La villa Valerio, d’ordinaire si imposante, ressemblait ce soir-là à une forteresse fragilisée. Les couloirs baignés d’ombres portaient encore l’odeur métallique du sang séché. Les hommes de main passaient et repassaient, renforçant la sécurité, parlant à voix basse. Mais malgré leurs efforts, une tension sourde planait sur les lieux, comme si les murs eux-mêmes attendaient la prochaine attaque. Isabella, toujours vêtue de la robe qu’elle portait lors de la fusillade, marchait nerveusement de long en large dans le grand salon. Ses doigts tremblaient encore, ses yeux étaient rouges d’avoir trop pleuré. Chaque bruit de pas dans le couloir la faisait sursauter. Puis soudain, la double porte s’ouvrit. Marco entra, soutenant Dante par le bras. Le souffle d’Isabella se coupa. Dante avançait, mais à chaque pas son visage pâle trahissait la douleur. Sa chemise était déchirée et tachée de sang, sa main pressait un bandage improvisé sur son flanc. Malgré tout, sa posture restait fière, presque arrogante. « Dante ! » s’exclama Isabella en courant vers lui. Sans réfléchir, elle passa son bras autour de sa taille pour l’aider à avancer. Il lui adressa un bref regard, ses lèvres étirées en un demi-sourire. « Ne t’inquiète pas, bella… je suis plus solide que ça. » Mais lorsqu’il se laissa tomber dans le fauteuil de cuir, son corps trahit une faiblesse rare. Isabella sentit son cœur se serrer. Elle n’avait jamais vu cet homme, si puissant et dominateur, aussi vulnérable. Marco donna des instructions rapides aux gardes puis sortit pour préparer l’arrivée des médecins privés. Isabella, elle, resta seule avec Dante. Le silence s’installa un instant, interrompu seulement par la respiration saccadée du milliardaire blessé. « Tu devrais… rester tranquille », murmura Isabella, la gorge nouée. Elle prit une serviette propre posée sur la table basse et, sans attendre, commença à éponger doucement le sang qui s’échappait de la plaie. Dante la laissa faire, son regard sombre fixé sur elle. « Tu trembles encore », constata-t-il d’une voix basse. Elle s’arrêta un instant, ses yeux croisant les siens. « J’ai cru… que j’allais te perdre. » Un silence lourd suivit. Dante posa sa main sur la sienne, arrêtant son geste. « Personne ne pourra m’arracher à toi, Isabella. Pas tant que je respire. » Ces mots résonnèrent dans son cœur comme une promesse, mais aussi comme une menace voilée : il vivait dans un monde où la mort n’était jamais loin. Les médecins arrivèrent enfin, installant leurs instruments. Isabella dut reculer, mais elle resta dans un coin de la pièce, observant chaque mouvement. Les bandages furent changés, la balle extraite, les points de suture posés. Dante, stoïque, ne laissa échapper aucun cri, seulement quelques grognements étouffés. Quand les médecins partirent, Marco revint avec un rapport rapide : « Les Russo ont perdu deux hommes, mais ils se sont repliés. Nos informateurs disent qu’ils préparent déjà une autre offensive. » Dante serra les dents, ses yeux lançant des éclairs. « Ils croient que je vais les laisser souffler après ça ? Non. C’est eux qui doivent trembler. » Marco hocha la tête. « Je vais préparer les hommes. » Puis il jeta un coup d’œil à Isabella, hésitant. Il savait qu’elle était encore étrangère à ce monde, mais il voyait aussi qu’elle y était désormais liée de force. Quand ils furent à nouveau seuls, Isabella s’approcha de Dante. Elle posa une main sur son épaule, avec une douceur qui contrastait avec la brutalité de la scène précédente. « Pourquoi refuses-tu de te reposer ? Tu viens de frôler la mort… » Il releva vers elle un regard intense. « Parce qu’ils comptent sur ma faiblesse. Si je ferme les yeux une heure de trop, Isabella, tout ce que je possède pourrait s’écrouler. Mes hommes… cette maison… toi. » Elle sentit un frisson la parcourir. Ses paroles n’étaient pas seulement dures, elles portaient un poids : Dante ne vivait pas pour lui, mais pour maintenir debout un empire que beaucoup voulaient détruire. « Et moi ? » osa-t-elle, sa voix à peine audible. « Suis-je aussi une possession à protéger ? » Il la fixa longuement, comme