pas ce que vous croyez. J’ai été piégé. On m’a forcé, boss, je vous le jure ! » Un sourire ironique étira les lèvres de Dante. « Forcé ? Personne ne force un homme à trahir sans qu’il y trouve un bénéfice. Parle. À qui as-tu donné ces informations ? » Luis resta muet quelques secondes, avalant sa salive. Ses yeux dérivèrent vers Isabella, comme s’il cherchait une forme de compassion. Elle sentit son cœur battre plus vite, mais elle ne dit rien. Dante le remarqua aussitôt. Son regard se fit plus sombre, et il s’agenouilla face à Luis, le saisissant brutalement par le menton. « Ne la regarde pas. Si tu crois que sa présence ici va t’acheter de la pitié, tu te trompes. » Luis balbutia : « C’était… le clan Montaldi. Ils m’ont promis que si je les aidais, ils me protégeraient. J’avais peur, Dante ! Tu crois que je suis un traître, mais je voulais juste survivre ! » Un silence lourd s’installa. Isabella sentit sa gorge se nouer. Elle comprenait sa peur, mais elle voyait aussi la colère contenue dans les yeux de Dante. « Survivre ? » répéta Dante, d’une voix glaciale. « Tu as vendu nos vies pour la tienne. Tu m’as regardé dans les yeux, chaque jour, et tu as choisi de me poignarder dans le dos. » Luis se mit à pleurer, secoué de tremblements. « Pitié, boss… je n’ai rien dit sur elle ! Je le jure, Isabella est innocente ! » Ces mots résonnèrent dans la pièce comme une détonation. Isabella eut un sursaut, et Dante tourna lentement la tête vers elle. Son regard intense s’assombrit encore. « Alors tu savais qu’elle était une cible ? » Luis se figea, réalisant trop tard qu’il en avait dit trop. Ses yeux s’écarquillèrent de terreur. « Non… je… j’ai seulement entendu… » Dante se redressa d’un geste brusque et, dans un éclair de rage contenue, envoya un coup de poing qui fit basculer Luis sur le sol. Isabella sursauta, sa main portant instinctivement à sa bouche. « Tu ne devais pas savoir qu’elle était importante pour moi, » siffla Dante, la mâchoire serrée. « Et pourtant, tu l’as prononcé. Tu viens de signer ta condamnation. » Luis haleta, crachant un filet de sang. « Boss… pitié… » Isabella, sans réfléchir, fit un pas en avant. « Dante, attends ! » Sa voix tremblait, mais elle osa croiser son regard. « Tu as besoin de ses informations, pas de son cadavre. S’il a entendu des choses, peut-être qu’il sait plus qu’il ne le dit. » Dante resta immobile, son poing serré, son souffle lourd. Puis, lentement, il tourna les yeux vers elle. Elle vit la bataille dans ses prunelles : la rage contre le pragmatisme. Après un silence insoutenable, il lâcha un ordre sec : « Marco. Fais-le parler. Tout. » Marco hocha la tête et tira Luis par le col pour le redresser. Dante attrapa le bras d’Isabella et l’entraîna hors de la pièce, malgré sa résistance. Dans le couloir faiblement éclairé, Isabella tenta de se dégager. « Tu n’es pas obligé de… de le torturer ! » Dante s’arrêta net, se retournant vers elle. Son visage était dur, mais ses yeux brûlaient d’un feu intérieur. « Dans mon monde, Isabella, la vérité s’arrache avec le sang. Si tu n’as pas la force de le voir, alors détourne les yeux. Mais ne me demande pas d’épargner un traître. » Elle serra les poings, sentant la colère et la peur se mêler dans sa poitrine. « Et si tu deviens comme eux, Dante ? Et si ta soif de vengeance t’aveuglait ? » Il s’approcha d’elle, si près qu’elle dut lever le menton pour soutenir son regard. « Tu crois que je suis aveuglé ? Non. C’est toi qui me fais douter, toi qui m’empêches d’être le monstre que je dois être. Mais n’oublie jamais : si je faiblis, si je baisse la garde… ils nous tueront tous les deux. » Son souffle chaud effleura ses lèvres, et pendant un instant, Isabella crut qu’il allait l’embrasser. Mais il se détourna brusquement, reprenant sa marche. Ils regagnèrent le bureau. Quelques minutes plus tard, Marco entra, son expression sombre. « Il a parlé. Les Montaldi planifient un coup cette semaine. Pas une simple attaque : une embuscade, dans