s’il cherchait la vérité dans ses yeux. Puis il se pencha légèrement vers elle, ses lèvres proches de son oreille. « Tu n’es pas une possession, Isabella. Tu es une faiblesse. » Elle eut un sursaut, blessée par ses mots, mais avant qu’elle ne puisse répondre, il ajouta d’une voix rauque : « Et c’est pour ça que je tuerai quiconque osera te toucher. » Son cœur bondit dans sa poitrine. Les mots de Dante étaient durs, brutaux, mais elle y percevait une intensité qui la bouleversait. Elle ne savait pas si elle devait en avoir peur ou s’en sentir honorée. Marco réapparut, brisant ce moment. « Les hommes sont prêts. Nous pouvons lancer une contre-attaque cette nuit. » Dante se leva avec effort, malgré ses bandages. « Je viens avec vous. » « Tu ne peux pas », protesta Marco. « Tu viens de perdre du sang, tu dois… » « Je viens », trancha Dante, sa voix glaciale ne laissant aucune place à la discussion. Isabella fit un pas en avant, paniquée. « Tu vas te tuer, Dante ! » Il la regarda, et pour la première fois, son expression se radoucit. « Si je n’y vais pas, ils croiront que je suis faible. Et dans ce monde, un chef faible est un chef mort. » Ses mots tombèrent comme une vérité implacable. Isabella comprit qu’elle n’avait aucun pouvoir sur ses choix. Elle le regarda s’éloigner, son cœur serré d’angoisse. Alors que Dante franchissait la porte avec Marco et les gardes armés, elle sut que cette nuit déciderait de beaucoup plus que d’une simple vengeance. Elle comprit que, désormais, elle faisait partie de cette guerre. Et tandis que le rugissement des moteurs de voitures résonnait dans la cour, Isabella, seule dans la villa silencieuse, sentit la peur l’envahir… mais aussi une étrange certitude : elle ne pouvait plus s’imaginer un monde sans Dante Valerio. La chambre transformée en infirmerie improvisée résonnait de pas précipités et de voix basses. Les médecins privés de Dante, appelés en urgence, s’activaient autour de lui. Les bandages étaient imbibés de sang, les instruments cliquetaient tandis qu’on nettoyait la plaie. Isabella, assise sur une chaise à côté, serrait ses mains tremblantes sur ses genoux. Chaque gémissement étouffé de Dante lui transperçait le cœur. Elle n’arrivait pas à chasser de son esprit les images de la fusillade, les corps étendus, le sang sur le marbre. Elle avait tué un homme. Pour la première fois. Ses yeux fixaient le sol, mais son esprit revivait la scène en boucle. L’arme dans sa main, le recul, le cri de douleur de l’homme qu’elle avait touché. La sensation de puissance effrayante, mais aussi de survie. Elle n’avait pas eu le choix. Pourtant, son cœur battait encore trop vite, incapable d’accepter cette réalité. « Isabella. » La voix grave, affaiblie mais ferme, la fit lever les yeux. Dante la fixait, malgré la sueur et la pâleur. Son regard brûlait toujours de cette intensité implacable. « Tu as bien agi. » Elle secoua la tête, des larmes brillant dans ses yeux. « J’ai tiré sur quelqu’un… je… je l’ai blessé… » Un sourire presque imperceptible effleura ses lèvres. « Tu l’as empêché de me tuer. Tu m’as sauvé la vie. » Ces mots, simples mais lourds, la frappèrent de plein fouet. Elle détourna le regard, incapable de soutenir cette vérité. Dante, lui, grimaça lorsque le médecin resserra ses bandages. Marco entra soudain dans la pièce, son visage fermé, taché de sang qui n’était pas le sien. Il s’approcha de Dante et murmura : « Les assaillants appartiennent à la famille Russo. Ils ont perdu des hommes ce matin, mais ils ne s’arrêteront pas là. Ils voulaient t’envoyer un message. » Les yeux de Dante s’assombrirent davantage. « Ils ont choisi le mauvais endroit pour le faire. » Marco acquiesça, mais son regard glissa vers Isabella, encore secouée. Il fronça légèrement les sourcils, comme s’il comprenait qu’elle était désormais impliquée bien plus qu’avant. Lorsque le médecin eut terminé, Dante repoussa la main qui voulait le retenir allongé. Lentement, avec effort, il se redressa et enfila une chemise sombre que Marco lui tendit. Chaque mouvement semblait le faire souffrir, mais il refusait de montrer la moindre faiblesse. « Tu devrais te reposer », osa dire Isabella, la voix encore tremblante. Il la fixa longuement, son regard aussi tranchant qu’une lame. « Dans ce monde, se reposer, c’est mourir. » Elle ne répondit pas, mais sentit son estomac se nouer. C’était une logique cruelle, mais elle comprenait que pour lui, c’était une vérité inévitable. Un garde entra précipitamment. « Boss, on a capturé l’un d’eux. Il est dans la cave. » Dante esquissa un sourire glacial. « Parfait. » Isabella sentit un frisson parcourir son corps en entendant ce ton. Elle comprit qu’elle allait découvrir une facette encore plus sombre de lui. Ils descendirent ensemble dans la cave, Marco ouvrant la marche. Les murs froids de pierre résonnaient sous leurs pas. Au fond de la pièce faiblement éclairée, un homme était attaché à une chaise, le visage tuméfié, les yeux pleins de haine. Dante s’approcha lentement, sa silhouette imposante malgré sa blessure. Isabella resta en retrait, mais ses yeux suivaient chaque geste. « Qui t’a envoyé ? » demanda Dante, sa voix grave résonnant comme une sentence. L’homme cracha du sang à ses pieds. « Va en enfer, Valerio. » Dante ne cilla pas. Il attrapa une lame posée sur la table voisine, la faisant tourner entre ses doigts avec une aisance inquiétante. Isabella sentit son souffle se bloquer. Elle savait ce qui allait suivre. Elle détourna les yeux quand Dante enfonça la lame dans l’épaule du prisonnier. Le cri résonna dans la cave, glaçant le sang d’Isabella. Elle se couvrit la bouche, le cœur battant à tout rompre. « Qui. T’a. Envoyé. » répéta Dante d’une voix glaciale. L’homme finit par lâcher entre deux gémissements : « Les Russo… ils… ils veulent ta tête… et… la fille… » Le cœur d’Isabella manqua un battement. Elle comprit qu’il parlait d’elle. Dante se figea, ses yeux lançant des éclairs. « Isabella ? » Le prisonnier hocha faiblement la tête. « Elle… elle est ton point faible… » Le regard de Dante devint meurtrier. Sans un mot, il planta la lame plus profondément, arrachant un cri d’agonie à l’homme qui s’effondra presque inconscient. Isabella recula instinctivement, choquée. Ses jambes tremblaient. Elle n’avait jamais imaginé être une cible, encore moins dans ce monde. Dante s’approcha d’elle, essuyant distraitement la lame avec un tissu. Ses yeux sombres s’ancrèrent dans les siens. « À partir de maintenant, tu ne quittes jamais ma protection. » « Mais… pourquoi moi ? » souffla-t-elle, la gorge serrée. Il s’approcha si près qu’elle sentit son souffle chaud contre sa peau. « Parce qu’ils savent que tu comptes déjà trop pour moi. » Leurs regards s’accrochèrent, et Isabella sentit son cœur exploser dans sa poitrine. Les mots de Dante l’avaient bouleversée plus que toutes les balles de ce matin. Elle vit la vérité brute dans ses yeux : il était prêt à tuer et à mourir pour elle. Mais en même temps, elle comprenait le danger. Être aimée par un homme comme Dante Valerio signifiait être marquée pour toujours, poursuivie par ses ennemis. Le silence s’épaissit, chargé de tension. Puis Dante passa une main dans ses cheveux sombres, la fixant comme s’il lisait dans son âme. « Tu as peur de moi, Isabella ? » demanda-t-il, sa voix basse et rauque. Elle déglutit difficilement, ses mains moites. « Je… je ne sais pas. Vous me faites peur… mais vous me protégez aussi. » Un sourire sombre naquit sur ses lèvres. « C’est exactement ce que je suis. Ta peur et ta protection. » Elle resta figée, incapable de répondre. Son cœur battait si fort qu’elle craignait qu’il n’éclate. Marco toussota légèrement derrière eux, brisant l’instant. « Boss… on doit renforcer la sécurité. Les Russo ne s’arrêteront pas là. » Dante hocha la tête, reprenant son masque impassible. Mais avant de tourner les talons, il posa une main ferme sur l’épaule d’Isabella. « Tu restes près de moi. Quoi qu’il arrive. » Alors qu’ils remontaient de la cave, Isabella comprit que sa vie venait de basculer une nouvelle fois. Elle n’était plus seulement une prisonnière de ce mariage forcé. Elle était devenue la cible d’une guerre dont elle ne connaissait pas toutes les règles.