le port. Ils veulent contrôler l’entrée des cargaisons et nous couper les vivres. » Dante acquiesça, ses traits redevenant durs et impénétrables. « Alors nous frapperons avant eux. » Isabella, glacée, murmura : « Et Luis ? » Un silence pesa dans la pièce. Marco détourna les yeux. Dante répondit simplement : « Il a payé sa dette. » Isabella comprit sans qu’il en dise plus. Son estomac se noua, et un poids lourd s’abattit dans sa poitrine. Elle savait que ce monde n’avait pas de place pour la faiblesse, mais une partie d’elle refusait de l’accepter. Dante s’approcha d’elle, son regard plus doux qu’avant. « Tu me détestes pour ce que je suis ? » demanda-t-il à voix basse. Elle soutint ses yeux, malgré la douleur. « Je ne sais pas… Mais ce que je sais, c’est que je ne veux pas devenir comme toi. » Il resta figé, comme frappé par ses mots. Puis il hocha lentement la tête, un sourire triste effleurant ses lèvres. « Alors, reste toi-même. Parce que si tu changes… je serai vraiment perdu. » Un long silence s’étira entre eux, lourd de tension et d’émotions. Puis un garde fit irruption, essoufflé. « Boss ! On a repéré des mouvements suspects près du port ! Ils approchent plus tôt que prévu ! » Dante inspira profondément, son visage redevenant celui du chef impitoyable. Il attrapa son arme, glissa un chargeur neuf et lança : « Alors la guerre commence ce soir. » Isabella sentit son cœur s’emballer. Elle comprit que rien ne serait plus pareil après cette nuit. La nuit avait enveloppé la ville d’un manteau lourd et menaçant. Le port, habituellement animé par le bruit des vagues et des machines, résonnait désormais d’un silence inquiétant. Les conteneurs formaient des murs d’acier, créant un labyrinthe où la moindre ombre pouvait dissimuler une embuscade. Isabella suivait Dante de près, son cœur battant la chamade. Elle avait insisté pour l’accompagner malgré ses protestations. « Tu ne comprends pas, Isabella, » lui avait-il répété, « ce terrain est fait pour le sang, pas pour tes yeux. » Mais elle avait tenu bon. Elle refusait de rester dans l’ombre pendant que son monde s’écroulait autour d’elle. Dante marchait devant, arme à la main, chacun de ses mouvements calculé. Derrière eux, Marco et une dizaine d’hommes de confiance avançaient en formation serrée. Les regards étaient durs, l’air saturé de tension. Un bruit métallique résonna soudain, brisant le silence. Tous s’arrêtèrent net. Dante leva la main pour imposer le silence, ses yeux sondant les ténèbres. Puis, sans prévenir, une pluie de balles s’abattit sur eux. Les projecteurs s’allumèrent d’un coup, inondant le port d’une lumière crue. Les Montaldi étaient là, embusqués sur les hauteurs des conteneurs et derrière les caisses. « À couvert ! » rugit Dante. Les hommes se dispersèrent aussitôt. Isabella, le souffle coupé, fut tirée en arrière par Marco qui la plaqua contre une pile de conteneurs. Les tirs résonnaient partout, les éclats de métal volant en gerbes étincelantes. Dante riposta, ses coups précis et implacables. Chaque détonation de son arme était une sentence. Ses traits restaient calmes, presque froids, malgré le chaos. Isabella ne pouvait détacher ses yeux de lui, cette silhouette sombre avançant dans le feu, chaque mouvement dicté par une maîtrise glaciale. Un cri retentit à quelques mètres : un des hommes de Dante venait de s’effondrer, touché à la poitrine. Isabella étouffa un sanglot, mais Marco serra son bras. « Ne bouge pas ! Si tu te lèves, c’est la fin ! » Le sang battait dans ses tempes. Elle se sentait inutile, prisonnière de ce monde où seule la violence dictait les règles. Dante, lui, progressait. Il avançait comme une ombre, surgissant entre deux tirs pour abattre ses ennemis avec une précision chirurgicale. Pourtant, son regard revenait toujours, un instant, vers l’endroit où Isabella était réfugiée. Comme si, au milieu de la guerre, elle restait son seul repère. Un sifflement fendit l’air. Isabella n’eut pas le temps de comprendre : une grenade roula à quelques pas de son abri. « Isabella ! » La voix de Dante claqua comme un ordre. Marco la saisit et la projeta au sol, la couvrant de son corps tandis qu’une explosion secouait tout le quai. Le souffle fit trembler le sol, les éclats de métal jaillissant dans toutes les directions. Isabella sentit son cœur s’arrêter. Le monde vibra autour d’elle, ses oreilles bourdonnant. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, Dante était déjà là, agenouillé à côté d’elle, son visage contracté par une peur qu’il masquait mal. « Tu n’as rien ? » demanda-t-il, sa voix tendue. Elle secoua la tête, tremblante. « Non… je crois pas. » Un soulagement passa dans ses yeux, mais il ne dura qu’une seconde. Derrière lui, un ennemi surgit de l’ombre, arme pointée. Isabella hurla : « Dante ! » Il se retourna d’un geste fulgurant, tira sans hésiter. L’homme s’effondra, mais une seconde détonation retentit. Dante grimaça, un impact le frappant à l’épaule. « Dante ! » Il vacilla, mais resta debout, serrant sa mâchoire pour ignorer la douleur. « Ce n’est rien ! » Le sang macula sa chemise sombre, mais ses yeux brûlaient toujours de la même détermination. Isabella voulut s’approcher, mais il leva la main. « Reste derrière Marco ! » La bataille continuait, implacable. Les tirs crépitaient, les cris déchiraient la nuit. Dante, malgré sa blessure, menait ses hommes avec une rage froide, refusant de reculer. Puis un silence soudain s’abattit. Les derniers coups de feu s’éteignirent. Le port, désormais couvert de corps et de sang, semblait figé dans une atmosphère irréelle. Dante respirait lourdement, son bras gauche plaqué contre sa plaie, mais ses yeux balayaient encore les ombres. Il savait que ce n’était pas fini. Un ricanement s’éleva, résonnant entre les conteneurs. Un homme sortit de l’obscurité, élégamment vêtu, une arme à la main. Ses cheveux noirs gominés, son sourire cruel… Isabella comprit aussitôt : ce devait être l’un des Montaldi. « Dante Russo… » dit-il, sa voix mielleuse. « Enfin, nous nous rencontrons. » Dante redressa légèrement la tête, son regard noir foudroyant. « Tu n’as pas besoin de te présenter. Je reconnais toujours une pourriture quand je la vois. » L’homme éclata de rire. « Fier, même en saignant comme un chien. Mais dis-moi… combien de temps crois-tu pouvoir protéger cette fille ? » Ses yeux glissèrent vers Isabella, et son sourire s’élargit. « Ah… je comprends mieux. Elle est ton point faible. » Dante se plaça instinctivement devant elle, son corps faisant rempart malgré la douleur. « Approche-la, et je te promets que tu ne reverras jamais le lever du soleil. » Isabella sentit une chaleur brûlante dans sa poitrine. Pour la première fois, elle vit Dante non seulement comme un chef, mais comme un homme prêt à mourir pour elle. Le Montaldi haussa les épaules. « Alors amuse-toi à souffrir. Cette guerre ne fait que commencer. » Il recula dans l’ombre, disparaissant aussi vite qu’il était apparu, laissant derrière lui une tension insupportable. Dante serra les dents, son arme encore levée, mais il savait qu’il avait laissé filer un ennemi dangereux. Marco s’approcha, haletant. « Boss… on doit vous soigner. » Isabella, les yeux embués, posa sa main tremblante sur son bras ensanglanté. « Tu vas perdre trop de sang… » Dante croisa son regard. Son visage était pâle, mais un sourire amer étira ses lèvres. « Je n’ai pas le droit de tomber. Pas tant qu’ils existent. » Elle secoua la tête, incapable de retenir ses larmes. « Tu n’es pas invincible, Dante ! Si tu continues comme ça, tu vas… » Il posa un doigt ensanglanté sur ses lèvres pour l’interrompre. Ses yeux, sombres mais brûlants, la transpercèrent. « Si je tombe, c’est toi qui devras tenir. Alors ne pleure pas, Isabella. Pas maintenant. » Elle resta figée, incapable de parler. Et dans ce chaos de sang et de flammes, elle comprit une chose : son cœur n’était plus à l’abri.
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